Blocage de la France : le refus de réforme pourrait mener à ''une crise à la grecque'' (Marc Touati)
Boursorama le 27/05/2016
http://www.boursorama.com/actualites/blocage-de-la-france-le-refus-de-reforme-pourrait-mener-a-une-crise-a-la-grecque-marc-touati-c07251fb54f3c475428a193b54de6ba5
Extraits :
« Alors que la « loi travail » n’est qu’une réformette du marché du travail français (très loin de la refonte structurelle dont a besoin ce dernier)
... les Français refusent encore de moderniser leur économie....
.... une petite frange de la population peut paralyser (le) pays comme pour le simple motif qu'il ne faut pas toucher à ses petits avantages
... nos voisins européens, qui ont tous fait énormément d'efforts et de sacrifices depuis 2008, ne nous comprennent plus et ne sont plus prêts à accepter les dérives françaises. »
Pour ma part, je pense que la majorité des opposants à cette loi (qui n'est effectivement qu'une "réformette") ne l'ont pas lue ou pas comprise. Si elle change quelques règles à l'avantage des employeurs pour leur donner un peu plus de flexibilité dans leur organisation, ce n'est pas sans importantes contreparties aux salariés. Excepté la CGT et FO, les autres grands syndicats l'ont parfaitement compris et ne souhaitent pas sa remise en cause (justement pour ne pas perdre les avantages négociés au bénéfice des salariés), ... loi qui rappelons-le, a été préalablement discutée avec tous les syndicats, la majorité d’entre eux l’ayant acceptée.
Par ailleurs, il faut se rendre à l'évidence : notre code du travail n'est plus adapté à l'environnement économique actuel (maintenant parfaitement et totalement mondialisé). Tous les pays européens qui nous entourent l'ont compris et ont déjà réformé leur droit du travail, réellement et profondément, pas aussi superficiellement que la France essaye de le faire. On ne peut être économiquement compétitif et créer des emplois, sans libérer le carcan de règles qui pèse sur les employeurs (aménagements du temps de travail et flexibilité de l'emploi).
Un employeur n'embauche pas par charité, mais pour faire tourner la boutique. Il ne débauche pas par sadisme, mais pour continuer à faire tourner la boutique. Quant à l'intérêt de "l'employeur", il est aussi dans celui de ses salariés, car l'ambiance et la motivation sont également au cœur de la rentabilité et la réussite, non plus de "son entreprise", mais de "l'entreprise". Seules la CGT et FO n'ont pas encore compris que nous ne sommes plus XIX° siècle, au temps des mines et de l’exploitation du salarié décrite dans le roman de Zola (Germinal).
A l'heure actuelle et en France, les employeurs qui ne peuvent délocaliser refusent tout simplement des commandes en raison d'un manque de flexibilité dans l'organisation du travail. L'emploi est sclérosé, justement en raison de sa protection excessive (c'est le même mécanisme des lois protectrices du locataire qui de par leurs excès, ont finit par assécher le marché de la location et ainsi rendu l'accès au logement si difficile).
En croyant que cette loi donne tous pouvoirs aux employeurs, remet en cause 70 ans de progrès sociaux dans l'univers du travail, les syndiqués de base et leur cortège de mécontents en tous genres (lycéens, casseurs) se font manipuler par des chefs de files syndicalistes qui n'ont que des visées purement politiques (pouvoir et reconnaissance, ... quand ce n'est pas avantages purement financiers, directs et indirects).
La véritable motivation des manifestants n'est pas cette loi (qui n'est qu'un prétexte), mais leur déception d'un parti socialiste qui en raison de forces économiques extérieures, ne peut pas faire de social. Un gouvernement responsable doit être réaliste et pragmatique, traiter les urgences économiques avant de faire les réformes sociales attendues, ... que l’économie nationale ne permet pas. Le pays seul ne peut pas grand-chose dans une économie concurrentielle mondialisée. Se replier sur lui-même serait catastrophique ... et dans toutes déconfitures économiques, les premiers à trinquer sont justement les salariés. Le véritable problème de fond est la mésentente des socialistes entre eux (ce qui explique l'exercice de l’article 49.3 de la constitution) et l'approche des élections, la droite profitant bien sûr de ces désaccords pour les amplifier.
Toujours est-il que le blocage du pays va effectivement coûter cher au pays, et au final, aux travailleurs. Ils manifestent pour l'emploi et font en réalité, tout pour le perdre. Le droit de grève en France, pourtant bien règlementé, est largement outrepassé. Des employeurs séquestrés en passant par les chemises arrachées, aux destructions et blocages de sites industriels (qui eux, ne font pourtant pas grève), nous atteignons des excès qui s'ils ne sont pas sanctionnés, mèneront inévitablement à d'autres excès (implacable logique du balancier) : un sentiment généralisé d'instabilité et d'insécurité qui déroule le tapis rouge au front national. A tout vouloir et à tout contester, on fini par tout perdre.
Au contraire de ce qu'ils veulent faire croire, la CGT et FO ne sont plus représentatifs des salariés. Le crédo de ces syndicats : immobilisme dans l'adaptation et la modernisation du monde du travail ... ou "tout casser".
En fait et pour revenir à cette loi, ce qui ne plait pas à la CGT et à FO, c'est son article 2 (essentiel) qui inverse la prédominance des accords de branche et d'entreprise. Il ne fait pourtant que mettre la discussion là où elle doit être : au centre des entreprises, entreprise par entreprise, ... et non aux mains des seuls syndicats (qui discutent les accords de branche). Il est faux de dire qu’en réduisant le dialogue à l’entreprise, l’employeur seul en profitera et qu’il pourra appliquer les pressions qu’il voudra. D’abord parce que les instances représentatives du personnel et syndicales au sein de l’entreprise restent très présentes (et leur puissance va de paire avec la taille de l’entreprise), ensuite parce que des accords négociés, collants aux réalités de l’entreprise et de son microcosme économique, seront toujours plus bénéfiques aux salariés. Dans une entreprise moderne, l’employeur n’est qu’un chef d’orchestre (sans la bonne volonté des musiciens, rien de bon ne peut se faire ... et la musique finit rapidement par s’arrêter).
Ce dont ont peur ces deux syndicats, c'est de perdre leur influence déjà fortement entamée, non pas vis à vis des entreprises, mais auprès des salariés. Ceux qui ont déserté ces syndicats extrémistes et obtus, ont compris depuis longtemps que l'on ne peut améliorer l'emploi, les salaires et les conditions de travail, sans préalablement améliorer l'économie et les conditions de compétitivité dans un milieu international.
C’est du moins mon avis et comme la chemise arrachée, comme la mise à sac des centres villes, comme l’attaque de cette voiture de policiers (qui mérite la qualification de tentative d’homicide volontaire avec acte de barbarie), il y a des excès qui méritent la plus grande fermeté. Si à la mollesse du gouvernement s’ajoute celle de notre institution judiciaire sous prétexte de paix sociale, un signal fort que la loi va dorénavant se faire dans la rue, sera alors envoyé et nous projettera droit vers le chaos. ... Et juste avant, à une présidentielle bleue marine (qui par une sortie de l’Europe, ne fera que nous y précipiter) !
Faut arrêter avec les transferts de responsabilité : « si on arrache la chemise et moleste quelques cadres de l’entreprise, c’est parce qu’elle a avait usé de violence salariales envers nous », « si on casse tout c’est à cause du gouvernement qui ne nous écoute pas ». Bientôt, ce sera « si on tue, c’est de la faute de ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ».
Le même discours que les terroristes qui rejettent la responsabilité de leurs crimes sur ceux qui ne partagent pas leurs convictions, des violeurs qui incriminent la tenue aguichante de leur victime, des psychopathes de tous bords que la société n’a pas su comprendre (j’ai même entendu « qui ne m’a pas arrêté avant »).
Je ne veux pas ressembler au vieux râleur qui s’insurge sur tout, mais franchement, ne trouvez-vous pas que les militants CGT et FO dépassent largement les bornes du droit de grève et de la contestation ?
Qu’à force, le risque de perdre ce qui nous reste de démocratie nous pend au nez ?
@+
Jack