12 février 2019

Con comme un gilet ?

Une évidence que les gilets jaunes qui « s’accrochent à l’ISF » ne comprennent pas (entre autres évidences) : plus on taxe les riches, moins ils paient d’impôts !

« … depuis près de sept siècles, divers économistes expliquent qu’il existe une relation inverse entre les taux d’imposition élevés et les recettes fiscales publiques.

Il est possible de faire remonter cette théorie fiscale au XIVe siècle, avec Ibn Khaldoun. Au XVIe siècle, l’économiste et conseiller du roi Henri IV, Barthélémy de Laffemas, constate déjà que, plus on taxe les riches, moins ils paient d’impôts. L’Ancien Régime français affirme que « l’expérience, cette leçon souvent tardive, a démontré une vérité dont il n’est pas permis de douter : c’est que les impôts ont des bornes au-delà desquelles ils se nuisent réciproquement ; c’est que, ces bornes passées, ils ne sont plus qu’une charge pour les peuples et une ressource faible, quelquefois même illusoire pour l’État » (Arrêté du parlement, 1782). Au même moment, Adam Smith souligne dans le livre V de La richesse des nations (1776) que l’impôt pouvait « entraver l’industrie du peuple et le détourner de s’adonner à certaines branches de commerce ou de travail ».

Après la Révolution française, Jean‑Baptiste Say, dans son Traité d’économie politique (Livre III), indique quant à lui qu’un « impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte ». Say explique qu’une diminution d’impôt augmente les recettes fiscales et fait voir aux gouvernements ce qu’ils gagnent à être modérés.

À son tour, l’ingénieur-économiste français Jules Dupuit observe le même phénomène fiscal en 1844. C’est Joseph Barthélemy, défenseur de la démocratie libérale avant son tournant réactionnaire, qui formule ainsi ses observations : « les hauts taux tuent les totaux ». » 

C’est un extrait de l’article :

ISF et « gilets jaunes » : pourquoi Macron ne peut pas céder (11 décembre 2018)

Pour info, « The Conversation » n’est pas un « journal de droite » ou d’obédience LRM, mais un éditorial soutenu par des universitaires (https://theconversation.com/fr/partners).

Je ne commenterai pas l’évidence fiscale rappelée dans cet article (trop d’impôt tue l’impôt … et fait fuir le capital), mais rajouterai tout de même quelques autres évidences au sujet de l’ISF, le « thème favori des gilets jaunes » :

1) rappelons que l’ISF n’a pas vraiment disparu, mais s’est transformé en IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) et lorsque l’on étudie cet impôt dans le détail, les propriétaires imposés le sont plus que du temps de l’ISF en raison de la suppression de certaines exonérations et charges déductibles de l’assiette.

Pour ma part, je reste persuadé que cet impôt est toujours contre-productif, puisque les biens que les étrangers (ou expatriés) n’achètent pas en France sont autant de devises qui échappent à l’économie nationale, d’abord dans l’immobilier (et tout ce qui va avec, dont travaux d’entretien et de rénovation), mais aussi dans les économies locales de par les dépenses de consommation que ces acheteurs potentiels auraient pu faire.

Comme l’ISF, son plus gros défaut est d’ordre psychologique : il a été institué pour satisfaire une certaine idée de « justice sociale », ne rapporte pas grand-chose et son aspect confiscatoire n’a rien d’une invitation aux grandes fortunes à venir s’installer ou investir chez nous (faire plaisir aux pauvres et peur aux riches, ne me parait pas être une stratégie gagnante).

2) quant à la « part restante » de l’ISF (capital et revenus mobiliers sortis de l’ex-impôt), si on devait vraiment en « mesurer » l’impact économique (comme envisage de le faire le gouvernement en fin d’année), à savoir l’effet attractif ou répulsif de l’investissement étranger en France, il faudrait tenir compte des capitaux qui reviennent (ou reviendront) après exonération, ou au contraire qui s’expatrient avant même d’être imposés (ce qui s’est passé avant que l’ISF fût voté, dès que le gouvernement l’a envisagé, et qui risque de se passer à nouveau pour les capitaux « revenus », si commence à s’ancrer l’idée que l’ISF fera son retour).

Mesurer les contribuables assujettis ou pouvant l’être, ne mesure que le patrimoine des résidents Français (au sens fiscal) et non ceux qui « pourraient l’être » (intention de s’installer) ou « auraient pu l’être » (s’expatriant avant d’être taxés). Or ces capitaux « fiscalement insaisissables » représentent certainement la part la plus importante, mais aussi la plus difficilement « mesurable ».

3) il faut également avoir à l’esprit que lorsque l’ISF a été institué, en fait « l’IGF » (Impôt sur les Grandes Fortunes) créé en 1981 sous Mitterrand, son taux s’étalait de 0.50 à 1.50% (max) alors qu’à cette époque le capital placé sans risque rapportait 12 à 17% (rendement des obligations d’État entre 1980 et 1983). Les « assujettis » avaient largement « de quoi payer ».

Le dernier taux de l’ISF en 2017 allait de 0.55 à 1.80%, … alors que le rendement du capital placé sans risque n’était et n’est toujours guère supérieur à 0.50% (comme ci-avant, base OAT 10 ans France), soit moins que l’impôt à payer et largement moins que l’inflation. Dans ces conditions, faudrait être un capitaliste un peu abruti ou trop altruiste, pour laisser ses capitaux se faire taxer en France sans réagir.

4) dans un monde où l’économie est mondialisée (que cela plaise ou non, c’est ainsi et il faut faire avec), n’oublions pas qu’il existe une « concurrence fiscale » tout aussi mondialisée (que cela plaise ou non, il faut également faire avec).

Les capitaux, mais encore et surtout les savoirs et les compétences, vont naturellement (c’est humain) et mécaniquement (c’est économique), là où ils y ont le plus intérêt (niveaux de rémunérations, coût de la vie, charges fiscales et sociales, forment un tout indissociable).

Les gilets jaunes ne veulent plus voir les « élites » en peinture ? Je gage que s’ils devaient rester entre eux, avec « leurs solutions », ils ne seront pas prêts de résoudre « leurs problèmes » !

Je suis le premier à dénoncer l’anormal et injuste partage des richesses produites (je me suis souvent et largement étendu là-dessus), mais je l’ai toujours analysé au niveau mondial et au niveau des systèmes, non pas celui des individus.

La solution d’une plus juste redistribution, nécessairement fiscale, ne sera que mondiale. Les pays offrant la même qualité de vie, doivent se mettre d’accord sur une fiscalité commune, sans quoi les capitaux et les compétences iront toujours aux plus offrants. Sauf à changer la nature humaine, il en sera toujours ainsi.

Alors en attendant de nous mettre d’accord avec les nations qui offrent un cadre de vie similaire au notre et avec lesquelles nous partageons les valeurs essentielles (toutes les démocraties industrialisées), gardons « nos riches » avec nous et si possible, attirons ceux des autres pays, … cela ne nous appauvrira pas (faut être con comme un gilet pour croire le contraire).

Par ailleurs, entre « ressentis » et « études chiffrées », il ne faudrait pas perdre de vue que la France est l’un des pays le plus redistributif de la richesse nationale (voire même celui qui redistribue le plus). À force de trop tirer sur la ficelle, elle finira par casser et le pays pourrait bien ne plus avoir grand-chose à redistribuer.


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.