03 avril 2023

Poutine système

Pour se maintenir au pouvoir, une dictature met en œuvre la force de façon plus ou moins directe. La plus rudimentaire étant bien sûr militaire (pour exemple parmi bien d’autres, la dictature des colonels dans la Grèce des années 60-70 et celle de Pinochet au Chili dans les années 80-90). Si la force policière est toujours présente, le régime se maintient également par le clientélisme qui consiste à octroyer des avantages importants à ceux qui occupent les postes clef de l’État et des principales entreprises du pays. Cette « complicité » peut aller de quelques individus à une toute petite partie de la population inféodée à leur dirigeant en échange d’un peu de confort, pendant que l’autre partie est réduite à l’esclavage (Corée du Nord par exemple). Bien entendu l’information est totalement biaisée et plus la population est anesthésiée, plus elle sera docile et le pouvoir facile à exercer.

La recette est donc un assemblage plus ou moins subtile de « force publique », de « clientélisme » et de « désinformation ». L’objectif est toujours le même : se partager à quelques’ uns le pouvoir et les richesses d’un pays, au détriment d’une majorité que l’on maintient au « minimum vital » pour « servir ses maîtres », l’idéal étant qu’elle ne soit pas vraiment consciente de son asservissement.

Une dictature est donc à l’opposé de ce qu’est un état de droit, à savoir des règles de conduite, d’équité et de justice applicables à tous, s’imposant tant aux citoyens qu’à l’État lui-même, le tout pour que la richesse produite profite au plus grand nombre et non à la minorité dirigeante.

Mais là où le « système Poutine » est pervers, c’est qu'aux trois « ingrédients précités » pour se maintenir au pouvoir, il y associe le droit. C’est d’ailleurs une composante essentielle à son système, avec de multiples avantages comme l’explique très bien cet article :

Comment Vladimir Poutine a mis en place une « verticale de la peur » en Russie

The Conversation / Publié: 23 mars 2023

Schématiquement, Poutine et ses proches complices associent les principaux décideurs nationaux (hauts fonctionnaires, gouverneurs, dirigeants des plus grandes entreprises) aux détournements des richesses nationales à leurs profits individuels. Parallèlement, le régime met en place des lois réprimant de plus en plus sévèrement la corruption et le détournement de biens publics, à savoir ce que font précisément les membres du régime. Mais encore faut-il les poursuivre. Et qui peut le décider ? Poutine lui-même !

Ainsi les oligarques profitent en toute impunité du gâteau national tant qu’ils obéissent et servent fidèlement le régime, dans leurs actes comme dans leurs paroles.

Mais malheur à ceux qui s’écartent des directives du « Parrain ». Ils seront « légalement poursuivis » et perdront leur pouvoir, avantages et richesses accumulées ainsi que leur liberté, …. Ils seront de surcroit publiquement honnis, « l’État » affichant sa ferme volonté de débusquer et châtier les « profiteurs ». Pour le régime c’est « coup double » : se débarrasser des empêcheurs de spolier le peuple, tout en lui faisant croire le contraire.

Bien sûr, si l’oligarque infidèle en sait trop, il peut toujours disparaitre, être empoisonné ou « suicidé » (le mode le plus courant en Russie étant la défenestration).

En fait, le régime de Poutine relève des méthodes mafieuses où se mélange extorsion, crime et chantage. Savez-vous quel est le principe de recrutement d’un membre dans la mafia ou dans un gang ? Faire commettre au candidat un meurtre en présence d’autres membres du clan. En plus de démontrer que la recrue en est capable, cela la met à la merci d’être ultérieurement et publiquement dénoncée si elle décide un jour de quitter le clan (mafioso est un emploi à vie, sans possibilité de démission). Par ailleurs cela renforce l’implication des autres membres, témoins du meurtre. De nos jours, ce meurtre est généralement filmé.

La Russie excelle depuis longtemps dans l’art de monter des dossiers compromettants sur tout individu utile ou dangereux pour le régime (les fameux « Kompromats »).

Que ceux qui crient à la dictature en France sans trop savoir de quoi ils parlent, aillent vivre en Russie. Tout comme les enfants Ukrainiens déportés dans l’Oural, peut-être seront-ils accueillis à bras ouverts, avec le sourire et des cadeaux de bienvenue. Ils obtiendront assez facilement un passeport Russe, voire même un emploi (depuis l’invasion de l’Ukraine, les places libérées, notamment par les jeunes hommes, sont abondantes).


@+

Jack