06 novembre 2023

Le danger islamique, le danger religieux

A chaque nouvelle attaque islamiste, je me rappelle ce que mon père m’a dit le lendemain du 11 Septembre

Mon père, l’Iran et les « musulmans modérés » - Anne Mansouret - 21 octobre 2023 (CAUSEUR)

Réflexion intéressante que je partage en bien des points.

En témoignent mes posts sur le sujet.

… À deux objections près !

Cette réflexion suggère l’amalgame en jugeant que tous les musulmans représentent un danger pour nos sociétés occidentales, intégristes et modérés de par leur silence fautif. Je désapprouve.

L’amalgame est la principale cause des conflits dans le monde, qu’il s’agisse de guerres internations ou civiles, parce que les messages les plus rassembleurs pour un public inquiet ou en colère, sont les aprioris et les raisonnements simplistes. On ne lutte pas contre la haine par la haine, contre l’ignorance par le mensonge.

Mais encore et surtout, l’amalgame est très exactement le projet les fondamentalistes religieux : fracturer notre société « occidentale ». Tout faire pour qu’une partie de ses membres soit stigmatisée et rejetée du fait de ses origines ou de sa religion, pour au final n’avoir d’autre choix que de rallier leur cause, le côté obscur de l’islam.

Cela a été théorisé il a longtemps (dans les années 30 il me semble) par les frères musulmans, d'obédience Salafiste (fondamentalisme religieux pur et dur Wahhabite). Quand ils prêchent « nous avons le temps pour vous convertir », cela veut dire « pour prendre le pouvoir, nous saurons attendre que votre démocratie s’écroule par ses divisions internes ».

Il est étonnant et agaçant qu’en dehors de quelques intellectuels sur les plateaux TV ou radio, les musulmans dits « modérés » (s’entend de croyants ne plaçant pas leur religion au-dessus de nos lois, de nos valeurs républicaines et laïques) ne dénoncent pas les graves dérives fondamentalistes de leur propre religion. Cela nous aiderait grandement à ne pas tomber dans le piège qu’ils tendent à notre démocratie.

Qu’est-ce qui explique ce silence « fautif » ? L’auteur, bien mieux documenté que moi sur ce sujet, donne des pistes.   

Mais pour autant, cela justifie-t ’il l’amalgame ?

Le principe de « la faute collective » n’est pas digne de notre république et de ses valeurs fondamentales. Le temps où toute la famille était châtiée ou répudiée pour la faute d’un seul de ses membres, était celui du moyen-âge.

La pire des injustices serait donc de stigmatiser, non seulement toute une communauté sans distinction, mais encore toute personne simplement suspectée d’en faire partie (de par son apparence ou son nom), sans même se poser la question de ses convictions, de ses origines, de son appartenance ou non confessionnelle (sans oublier que chez les musulmans, comme dans toutes les religions, il y a les croyants, pratiquants ou non, les athées, les agnostiques et tous ceux qui se posent la question de savoir où ils se situent). C’est cela « l’amalgame » : cataloguer les gens sur le fondement de préjugés, d’aprioris, de stéréotypes, sans nuance ni réflexion !

Nous avons au contraire tout à gagner à bien considérer ces différences, et retenir à nous tous ceux qui partagent nos valeurs, quelles que soient leurs origines et leurs croyances. L’important reste le partage de valeurs, et non les distinctions religieuses ou les origines culturelles. C’est ce qui fonde un pays, mais aussi l’union des pays dont les valeurs sont proches et au final ce que l’on appelle « l’occident démocratique », l’ennemi juré des dictateurs, de tous les despotes et fanatiques de la planète, religieux ou pas.

L’auteur (rapporté par sa fille) dit « Néanmoins le syllogisme est évident et les faits sont têtus : tous les musulmans ne sont pas des fondamentalistes islamiques ni des djihadistes ; mais tous les fondamentalistes islamiques et tous les djihadistes sont musulmans. ». En d’autres temps, celui de l’inquisition dans l’Europe du XII° au XIV° siècle, tous les catholiques n’étaient pas inquisiteurs, mais tous les inquisiteurs, juges et bourreaux, étaient catholiques. Qui a le plus souffert à cette époque, si ce ne sont les peuples, pourtant très majoritairement dévots ?

Toute la différence est à faire entre les minorités bruyantes qui manifestent leurs convictions (dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans les médias), et les majorités qui ne se prononcent pas autrement que par les urnes. Même cent ou deux cent mille personnes dans la rue sur plusieurs millions d’électeurs, ne peut être représentatif de la volonté d’un peuple (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas en tenir compte).

Les manifestants ne représentent qu’eux-mêmes et leurs voix, aussi tonitruantes soient-elles, n’égaleront jamais celles des urnes. Dans une démocratie, c’est bien là que le peuple doit s’exprimer.

Et comment juger de la représentativité d’une manifestation populaire ? Pour ce qui me concerne, mon premier réflexe est d’analyser les plans. S’il est « rapproché », c’est que l’on veut vous faire croire que la grenouille est un bœuf. Soyez certain qu’il ne s’agit que d’une petite minorité d’excités, parfois de personnes payées pour y être (le plus souvent contraintes dans les dictatures). Dans le cas contraire, lorsque la caméra prend de la hauteur et que la manifestation parait importante, reste encore à se poser la question de ce qu’elle représente par rapport à la population nationale et quelle part d’extranationaux sont venus la gonfler.

Mais ne pas stigmatiser une communauté, ne sous-entend pas que nous devons gentiment nous laisser faire. Une démocratie est par essence fragile, en apparence du moins. Depuis un peu plus de 200 ans qu’elle existe (USA et Europe), elle a déjà démontré qu’elle peut être très réactive lorsque ses principes fondamentaux sont attaqués. Je reconnais que tel un gros diesel, elle ne démarre pas au quart de tour (pluralité d’opinions et débat démocratique obligent).

Alors que faire ?

Lutter, à tous les niveaux (de l’État au citoyen, de par ce qu’il dit, écrit et vote), en deux temps et sur deux axes :

  • En urgence, combattre le fondamentalisme religieux : Pourquoi ne pas interdire le Salafisme (tout comme nous avons prohibé l’apologie du nazisme) ? Surveiller les imams et leurs prêches (ce qui est déjà à l’œuvre). Mais aussi s’attaquer à la désinformation en trouvant le moyen de réguler ce qui circule sur les réseaux sociaux (responsabiliser les prestataires et s’attaquer à leurs algorithmes agrégeant l’info par genres, les plus malsains malheureusement). Entre liberté d’expression ou d’information, et volonté délibérée de tromper ou de relayer de fausses informations, l’exercice va être difficile. Mais c’est à mon sens la préoccupation majeure du moment, tant ce phénomène pourrait déstabiliser notre société, à court ou moyen terme.
  • Sur le temps long, lutter contre les amalgames et l’ignorance qui les génère : informer, … encore et encore ! … Ce qui implique de développer l’esprit critique face à l’information, et ce dès le plus jeune âge. Moins il y aura de consommateurs de stups, moins il y aura de dealers et de délinquance liée. Pareil pour l’info : moins il y aura de crétins pour gober tout ce qui passe sur le Web, moins il y aura d’intox.

J’ai bon espoir et ne partage pas la conclusion pessimiste prédisant qu’au bout du compte, nous les occidentaux perdront « le combat »anéantissement de notre civilisation »). Toute civilisation avance avec des périodes de recul et nous sommes sans doute dans l’une de ces phases, mais ce n’est pas la fin de la partie. Loin de là !

Comme semble le démontrer le discours politique ambiant et les sondages, en France comme en Europe, les récents évènements ont fait réagir notre démocratie. Il ne pouvait en être autrement. Avec les attentats larvés depuis le début de ce siècle, l’occident démocratique avait déjà conscience du danger que représente le fondamentalisme religieux, mais pas encore réalisé que celui-ci nous déclarait la guerre. 

La soif de connaissance est intrinsèque à l’humanité et celle-ci finit toujours par être partagée pour aboutir à ce que l’on appelle « civilisation », au sens noble. C’est ce qui fait sa force et c’est la raison pour laquelle, après des millénaires de guerres et de conflits, elle émerge toujours au-dessus du chaos (certes, pas toujours au même endroit). Après chaque épisode sombre, elle s’en sort renforcée. Ses « défenses immunitaires » sont bien plus puissantes et efficaces que les inquiets pourraient le croire aujourd’hui (la « théorie du grand remplacement » est une foutaise absurde). Bon d’accord, elle n’évacue pas tous ses virus et germes malfaisants aussi vite qu’on le souhaiterait, à l’échelle d’une vie humaine.

Vous me répondrez peut-être « on s’en fou, ce qui nous intéresse c’est ce qui se passe en ce moment, du temps de notre vie ». Sûr que dans ce (petit) laps de temps, rien n’est gagné. Désolé.

La longue période d’obscurantisme du moyen âge n’a pas empêché « le siècle des lumières » d’advenir. Pour l’heure, certes, nous subissons quelques baisses de tension, mais la coupure définitive n’est pas pour bientôt (… sauf si personne n’arrive à empêcher Poutine de faire plus le con qu’il ne l’a fait jusqu’à présent).

Avec le savoir et la pensée logique, cartésienne, qui accompagne l’évolution humaine, la religiosité islamique finira par s’émousser, s’effacer au fil du temps comme toutes les autres religions. Forcément, logiquement, inexorablement. Si le dogme était plus fort que la connaissance, l’humanité n’aurait jamais atteint son degré d’évolution actuelle et aucune démocratie n’aurait émergé.

Il arrivera un moment où les islamistes ne seront qu’une toute petite minorité qui n’intéressera plus grand monde, comme les bigotes de village qui subsistent encore dans la religion catholique. Certes avec du temps, voire quelques générations.

Il y aura toujours des fondamentalistes religieux, comme il existe toujours des nazis. Mais tel le Ku Klux Klan, ils ne regrouperont que quelques dégénérés et malades mentaux manipulés par tel ou tel bonimenteur sur la base de telle ou telle théorie ressortie du fond des poubelles de l’histoire. Ces marginaux ne font pas la société.

L’auteur dit aussi « La religion est un leurre contre la peur de la mort ; un leurre pour assujettir ceux qui ont vocation à être dominés. Depuis toujours, la religion est l’auxiliaire du pouvoir. Dans toutes les religions. ». Je ne peux que l’approuver (nombreux sont mes posts au sujet de la religion qui martèlent ce constat).

Il ajoute « Pourquoi l’être humain a-t-il tellement besoin de se raccrocher à un Dieu et à un au-delà pour tenter d’évacuer la peur de la mort ? Je ne sais pas. ».

Mais pourquoi la croyance en un au-delà impliquerait-elle celle de l’existence d’un Dieu ? Le besoin inavoué d’un maître, pour nous guider, nous protéger, rétablir la justice et punir les méchants ? Dans les faits et au travers de l’histoire, c’est raté ! … Sauf à ce que Dieu soit sadique.

Dieu (ou les dieux) est un incontournable dans la majorité des religions, chrétienne et musulmane, c’est sûr. Cette « autorité » est effectivement très pratique pour le pouvoir en place (« je vous châtie parce que Dieu me l’a ordonné »).

Chez les bouddhistes, dans sa forme originelle, philosophique (le « petit véhicule » pour les intimes, les adeptes de la pensée de Bouddha), il n’y a pas de dieu, et pourtant existe bel et bien la conviction que la mort n’est qu’un passage. Cela répond à la peur de la mort … ou à une aspiration plus profonde de tout être pensant, au sujet de lui-même comme de ce qui l’entoure (pourquoi l’univers ?).

Pour autant, le bouddhisme est aussi une religion quand il s’entoure de rituels (le « grand véhicule » pour le bon peuple), de dogmes et divers dictats qui caractérisent les religions. Sous cette forme, il est aussi un instrument de manipulation et de pouvoir, comme toutes les autres religions.

La différence entre ces deux formes de Bouddhisme illustre très bien la différence entre religion et spiritualité, l’un n’excluant pas l’autre. Je propose que l’on jette la religion par-dessus-bord et qu’on garde la spiritualité. Ainsi nous ne donnerons pas tort à Malrauxle XXI° siècle sera spirituel ou ne sera pas »).

De nos jours, la religion me parait plus dangereuse que bénéfique. En Europe, du moyen âge au XIXème siècle, elle avait peut-être un rôle de « morale prête à porter », en plus de celui qu’elle a toujours eu, de maintien de l’ordre et de contrôle du peuple. Avec la connaissance, elle n’a plus cette « utilité morale » et les démocraties ne sont plus si facilement manipulables (toujours grâce au savoir, sans lequel elles n’existeraient pas).

C’est ainsi que je suis de ceux qui pensent qu’il faut écarter la religion de l’espace public (croire ou pas, est et doit rester une affaire personnelle, voire intime).

Toujours est-il que la vision quelque peu pessimiste de Djahanguir Riahi sur la religion et le devenir de notre société, n’entache en rien sa justesse et sa profondeur. Je vous invite à lire cette « réflexion post mortem ». Elle est construite et historiquement argumentée (en tant qu’Iranien, l’auteur sait de quoi il parle).


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.