Tenter une réflexion sur les fondements actuels de notre civilisation est aussi une bonne occasion d'occuper l'après-midi d'un Dimanche pluvieux, d'autant que depuis la mi-décembre, l'actualité extrêmement riche en évènements s'y prête particulièrement.
Le lien : http://www.syti.net/Topics.html
Encore de bons adeptes aux théories du complot.
Pensez-vous vraiment ?
- que notre course technologique est trop dangereuse et doit être ralentie
- que notre société de consommation et ses mécanismes financiers sous-jacents ont atteint leurs limites de fonctionnement
- que nous sommes en passe de devenir les esclaves d'une élite qui complote contre le reste de l'humanité
- que sous sa forme actuelle, notre civilisation est en voie de perdition
Si oui, alors vous êtes vraiment pessimiste et il est peut-être encore temps de vous inviter à voir les choses sous un autre angle. Cela demande un petit effort, car comme le dit Alain « le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté ».
Dans mon survol rapide, je me suis un peu plus attardé sur :
LA FIN PROGRAMMEE DE LA DEMOCRATIE
Le sujet : Fin de la démocratie - Nous sommes manipulés.
Nul besoin d'aller jusqu'au bout de l'article pour comprendre qu'il soulève des vérités savamment présentées sous le plus mauvais angle (c'est cela « l'art de la manipulation »), pour nous dire en gros que la démocratie est un leurre, que le pouvoir est aux mains du grand capital et que nous sommes totalement manipulés au profit d'une élite. Après un petit tour sur ce site, on pourrait se poser la question de savoir qui manipule qui et pourquoi.
Il y a néanmoins quelques aspects documentaires et des vérités sur les risques auxquels s'expose, dans ses excès, notre civilisation.
Ce qui est discutable, c'est la façon de ne présenter que le côté noir des réalités, de prédire un avenir apocalyptique si l'on ne fait rien, pour finir par ne proposer aucune solution viable de remplacement.
Puisque ce thème m'interpelle, qu'il est plus que jamais à l'ordre du jour, que la notion est fragile et que beaucoup trop de gens la malmènent de plus en plus, je vais m'y attarder.
Je ne pense pas, comme l'assène le titre premier, que le pouvoir ait « changé de mains ».
Par définition, « les gouvernants » sont les « tenants du pouvoir » (Lapalissade). Ce sont ceux qui disposent des « moyens » de l'obtenir et de le maintenir, par la force ou par l'astuce (non par la sagesse comme nous en rêvons, simplement parce que les vrais sages n'aspirent pas au pouvoir). De tous temps et dans toutes civilisations, ces moyens de gagner le pouvoir ont toujours étés militaires, économiques, intellectuels (dans des proportions variant au gré des époques et des cultures).
Plus le temps passe et logiquement, plus les civilisations se perfectionnent (techniquement et intellectuellement), plus la composante militaire a fait place à la composante intellectuelle (incluant la manipulation). Quant à la composante économique elle a, je pense, toujours été omniprésente. Dans le monde antique, les militaires étaient payés et récompensés d'une façon ou d'une autre. Les peuples se battaient pour acquérir plus de terres et de biens, donc plus de moyens économiques. Si les « chefs » en prenaient la plus grosse part, ils ne maintenaient leur pouvoir qu'en raison de leurs capacités, non seulement à conserver leur propre richesse, mais encore et surtout à faire prospérer celle de leurs sujets. Nos sociétés « modernes » ont rendu cet exercice de plus en plus difficile, voire impossible sans partage, et à mon point de vue c'est là que s'exprime la démocratie (je reviendrai sur cette notion). Ce n'est pas un hasard si toutes les révolutions se sont déclenchées sur fond de crise économique et d'injustices sociales. Pouvoir et économie ont toujours été étroitement liés.
Que les « politiques » nous manipulent au moment des élections, alors qu'eux-mêmes sont manipulés par les grands lobbies économiques de la planète tout au long de l'année, je ne vois là rien d'étonnant. Cela me semble même totalement logique. L'économie porte les chefs au pouvoir et ceux-ci ont pour tâche de maintenir les richesses économiques. Rien de nouveau sous le soleil, pas de quoi s'en offusquer.
Donc à mon sens, le pouvoir n'a pas changé de mains : il est toujours dans celles qui détiennent l'économie et les moyens de la faire prospérer.
Par contre, ce qui a changé depuis que l'Europe a chassé ses propres dictateurs, c'est que les gouvernants ne peuvent plus manipuler leurs sujets aux travers de quelques fables divines ou promesses du sorcier local. La manipulation est devenue plus subtile. Il faut beaucoup plus de savoir et d'intelligence pour accéder et surtout garder le pouvoir et les richesses. La sagesse est une compétence supplémentaire qui marche, même si elle n'est pas toujours requise.
Dans le monde économique actuel, qui certes semble montrer ses limites tant mécaniques que morales, il est logique que le vrai pouvoir politique soit détenu par ceux qui gèrent la composante économique : les entreprises.
Mais si nous n'élisons pas directement les membres de leurs conseils d'administration, nous y participons indirectement en tant que clients. Et ne dit-on pas que « le client est roi » ?
Arrêtons de croire ou faire croire qu'un petit groupe de supers VIP seraient seuls aux manettes des plus grandes sociétés mondiales, seraient au dessus des lois, des États et détiendraient tous les pouvoirs (pure parano). Certes, nombre d'entres-eux se connaissent, partagent souvent les mêmes conseils d'administrations de sociétés différentes, sortent des mêmes écoles et milieux sociaux, se marient entre eux, cherchent à concentrer leurs pouvoirs et richesses acquises. En fait, ils ne font que protéger leurs œufs et leurs poules, comme nous le faisons tous à notre niveau.
Mais « nombre d'entres-eux » ce n'est « pas tous ». Si l'on tient compte de ceux qui se font éjecter ou sortent discrètement de la scène, passent devant le juge, vont parfois en prison ou en exile, ceux qui arrivent de milieux modestes (plus nombreux que les jaloux se plaisent à croire), ceux qui se font bouffer l'affaire par un « partenaire », de la multitude d'entreprises et des disparités d'intérêts personnels, on ne peut que constater que c'est un milieu mouvant, sans véritable concentration de pouvoirs. Il n'y a pas « d'élite maître du monde », mais une multitude de personnes en charge de différentes responsabilités, avec plus ou moins de pouvoir au sein de leurs entreprises respectives, et plus ou moins de moyens de pression sur leur environnement.
En fait, dans une entreprise comme dans une nation, les dirigeants ne font que passer.
Que ce soit au niveau d'un État ou d'une entreprise, je ne pense pas qu'il existe une personne ou un petit groupe de décideurs qui maîtrise l'ensemble. Chacun maîtrise sa sphère. Au-delà c'est un peu vaille que vaille, accommodements et adaptation. Un peu comme cela se passe dans la vie de chacun d'entre-nous. Nous faisons des choix et décidons dans la mesure de nos possibilités d'intervention sur notre environnement (moyens de pression) ou nous y adaptons.
Parfois je me demande si ceux qui sont convaincus qu'il existe une élite dirigeante menant le monde, ne souffrent pas d'un trouble psychologique plus profond lié à l'autorité. Soit qu'ils ne peuvent concevoir un monde sans un maître pour le diriger, sans dieu (besoin de croire et substitution). Soit qu'ils aient une peur (ou un besoin) viscérale de l'autorité. Traumatisme affectif ? Instinct de la meute ?
La « concentration des pouvoirs » c'est au niveau des « entreprises » en tant qu'entités purement économiques, impersonnelles et déshumanisées, qu'il faut la rechercher. Pas chez ceux qui les dirigent, car dans les faits, leurs sièges sont plus des « chaises musicales » que des trônes.
L'entreprise n'est pas (à ne pas confondre avec « n'a pas ») un objectif idéaliste ou financier en soi. Ce n'est pas la société civile qui a créé « l'entreprise », mais l'entreprise qui a créé la société civile telle que nous la connaissons aujourd'hui. L'entreprise est le moteur de notre civilisation. Sans elle, nous retournerions au moyen-âge. On peut la critiquer, l'améliorer, mais pas l'écarter.
Concentrant toutes les richesses (emplois, production de biens et services), il est bien normal que l'entreprise concentre toutes les attentions, et donc tous les pouvoirs.
La bonne nouvelle, c'est qu'une entreprise n'a qu'un seul objectif, bien défini, bien délimité : vendre avec profit. Elle n'a pas d'état d'âme, n'est pas psychotique, ne cherche pas les honneurs, si ce n'est pour mieux vendre (à l'inverse des hommes, pour qui l'argent est un moyen d'obtenir les honneurs).
Son seul but est de faire de l'argent, bien plus pour grossir et s'étendre que pour le distribuer à ses dirigeants ou ses actionnaires (pour que les premiers conservent leur poste et les seconds la valeur de leurs titres, tous préfèrent parier sur l'avenir en consacrant des milliards à racheter un concurrent ou une activité complémentaire). Que pour y arriver, elle doit impérativement tenir compte de notre avis, fusse-t-il largement suggéré au préalable. Mais n'est-ce pas une bonne école pour exercer notre libre arbitre et forger notre esprit critique ?
Finalement, je préfère presque que ce soit ainsi. Être manipulé par des enseignes commerciales qui, pour garder ma clientèle, doivent sans cesse améliorer leurs compétences, plutôt que par une bande de politiciens qui, une fois ma voix prise, n'aura par suite que faire de mes aspirations et suggestions. L'un comme l'autre peuvent avoir le même objectif final : nous charmer pour mieux nous plumer. Mais la grande différence c'est que le politique empoche et passe, alors que l'entreprise empoche mais reste.
D'accord, la libre concurrence doit à tout prix être préservée (c'est l'une des tâches des politiques et ils la mènent assez bien). Si un jour celle-ci devait disparaître, nous aurions effectivement du souci à nous faire. Mais je ne crois pas que ce soit pour demain, ni même pour après-demain. Quoique les sages n'aspirent jamais au pouvoir, ils n'en sont quand même jamais très loin.
N'oublions pas que « les consommateurs » réunis disposent d'un certain pouvoir, d'un moyen de pression, tant sur les entreprises que sur les politiques, puisque l'un et l'autre sont étroitement liés. C'est cela la démocratie moderne : ce n'est plus le pouvoir au peuple, mais le pouvoir au consommateur. Je me demande même si depuis 1789, nous n'aurions pas plus « notre mot à dire » par ce biais.
Je suis de ceux que les excès de notre « société de consommation » exaspèrent. Matraquages publicitaires, contrats d'adhésion, pièges et petites arnaques en tous genres, font partie des imperfections d'une économie de marché. Mais je ne vois pas d'autres systèmes capables d'assurer la démocratie telle que nous la connaissons. De nombreux systèmes ont été essayés et encore plus d'idées géniales sur le papier ont étés avancées. Certaines sont viables à toute petite échelle (une famille, une tribu, un village), mais aucune n'a passé avec succès l'échelle d'une nation. Alors que dire des échelles économiques et politiques d'envergure continentale qui se profilent ?
D'accord, il reste bien quelques pays où les habitants ne subissent pas (encore) les outrages des bannières commerciales : Cuba et la Corée du Nord par exemple. Pourquoi les détracteurs de l'économie de marché ne cherchent-ils pas à y tenter leur chance ? Pour ma part et jusqu'à meilleure idée, je me contenterai des travers de notre société de conso. Rien n'est parfait et tout ne demande qu'à être amélioré.
L'un des progrès démocratique important que je vois poindre en Europe (il existe depuis longtemps aux USA), ce sont les « class-actions » : la possibilité pour une association ou un particulier d'agir en justice au nom de tous ou d'un groupe de consommateur lésés. C'est bien plus fort que le droit de vote. La pression pour les entreprises est très importante et comme ce sont elles qui dirigent le monde, voilà une bonne occasion de nous faire entendre, de signifier à nos gouvernants comment nous souhaitons vivre : par notre manière de consommer.
Pour coller à l'actualité : quand les pays occidentaux aident la Lybie à faire sa révolution, à se libérer de son dictateur, ce n'est bien sûr pas (que) dans un pur élan humanitaire. Mais pourquoi ne pas accepter l'objectif économique à partir du moment où il permet à un peuple de pouvoir enfin s'exprimer et faire valoir ses aspirations, à revendiquer les droits et libertés individuelles auxquels devrait avoir accès tout citoyen de la planète ?
En 1943 les amerloques ne sont pas venus à notre secours pour sauver nos fesses, nos cathédrales et notre poésie, mais pour se protéger (militairement et économiquement d'une Europe nazi) et par la même occasion, conquérir de nouveaux espaces économiques ... en faisant de nous de nouveaux consommateurs.
Du coup, ils ont sauvé nos fesses, nos cathédrales et notre poésie, ... et nous leur avons acheté leur électroménager, leurs méthodes commerciales et leurs westerns. C'était un lot, à prendre ou à laisser (nous ne pouvions choisir nos fesses et rejeter le reste). Devons-nous le regretter ?
Si nous nous sommes éloignés de l'image idéaliste du « citoyen » de 1789 pour passer à celle moins reluisante de « l'unité économique », ne vivons-nous pas mieux dans l'ensemble ? Avons-nous tant perdu de notre liberté d'expression ... et de pression ? Je crois au contraire que nous avons été gagnants dans cette évolution.
Je n'insinue pas que nous vivons dans un monde merveilleux où « tout le monde il est beau et il est gentil », mais que notre situation aurait pu être pire. Puisque ce que nous voulons est rarement un choix disponible, optons pour celui qui s'en éloigne le moins et adaptons-nous pour le reste.
Je ne veux pas non plus dire qu'il faille nous endormir sur ce statut de consommateur (cochon-payant, mais cochon-râleur), mais au contraire rester vigilant et ne pas nous laisser trop manipuler, chacun à notre niveau, individuellement (ce qui sera bénéfique à tous). S'agirait pas que nous glissions sans nous en rendre compte du statut « d'unité économique » à celui « d'unité énergétique » (à la Matrix, si vous voyez ce que je veux dire). Mais sincèrement, au contraire de ce que voudrait nous suggérer l'article, j'ai du mal à imaginer qu'une petite poignée d'individus puissent arriver à réduire le reste de l'humanité à l'esclavage. Depuis que nous avons vu « Matrix » et « La guerre des mondes », ce n'est plus possible !
Faisons-nous donc à l'idée d'être manipulés, depuis notre naissance et à tous les niveaux, du familial au mondial. Le tout est de savoir dans quelle mesure, à quel degré et pour quelles causes. Mais surtout, de toujours être conscient de la part de libre arbitre qu'il nous reste, de défendre becs et ongles notre liberté de pensée qui, quoique « manipulée », pourrait se résumer en notre « liberté de choisir ». Qu'importe que ces choix soient limités (et tant mieux même, car nous finirions par ne plus savoir quoi choisir). Qu'importe qu'aucun d'entre eux ne correspondent exactement à notre idéal. L'important étant que nous ayons quelques possibilités de choix et que ceux-ci soient acceptables.
A ce jour et en Europe, ne nous plaignons pas trop quand même. Je crois même, au regard de ce que vivent d'autres peuples en ce moment, qu'il serait inconvenant de le faire. En tant qu'enfants gâtés de la planète, ne nous conduisons pas comme tels, ce qui ne doit pas nous empêcher de rester éveillés. Nous avons de nombreux moyens de pression à disposition pour influencer nos décideurs, qu'ils soient politiques ou commerçants. Utilisons-les au mieux pour conserver notre « démocratie » et aider tous les peuples de la planète à y accéder.
Ma définition de la « démocratie » :
Je mets généralement « démocratie » entre guillemets car j'entends souvent dire que dans les faits, « elle n'existe pas ». Le terme « Démocratie » ne doit pas être pris au premier degré de sa définition (pouvoir par le peuple, ou désigné par lui), mais comme une aspiration. Un but à atteindre, même si ce ne sera jamais le cas, puisqu'au surplus de ne pas être souhaitable, « tout le pouvoir au peuple » est impossible (pour gouverner, il faut bien une concentration des pouvoirs). Quant au libre choix du peuple à désigner le pouvoir, c'est un fantasme qui en restera toujours un, puisqu'en la matière nos choix sont généralement très limités et de toute façon toujours influencés (nous n'aurions rien d'humain dans le cas contraire).
En fait, même si la « démocratie » reste un rêve d'idéaliste, elle se traduit au moins dans la réalité par une volonté de suivre une direction vers laquelle il faut toujours essayer de tendre, car à son opposée il y a la dictature, l'oppression (et là on ne rêve plus, rien n'est impossible et le but peut être rapidement atteint).
Pour être plus réaliste, je crois qu'une « démocratie » se caractérise, non pas par le libre choix d'un peuple à mettre un pouvoir en place, mais par sa possibilité de le faire tomber rapidement sans pour autant faire une révolution, sans effusion de sang. Les détenteurs du pouvoir n'y viennent pas pour leurs compétences, mais en partent du fait de leurs erreurs. C'est le principe de l'essai-sanction. Pour ce faire, en plus du multipartisme et de la libre expression, il faut que le peuple « sache » ce qui se passe. Pas nécessairement « tout », mais le plus possible.
J'avais écrit ces lignes à propos de l'affaire Assange (WikiLeaks) le 10 Décembre dernier, juste avant le soulèvement du peuple de Tunisie (le 15 ou le 17/12 de mémoire).
Dans leur lutte pour la liberté, les peuples d'orient qui se sont soulevés, se soulèvent en ce moment et se soulèveront prochainement (Iran compris), n'aspirent qu'à une chose : sortir de l'oppression et vivre dans une société démocratique, avec toutes ses imperfections. Nous (l'occident) ne sommes pas un modèle et n'avons rien inventé (droits d'auteurs aux civilisations antiques). Les pays arabes libérés auront certainement « leur variante » de la démocratie, mais je ne pense pas qu'elle sera vraiment différente de la notre.
Alors que nous nous en plaignons, eux n'en demandent pas plus et ne rêvent pas (du moins, je pense).
Ces bouleversements ne sont pas la conséquence d'obscures idéologies religieuses, de manipulations de quelques services secrets américains ou chinois, de pressions d'un État aux desseins machiavéliques, mais bien plus simplement la conséquence de l'expansion du savoir et des facilités de communication, du partage toujours plus large des idées et des connaissances. C'est bien, c'est puissant et aucun gouvernement ou entreprise ne pourra arrêter ce mouvement.
Quand on dit que c'est Facebook qui a été le déclencheur de ces révolutions, je veux bien le croire. Et ce n'est pas le patron de cette boite ou celui de Google qui en ont décidé ainsi. Initialement, c'est bien dans un but lucratif que ces entreprises ont mis ces outils de communication à disposition. Au final, c'est pour se libérer que les « consommateurs » avérés ou en puissance les ont utilisés. C'est donc bien la société commerçante qui est à l'origine de ces révolutions.
Donc, le pouvoir aux politiques ou aux commerçants ? Je dirais « aux deux ». Je trouve que les mécanismes « sociaux-économiques » actuels, quoique qu'imparfaits et non dénués de risques, ne sont pas si mauvais que certains veulent le dire pour faire fonctionner nos sociétés. Certes nous frôlons des excès dangereux, dans l'art de manipuler, dans le libéralisme, dans la dictature du capital. La technologie, l'énergie, le profit, tout est dangereux sous certains aspects, mais tout est indispensable sous d'autres. Certes nous devons alerter sur ces risques et limiter les excès, mais avec raison gardée, en proposant des solutions qui tiennent la route et s'intègrent dans le reste du système.
Le pire des dangers qui nous guette, c'est de croire et relayer les prêches extrémistes et apocalyptiques sur des risques très improbables, ou ce qui est pire, faussement démontrés ou exagérés. Ce n'est pas une prérogative réservée aux plus grands manipulateurs sociaux, aux religieux et aux politiciens. Nous avons aussi « nos extrémistes » en économie, écologie, climatologie, ... il y en a pour tous les goûts et toutes les peurs. Je ne crois pas que celle-ci et à fortiori la panique, soit constructive.
Je ne suis pas contre le fait qu'il faille de temps en temps sonner de la cloche pour nous réveiller un peu et chercher à améliorer ce qui va encore ou arrêter ce qui à l'évidence est voué à l'échec. Mais n'allons pas jusqu'à tirer l'alarme du train au point de l'arrêter, car là nous ne frôlerions plus la cata mais la déclencherions irrémédiablement.
Pour revenir au site (adeptes de la théorie du complot et autres prédicateurs de mauvais augure) : s'il énonce des vérités et des faits avérés, ceux-ci ne datent pas d'hier. Pour ceux qui se tiennent informés, ce n'est vraiment pas un scoop. Par contre, il est hautement critiquable de par sa présentation exagérée de la situation et son ton alarmiste. Ses auteurs « jettent l'eau du bain avec le bébé » (ou « crache dans la soupe » pour être plus cru).
Ce site est quand-même à parcourir :
- soit pour faire l'inventaire des excès de notre civilisation et leurs possibles dérapages, si on les analyse indépendamment
- soit pour étudier l'art d'amalgamer ces excès pour en déduire un complot à l'échelle mondiale.
Voyez par exemple :
24.03.2011
Fukushima: l'accident nucléaire qui remet en cause notre civilisation
Fukushima: l'accident nucléaire qui remet en cause notre civilisation
« Notre civilisation industrielle et sa société de consommation n'ont été possibles que grâce à une débauche de consommation d'énergie. Cette énergie qui paraissait pouvoir être produite sans limite a aussi permis à la population mondiale de tripler en moins d'un siècle, ...
... nous arrivons aux limites énergétiques de notre modèle de société basé sur le "toujours plus", toujours plus de population, toujours plus de production, toujours plus de consommation.
Le pétrole est en voie d'épuisement. Nous sommes arrivés cette année au "peak oil" annoncé depuis 30 ans. L'offre de pétrole est désormais tout juste suffisante par rapport à la demande. En conséquence, à la moindre menace de réduction de la production, par exemple en cas de troubles touchant l'un des pays producteurs (comme actuellement en Libye), les prix du pétrole flambent.
Le solaire ou les éoliennes ne pourront jamais satisfaire entièrement la consommation d'énergie actuelle. Le nucléaire est donc le seul moyen de production de masse d'énergie dont nous disposons en dehors des combustibles fossiles. Or l'uranium est également une ressource non renouvelable et plus l'énergie nucléaire est utilisée, plus les ressources en uranium déclinent rapidement. Au rythme de consommation actuel, l'uranium sera épuisé dans 50 ans. ...
La catastrophe de Fukushima vient aussi nous rappeler que le nucléaire n'est pas sans danger. Les accidents sont rares, mais les conséquences sont catastrophiques ... »
Jusque là, on ne peut leur donner tort (pour le « pic pétrolier », c'est encore pire : nous l'aurions déjà dépassé, vers la fin des années 90). Je suis même à 100% d'accord et trouve exact chacun des termes de ces passages. Mais ils foirent toujours sur leur conclusion :
« La seule solution viable est de réduire radicalement notre consommation d'énergie, ce qui implique ... c'est à dire en remplaçant la recherche du quantitatif par celle du qualitatif, et celle de l'AVOIR par celle de l'ETRE »
Belles paroles, mais comment faire mieux et moins cher, sans faire de la quantité ? Comment donner l'accès au qualitatif à tous, sans s'occuper du quantitatif ? Comment convaincre ceux qui n'ont rien, qu'il serait temps maintenant « qu'ils soient » ?
Excusez-moi ! Cela s'adresse à « nous » qui avons le ventre plein et le loisir de philosopher.
Mais alors, que proposons-nous à ceux qui ne sont pas dans notre situation, qui survivent, c'est-à-dire à plus de 70% des habitants de cette planète ?
Qui sont les auteurs du site ?
Je n'ai pas trouvé le maintenant classique « qui sommes-nous » permettant de le savoir.
Il y en a bien un (de « qui sommes nous ») dans le lien « bibliographie essentielle » (liste d'ouvrages et d'auteurs franchement dignes d'intérêt, oui-oui, pour ceux que je connais), mais ce n'est pas celui attendu.
Alors quels sont les objectifs ? Influencer certes, mais dans quel but ? Avertir ou fédérer ?
Les couleurs, les titres accrocheurs, la présentation et les superbes images ... tout cela ressemble bien à ces sites sectaires ou culs-bénis d'outre atlantique, promettant le paradis à ceux qui adhèrent et chagrin pour les incrédules.
Les sites seraient-ils comme les champignons ? Plus ils sont beaux, plus ils sont dangereux ?
Pour conclure ... :
Je suis beaucoup plus optimiste sur l'avenir de notre civilisation et son mode de fonctionnement. Je pense que nous continuerons sur notre lancée, à être énergivore, à consommer, à inventer et à croître encore pour un certain temps.
Que l'on ne me prête pas un discours que je ne tiens pas. Je ne dis pas que notre système est parfait et qu'il ne faut rien changer, mais que jusqu'à présent nous n'en avons pas inventé de meilleur et en avons essayé de bien pires (salut Churchill ... qui avait dit quelque chose du genre, mais je n'arrive jamais à me rappeler la formulation exacte).
Alors à défaut du mieux (qui est l'ennemi du bien, ne l'oublions pas), essayons plutôt d'améliorer ce qui ne va pas, de corriger les dysfonctionnements et supprimer les anomalies, encore nombreuses, tant morales que techniques, j'en conviens. Les prochaines décennies seront encore ponctuées de crises (financières, énergétiques et géopolitiques), plus ou moins graves mais pas catastrophiques au point de voir notre civilisation s'écrouler.
Au fond, si nous sommes de nature envieuse et peureuse (les deux faces d'une même pièce), nous ne sommes pas si cons. Et au pire, le nombre de têtes bien pensantes pour relever le niveau général, est plus important que certains pessimistes veulent le croire. Au bout du compte, nous saurons toujours nous adapter, trouver les bonnes solutions à nos problèmes, au cas par cas et avant qu'il ne soit trop tard. Pas aussi vite que nous le souhaiterions, parfois même « au bord du précipice ». Pas exactement comme nous le souhaiterions, mais toujours de façon acceptable et viable pour une majorité grandissante d'humains (nous avons encore beaucoup de progrès à faire, mais on avance).
Nous finirons par réguler la démographie planétaire (quand les pays émergents et plus tard, ceux en voie de développement, vivront mieux et seront mieux éduqués, les familles se réduiront), par corriger les travers de notre société de conso et à mieux consommer (ce qui passe encore par l'information et l'éducation), par trouver des sources d'énergie plus propres et plus efficaces (car il est vrai que notre civilisation fonctionne à l'énergie). La fusion nucléaire par exemple, qui est une énergie « propre » (reproduction, à notre échelle, des réactions thermonucléaires produite dans une étoile - ITER Cadarache, un centre de recherche international), c'est pour dans 20/30 ans.
Nous finirons par résoudre notre problème de ressources, alimentaires et minières (actuellement insuffisantes si toute la planète devait vivre à notre niveau de confort).
Les OGM vous font peur ? Vous avez raison de vous méfier, mais tort de ne pas y croire. Vous trouvez la recherche spatiale couteuse et inutile ? Vous avez totalement tort. Elle permet de grandes avancées dans de nombreux autres domaines, parfois insoupçonnés (comme la santé ou l'agronomie). C'est la solution, si ce n'est la seule, pour résoudre nos futurs besoins en ressources minières. De toute façon, il faudra bien que l'humanité déménage un jour (lointain certes, mais un jour quand même), la planète n'étant pas une « terre viable éternellement », et là nous n'y sommes pour rien (le Soleil, dont la durée de vie est limitée comme tout dans l'univers, se transformera en géante rouge et notre bonne vieille terre n'y survivra pas).
A mon avis, tout passe par la circulation de l'information et du savoir. Nul besoin de tout changer, tout casser, tout remettre en cause. Il suffit simplement de faire mieux. Pour cela, il faut être de bonne volonté et bien sûr, y croire. Je pense que c'est le cas de la majorité des êtres humains (malgré tous leurs défauts). Il y aura toujours une minorité d'entres-nous pour ne voir que le mauvais côté des choses, prédire des catastrophes, penser que l'homme est un animal nuisible. Ces personnes sont nos sonnettes d'alarme. Comme les contre-pouvoirs, les contre-avis sont essentiels.
Si vous voulez lire de la contre-info plus « saine », allez visiter :
Ce n'est pas parce que ceux qui savent ne disent pas tout ou mentent, que leurs contradicteurs ou ceux qui en disent plus ont raison. La vérité n'est pas forcément le contraire d'un mensonge.
Entre les deux, j'applique toujours la règle du recoupement d'informations, avec en tête les propos d'un grand sage « ne crois rien des maîtres ni des prêtres qui ne s'accorderait point avec ton expérience et ta raison, ... » (Siddhârta Gautama ).
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Jack