Il n’y a pas d’économie viable sans argent et les mécanismes qui le font circuler, tout comme nous ne pourrions vivre sans système sanguin. De nos jours dans un monde globalisé (que ça plaise ou non, c’est ainsi), ces mécanismes de circulation sont internationaux et aucun pays ne peut financer ses projets économiques et sociaux sans emprunter sur les marchés financiers, … également internationaux.
Plus ces marchés ont confiance, moins la dette est couteuse (comparativement aux autres emprunteurs et dans un contexte économique mondial) et mieux se porte l’économie de l’emprunteur, ce qui ne fait qu’accroitre la confiance et ainsi de suite (cercle vertueux).
Rajoutez-y la force et la garantie de l’Union Européenne, sa monnaie unique et ses propres mécanismes de financement, et vous n’obtiendrait peut-être « l’argent magique » dont pourrait avoir besoin ses membres pour financer leurs programmes économiques et sociaux.
L'argent magique c’est quoi et pourquoi ?
C’est de « l’argent pas cher » qui tombe quand on en a vraiment besoin, mais pas à n’importe quel moment ni pour n’importe quelle cause, et surtout pas pour tout le monde !
En cas d’évènement grave, exogène à la nation, telle qu’une crise financière mondiale majeure (systémique), sanitaire ou la guerre, je ne dis pas. Il s’agit de périodes exceptionnelles. Mais créer de la dette en l’absence de choc externe, simplement pour répondre à un accroissement de dépenses sociales, qui ne sont pas des dépenses structurelles (avec « retour sur investissement »), c’est irresponsable.
La « recette miracle » des « Q.E. » ou « Quantitative Easing » : c’est la forme moderne de la « planche à billets » qui entraine les mêmes effets : boost économique dans un premier temps, avec dans un deuxième temps un risque majeur de dévaluation monétaire et d’inflation galopante (les deux étant liés, et les « temps » pouvant se décompter en mois ou en années).
Schématiquement, on inonde les circuits financiers de liquidités (du crédit quasi-gratuit émis par la banque centrale, au lieu de billets, ce qui revient strictement au même), ce qui a pour effet de faire baisser les taux d’intérêts (expliquant les taux quasi-nuls de ces dernières années) et relancer les économies (expliquant que tant en Europe qu’en Amérique du Nord, elles n’ont pas sombré après les deux dernières grandes crises systémiques, celle des Subprimes de 2007/2008 et celle du Covid de 2020).
Pour l’instant, je dis bien pour l’instant (car en économie la réaction à l’action est le plus souvent « à retardement »), les liquidités abondent toujours (ce qui explique le maintien des indices boursiers) et nous sommes encore protégés de la dévaluation, en Europe grâce à l’euro (solidarité économique/monétaire), et aux USA grâce à leur puissance, plus militaire qu’économique cela dit en passant. On pourrait dire que l’euro et le dollar américain s’épaulent l’un l’autre. … Mais pour combien de temps encore ?
Ceux qui parlent « d’effacement de la dette Européenne » sans conséquence économique, sont de fieffés menteurs. Pour faire de la dette il faut des prêteurs et avant eux, de la confiance. Cette dernière ne s’acquiert qu’avec le respect des engagements (volonté de rembourser selon les termes convenus) et une économie pérenne et prospère (garantie de rembourser). C’est une règle économique et financière de base, immuable et incontournable, car l’argent n’est autre que de la confiance !
La « dette Européenne » (des institutions bancaires des pays membres, et en arrière-plan de leurs économies) n’est pas qu’une simple écriture comptable dans le grand livre de la BCE. C’est un prêt (de l’Europe aux banques nationales) à très long terme, mais à terme quand même et qui devra être soldé un jour (même si le « terme » n’est pas encore déterminé ou reportable). Les grands argentiers du monde entier regardent avec acuité la manière dont les européens contre-passeront cette écriture (remboursement ou effacement ?).
Un « effacement » signifierait « légèreté européenne » (« voilà ce que font les pays européens de leurs dettes ») et au final une grave perte de confiance en l’Union Européenne et ses membres, avec des répercussions négatives incalculables, en premier lieu sur la valorisation de l’euro par rapport aux autres monnaies (dévalorisation monétaire = inflation = chute du pouvoir d’achat avec au bout du chemin, dégradation de l’économie et du niveau de vie pour tous, à commencer par les plus démunis avec la hausse du chômage et l’assèchement des budgets sociaux).
Sans confiance, pas de prêt (à taux économiquement viable) et encore moins « d’argent magique » ! « On ne prête qu’aux riches », c’est presque ça. A l’échelle d’un pays, « on ne prête qu’à ceux qui sont déjà riches ou ont une réelle capacité de le devenir ». C’est une dure réalité qui ne date pas d’hier et à laquelle aucun pays n’échappe (seul un individu peut éventuellement y échapper, … à condition que son pays soit en capacité de l’aider, autrement dit, qu’il soit déjà riche).
Certains pays hors Europe arrivent encore à emprunter avec un « capital confiance » dégradé, mais au prix fort : celui du risque encore accepté par quelques prêteurs avides de rendement, qui font le pari de pouvoir récupérer leur mise avant les autres, juste avant que le pays ne fasse défaut (comme en bourse, « prendre le train en marche et en sauter avant qu’il ne déraille »).
Le taux d’intérêt est tellement élevé (inversement proportionnel à la confiance), que la plus grosse dépense du pays est le paiement des intérêts de la dette, effaçant toute possibilité d’atteindre l’équilibre budgétaire, avec des habitants pris au piège comme le pays lui-même, dans le cercle vicieux de l’endettement et de l’appauvrissement continus (inflation galopante, dévaluation continue de la monnaie, économie exsangue, services publics quasi-absents, corruption et inégalités sociales croissantes, en économie tout étant étroitement lié). Au final, le pays est littéralement « esclave de sa dette » (comme peuvent l’être les particuliers surendettés, accros aux micro-crédits, ayant épuisé toutes procédures possibles d'effacement).
Les contraintes budgétaires Européennes tant critiquées par les partis extrémistes, nous empêchent bien heureusement d’en arriver là. Comme la ceinture de sécurité, la contrainte est une protection (pour celui qui la porte et pour les autres qui auraient à payer les conséquences de l’imprudence).
A l’inverse il y a le contre-exemple des USA. Ce pays ne cesse de creuser sa dette … et s’en fout royalement ! … … A juste titre, puisqu’au lieu de le plomber économiquement, cela lui réussit plutôt bien … pour l’instant. C’est un cas unique, non reproductible ailleurs. Seuls les USA peuvent se le permettre, et ce pour trois raisons que je développe dans ce billet : USA et le roi dollar.
L’Europe et ses membres sont encore loin de cette situation d’exception, et ne peuvent donc creuser leur dette comme ils le souhaiteraient, à moindre coût, sans confiance et sans contreparties économiques.
Croyez-vous sincèrement que les taux auxquels la France emprunte jusqu’à présent (ce qui pourrait ne pas durer) auraient été accordés sans la garantie de l’Europe (gendarme de l’orthodoxie budgétaire) et de l’euro (stabilité monétaire assurée par l’ensemble des économies de l’union) ?
N’étant plus étonné de l’énormité de certains mensonges de politiciens en mal de popularité, comme ceux qui tentent de justifier les bienfaits d’une sortie de l’Europe et pire, celle de l’euro, je reste stupéfait qu’il y ait encore quelques naïfs prêts à croire de telles âneries (moins de 1% des votants, heureusement). Il y a néanmoins en France un réel déficit de culture économique. Là est l’une des sources du « malaise » et celui-ci ne sera pas guérit d’ici le 30 Juin !
La sortie de l’Europe, c’est la sortie de l’Euro, et celle-ci implique une dévaluation monétaire immédiate ! … Je vous laisse imaginer les conséquences, pour le pays et votre vie de tous les jours.
@+
Jack
Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.