Des faits établis, prouvés, me direz-vous. Mais avec le concept à la mode de « réalités alternatives » où tout peut être remis en question, même des faits historiques qui faisaient pourtant consensus parmi les historiens, la notion de vérité s’éloigne, les faits qui la constituent passant du statut objectif qu’ils devraient avoir, à celui de subjectif. Dans des réalités alternatives, la preuve des faits l’est tout autant, subjective, et ceux qui les invoquent ne font que leur donner l’apparence de l’objectivité.
Si l’on rajoute à cela nos biais de confirmation et les algorithmes des réseaux sociaux qui, si nous n’y prenons pas garde, ne font que renforcer encore et encore ce que nous étions déjà prêts à croire, nous finirons par ne voir que ce que nous voulons voir, et non pas ce qu’il faut voir. Autrement dit et en extrapolant, chacun de nous finira par avoir « sa vérité », « sa réalité », et à partir de là, toute discussion, tout échange d’idées deviendra impossible.
On peut avoir un avis différent sur un même fait et c’est tant mieux. Mais si dès le départ d’une discussion nous sommes en désaccord sur le fait qui l’amène (discuter de ses causes et conséquences par exemple), sur le fondement même du débat, à quoi bon poursuivre. Et quand on ne peut plus discuter, soit on se tourne les talons, soit on se dispute.
C’est ce qui pourrait expliquer en partie le monde de violence d’aujourd’hui, saturé d’information et aux réalités multiples, dans lequel la vérité est à géométrie variable, ne fait plus sens, où l’émotion finit par l’emporter sur la raison. C’est ainsi que l’on voit des personnes (et des politiques) passer facilement de la parole aux insultes. Or derrière la violence des mots, la violence physique n’est jamais loin (cela s’est vu il y a quelques années, … au parlement Ukrainien justement, à propos d’un projet de loi voulant imposer le Russe comme langue nationale). Quand il n’y a plus de raisonnement, ne reste que la violence. Il n’y a plus d’écoute, plus de logique, chacun s’enfermant dans ses certitudes, parfois aux confins de l’absurde, voyant l’autre comme agresseur sans se rendre compte qu’il l’est tout autant. Il en va ainsi des individus comme des nations.
L’absence de débat mène aux idées reçues, aux divisions sociales, puis au nationalisme et enfin à la guerre (qui n’est que le prolongement de la politique).
A notre niveau, devant un tel emballement, que pouvons-nous faire ? Pas grand-chose évidemment, si ce n’est violemment (aller dans une manif pour tout casser ou nous enrôler pour faire la guerre, que ce soit côté Ukrainien ou Russe, ils recrutent) ou pacifiquement, ce qui dans notre démocratie veut dire aller voter selon nos convictions, de la façon la plus éclairée possible. Mais comment être éclairé si la vérité est indémontrable, les présumées preuves de faits alternatifs s’annulant mutuellement ?
Les armes d’un démocrate pacifique : esprit critique et variété de ses sources d’information. Sa plus grande faiblesse : tendance naturelle au biais de confirmation.
Mais quel que soit notre choix, gardons surtout ce qui semble faire de plus en plus défaut dans notre monde ultra-connecté : le bon sens, la logique et le recul, seuls moyens de faire un tri avisé de l’information qui nous arrive.
Cette réflexion me vient de la lecture de cet article :
Comment Donald Trump et Vladimir Poutine dévoient le concept de vérité
Publié 16 mars 2022,
@+
Jack
Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.