14 août 2011

Dette publique : un peu d'histoire


La Rome utilisait déjà la dette publique de façon ponctuelle.
Elle fut érigée en « système » étendu à toute l'Europe commerçante, dés le moyen-âge.

Comme on peut s'en douter, la dette publique fut l'une des origines des guerres et celles-ci l'augmentèrent systématiquement dans de très fortes proportions. Mais aucun État ne peut, si ce n'est fonctionner, en tout cas prospérer sans elle. Elle semble incontournable et permanente.

Le lien le plus étroit entretenu avec la dette, est bien évidemment l'économie : celle-ci pouvant tout autant la creuser, qu'être relancée par elle.
En dehors de ne tout simplement pas la payer (et déclencher une guerre avec le ou les pays prêteurs comme ce fût parfois le cas), la dette ne peut être diminuée que par l'impôt et l'inflation « maîtrisée », et dans les deux cas, une économie en croissance est la condition sine qua non de réussite.
Y-a-t'il une limite à la croissance ? Personnellement je pense que non, tout comme l'avancée démographique et technologique.

Le long passé de la dette publique
paru dans l'édition du 14.08.11
par Gérard Béaur (directeur de recherches au CNRS et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS))

Un article (non technique) qui vous fera « revivre » certaines grandes étapes de l'histoire de notre civilisation.

@+
Jack 

09 août 2011

Crise de la dette et cycles sociaux-économiques


La « crise de la dette » est celle des pays occidentaux, opulents, celle de tous les excès du capitalisme et de la consommation. Est-ce donc l'heure de l'addition ? La fin de notre civilisation, l'Armageddon de la bible et décembre 2012 du calendrier Incas ?

Mais non, seulement une question de cycles. Ils peuvent durer trois ou quatre ans, comme dix ou trente ans, périodes malheureusement ponctuées de révolutions ou de guerres, car tout se tient. Il y a les temps où les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Et puis ces derniers atteignant le stade où ils n'ont plus rien à perdre (donc « tout à gagner »), les mécanismes sociaux-économiques craquent et c'est la révolution (quand l'injustice sociale devient insupportable) ou la guerre (quand les intérêts internationaux se heurtent trop violemment). Ce sont les temps de la « redistribution forcée ». Tout excès porte en lui le germe de l'excès inverse. Économiquement, sociologiquement et politiquement par voie de conséquences, c'est une logique implacable.

Cela s'est déjà passé plusieurs fois dans notre propre civilisation (de la Rome en passant par la révolution), comme dans celle des autres continents, à plus ou moins grande échelle. En fait, ces cycles sont quasi-immuables dans l'histoire des civilisations. Ces « retournements » (ou virages) ne sont par contre pas une fatalité si ils sont compris et anticipés à temps par les gouvernants du moment, qu'ils soient rois ou députés. Par des mesures adéquates et fortes, ces derniers peuvent éviter ces ruptures, et au pire les retarder pour quelques décennies, s'il était écrit que l'humanité serait condamnée à perpétuellement aller d'un excès à l'autre.  

A l'heure actuelle, les gouvernements occidentaux endettés (pratiquement tous) sont coincés dans la logique suivante :
  • ils doivent se désendetter et faute de ressources supplémentaires, ne peuvent plus relancer l'économie par des grands travaux pour relayer la consommation en panne,
  • si l'économie ne peut être relancée (d'une manière ou d'une autre), rien en ce monde ne pouvant rester statique, elle se détériorera de plus en plus, inévitablement,
  • or une économie décroissante n'a d'autre effet que d'appauvrir un pays et d'aggraver sa dette publique, jusqu'au moment où les intérêts de sa dette sont supérieurs aux profits de sa croissance, que l'endettement devient de plus en plus couteux, et qu'au final, il ne puisse même plus emprunter (à ce stade, le pays n'a plus aucune chance de se relever).
Ce n'est pas plus compliqué que cela. Ce qui l'est en revanche, c'est de se mettre d'accord « politiquement » pour stopper cet enchainement dangereux.

Sans mesures radicales, s'instaurera un cercle vicieux dans lequel la dette des États augmentera, avec une inflation non compensée par la croissance, le tout accompagné d'une grogne sociale grandissante et des conflits internationaux en extension. L'économie mondiale ralentira jusqu'à son point de rupture : une guerre ... mondiale (n'ayons pas peur des mots). Quand une crise économique mondiale fait rage, les frontières se ferment, des dictateurs apparaissent et l'irrationalité commande.   

La solution ?

Relancer l'économie par de la dette, tout en l'équilibrant par la seule ressource encore disponible : l'impôt !

Ben ça alors ! Personne n'y avait donc pensé ? Bien sûr que oui, mais voilà : personne ne veut !
... D'autant qu'il faut éviter de ne le faire que « localement » (ou risque de fuite des capitaux).

  • outre-Atlantique, c'est ce que ne veulent pas les républicains. Relevons au passage que ce sont eux qui viennent d'affoler un marché financier qui n'en avait vraiment pas besoin (la perte du triple A par l'agence S&P est une conséquence des tergiversassions sur le relèvement du déficit), au plus mauvais moment, alors que l'économie commençait à peine de repartir (à croire que c'était fait exprès).
      
  • en Europe, c'est ce que ne veulent pas les politiques « sensés » (de droite ou de gauche), car l'argent se barrerait ailleurs (et « le fric, c'est bien ce qui fait tourner la machine »).  
Mais à y réfléchir, puisque maintenant ce sont tous les États occidentaux qui en ont besoin, ne serait-ce pas le moment propice pour qu'ils se mettent d'accord sur le principe d'augmenter les impôts des plus nantis et de continuer à faire la chasse aux paradis fiscaux ?
Où pourrait bien « s'échapper » les capitaux dont ils ont tant besoin ? En Inde ou en Chine (faudra avoir envie d'y aller) ? Et encore, il y va de leur intérêt de faire de même, non seulement parce qu'ils ont aussi un peuple à calmer mais également parce que la stabilité économique du monde occidental est celle du monde tout court.

Finalement, qu'une crise de la dette se déclenche simultanément des deux côté de l'Atlantique n'est peut-être pas si mal. A mon avis, une bonne opportunité pour oser ce qu'aucun politique raisonnable et responsable n'aurait osé jusqu'à présent.
« C'est, la lutte ... fin... ». Allons donc !
Entre « l'économie planifiée » et le « laisser faire, laisser aller », il y a de la marge. Entre Bush et Marx, il y a tout un monde, ... et des bonnes idées (noter que je n'ai pas cité Staline, car là, il n'y avait peut-être pas trop de différences).

Mais qui imposer encore plus qu'il ne l'est déjà ?
  • pas celui qui n'a rien, bien sûr,
  • pas moi ... et pas toi (quoique ?) ! ... Mais plus certainement « l'autre », celui qui gagne plus que toi et moi ! ... Non ?
Plus sérieusement, ce sont toujours les revenus « moyens » qui en paient le plus, et ceci pour deux raisons :
  • ils ont encore quelque chose à perdre (ne descendront pas dans la rue) et donc encore un peu de marge pour en payer,
  • ils n'ont pas les moyens juridiques et financiers pour y échapper, par la défiscalisation ou en se barrant là où on n'en paye pas !
Mais à ce jour, je crois bien qu'ils ne sont pas loin de la « limite fiscale max ». En tout cas, je ne sais pas pour vous, mais de mon côté « y a plus grand-chose à gratter ! ».

La crise financière (débutée mi-2007), a eu l'avantage (inconvénient pour certains) de mettre en exergue la rapidité avec laquelle se font certaines fortunes familiales, la hauteur de certains salaires et avantages financiers dont l'homme de la rue n'avait même pas conscience. S'il n'est pas question d'en vouloir à ceux qui en profitent (nous en ferions tout autant), on peut tout de même s'interroger sur un système qui permet de telles anomalies dans la distribution des richesses qui sont dégagées, il n'est pas inutile de le rappeler, par une économique à laquelle chacun participe. Il est tout à fait normal que nous soyons « rémunérés » proportionnellement à notre « participation » dans cette économie, à ce « bien commun ». Mais n'y a-t-il pas quelques exagérations dans les proportions ?

Comme vous l'aurez compris, mon raisonnement ne s'arrête pas aux frontières de la France, ni même de l'Europe. Il est également très éloigné du petit débat typiquement Français consistant à jalouser les petits écarts de salaire dans une même classe sociale ou à ne montrer du doigt que les abus des plus démunis qui essaient simplement de s'en sortir comme ils le peuvent (c'est l'image du « bon peuple » qui se dispute les quelques miettes que les grands de ce monde lui ont lancées pour le calmer, à défaut de s'en distraire).

Même aux USA, les plus riches ont fait une pétition pour être plus imposés !

Ne pas le faire, chez eux comme chez nous (en Europe), aggravera la situation de tous et déstabilisera complètement « notre monde », d'autant plus que la majorité des plus démunis ont maintenant pris pleinement conscience de l'ampleur des écarts qui séparent les hommes et que de surcroit, ils considèrent les plus riches comme responsables de la crise actuelle, ... à tort. C'est le système qui est à incriminer et éventuellement ceux qui le maintiennent, pas ceux qui en bénéficient (hors personnalités au pouvoir).

Et si pour une fois ce ne serait pas les plus pauvres qui feraient les frais des crises économiques ?

... et après on me traitera de vilain capitaliste !
    
    
@+
Jack 
Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.