Ce phénomène ne date pas d’hier, mais ce que l’on peut maintenant dire, c’est que depuis hier il a atteint une telle ampleur qu’il met réellement nos sociétés en danger de mort.
Si vous n’êtes pas trop fâché avec les chiffres (le reportage n’en abuse pas), vous retiendrez sans doute que le déficit des États industrialisés correspond à peu près à au montant de leur évasion fiscale. Plus celle-ci accélère, plus les déficits en font autant (ou vis versa).
Un article de la tribune en parle ici :
Évasion fiscale, le holdup du siècle
Vous noterez au passage la différence entre :
- « la finance noire » : la vraie fraude fiscale, qui comme toute délinquance existe et existera de tous temps, mais qui au final n’est pas celle qui nous met le plus dans la panade. De plus, ceux qui la pratique prennent leurs risques et se font de temps en temps pincer.
- et « la finance grise », à savoir « l’optimisation fiscale » (ce fut un temps mon domaine professionnel) qui est une sorte de détournement fiscal parfaitement légal s’appuyant, pour les grands comptes, sur une mise en concurrence de la fiscalité internationale, largement fondé sur la complexité et l’incapacité (ou la complicité) des instances nationales et internationales à mettre en place des solutions pour l’éviter, ou tout du moins la maîtriser. Il s’agit là de milliards et c’est un phénomène qui s’amplifie, et comme par hasard, toujours un peu plus en temps de crise !
Mais « le petit contribuable » que nous sommes se résigne à penser que cela le dépasse et que de toute façon il ne peut rien y faire. Alors « nous les petits » continuons à nous accuser réciproquement de ne pas payer assez d’impôts, de plus ou moins frauder le fisc, de creuser le trou de la sécu un peu plus que nous le faisons à notre manière. Nous continuons à nous invectiver, à nous disputer les quelques miettes que les grands de ce monde ont bien voulu nous jeter. En nous regardant du haut de leur fortune, nous chamailler au fond notre bassecour, la petite minorité à qui profite le système doit pouffer de rire !
Alors que faire ?
Déjà et avant toute chose, prendre conscience des vrais problèmes et de leurs causes. Ensuite, s’exprimer et voter de manière à sensibiliser les décideurs.
La démocratie n’est pas le pouvoir par le peuple, mais la capacité de celui-ci à remplacer ceux qui le dirige. C’est un moyen de pression suffisant et efficace, car les décideurs tiennent à leur pouvoir. Pour le conserver, sous la pression du « peuple de consommateurs », ils savent bien qu’ils doivent lâcher un peu des privilèges liés à leur pouvoir, au risque de tout perdre.
N’oublions pas non plus qu’au-delà de celui des urnes, nous avons aussi le pouvoir de consommer. Si nous arrivions à le politiser, ce qui arrivera peut-être un jour, ce serait le plus efficace, car c’est bien à partir de là que se construisent les grandes fortunes et les grandes évasions fiscales qui vont avec.