01 novembre 2018

Enjeux Européens

Ha notre président ! On l’apprécie ou on le déteste. Élu pour ses promesses ou pour éviter le pire ? Fin stratège ou embrouilleur de première ?
Il baisse dans les sondages, s’impopularise dans toutes les classes sociales en raison des conséquences de ses réformes (et certes de quelques bourdes par ailleurs, beaucoup plus coûteuses politiquement qu’économiquement).

Mais dans les grandes lignes, ces réformes faites et à faire, sont tout aussi impopulaires qu’indispensables pour nous maintenir économiquement « à flot » face à la concurrence internationale à laquelle nous ne pourrons pas nous soustraire. Ne pas comprendre que notre économie nationale et européenne sont étroitement imbriquées et en concurrence avec celles du reste du monde, dont certaines égalent ou dépassent celle de l’Europe, que nous le voulions ou non, c’est ne rien comprendre en économie (ou vouloir manipuler un auditoire à d’autres fins que l’intérêt de ceux qui écoutent).

Dans une économie mondialisée, seule « l’union fait la force ». Son contraire, le repli nationaliste, pourrait amener, si ce n’est à la catastrophe, certainement à l’asservissement par les grandes puissances économiques comme le dit très justement Macron. Cela me parait évident.
Réfléchissez ’y.

« Macron dramatise les enjeux européens »
Reuters 01/11/2018
https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/macron-dramatise-les-enjeux-europeens-329e858f8df4979d3d90de350f2a6ed3
Extraits :
« Dans une Europe qui est divisée par les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique, on voit presque méthodiquement se réarticuler tout ce qui a rythmé la vie de l'Europe de l'après-Première Guerre mondiale à la crise de 1929.
…/…
L'Europe est face à un risque : celui de se démembrer par la lèpre nationaliste et d'être bousculée par des puissances extérieures. Et donc de perdre sa souveraineté. C'est-à-dire d'avoir sa sécurité qui dépende des choix américains et de ses changements, d'avoir une Chine de plus en plus présente sur les infrastructures essentielles, une Russie qui parfois est tentée par la manipulation, des grands intérêts financiers et des marchés qui dépassent parfois la place que les États peuvent prendre. »

On le retrouve ici :
« Emmanuel Macron met en garde contre un retour à l’Europe des années 1930 »
https://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/11/01/emmanuel-macron-met-en-garde-contre-un-retour-a-l-europe-des-annees-1930_5377406_5008430.html

Je ne vois pas en quoi il « dramatise ». Il énonce au contraire très exactement ce qui est en train de se passer et ce qui pourrait suivre si nous n’en prenons pas conscience, nous les peuples d’Europe.

On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais pas sa vision économique, globale et réaliste, du monde actuel.
Dans le détail on peut discuter les choix de notre gouvernement (je désapprouve moi aussi certaines décisions, suis largement déçu de l’écart entre certaines promesses et leur mise en application, ai la sensation de m’être fait un peu « roulé dans la farine », notamment sur le plan fiscal), mais globalement et avec un peu de hauteur, en regardant l’intérêt national et non que celui de ma petite pomme, je reste d’accord, globalement avec l’idée générale, et totalement sur la vision « mondialiste » de notre président.

J’ajoute que les erreurs du Gvt Trump qui coupe économiquement et moralement son pays du reste du monde, ainsi que les tensions commerciales entre la Chine et les USA, auraient été une occasion historique de consolider l’Europe (au lieu de la diviser) et partant de là, de mettre l’Euro en concurrence avec le dollar en tant que monnaie internationale de référence. Cette dernière étape n’est bien sûr pas envisageable tant que planera un doute sur la solidité de l’Union et la pérennité de sa monnaie unique.
Mais en plus de manquer à cette formidable opportunité qui ne se représentera pas de sitôt, une mésentente Européenne sera bien évidemment très préjudiciable pour toutes les économies nationales qui composent l’Union. Pas besoin d’avoir un master en économie pour le comprendre. Quant à une déconfiture de l’UE, ce serait une catastrophe dont les conséquences dépasseraient de loin les aspects purement économiques.

Le gouvernement Macron donne la priorité à l’économie, un domaine souvent nébuleux et mal compris par la majorité des électeurs, ce qui explique le mécontentement général. Et pourtant, tout passe par elle.
Cela ne veut absolument pas dire qu’il faille ignorer la condition humaine pour ne laisser place qu’au profit, l’économie ne se réduisant pas qu’à cela. C’est tout un ensemble de mécanismes productifs et sociaux, apte à créer de la richesse en vue de sa répartition la plus juste possible, non pas que par pur humanisme, mais aussi par logique. Créer des richesses qui ne profitent qu’à certains privilégiés ne dure qu’un temps et amène inévitablement à la destruction de l’économie qui les crée.

Dans une démocratie, un système économique digne de ce nom se doit d’être stable et prospère, capable de redistribuer les richesses qu’il produit avec équité. Il doit être au service de l’homme, avoir pour objectif d’améliorer sa condition. Dans le cas contraire, ce n’est plus de l’économie mais du vol et cela ne dure qu’un temps, celui des dictatures. Ce type d’organisation ne produit pas de nouvelles richesses, mais épuise celles précédemment créées.

Toujours est-il qu’il ne peut y avoir de progrès sociaux sans création préalable de richesse.
Les populistes veulent faire croire que l’on peut mettre « la charrue avant les bœufs » (redistribuer des richesses futures et hypothétiques) et ceux qui les suivent, qui les croient, pourraient bien avec leur vote, entrainer tout le monde dans l’abîme, … comme cela est déjà arrivé en Europe (entre-deux guerres), comme cela arrive encore dans nombre de pays (Venezuela pour dernier exemple des dégâts que peut faire un populiste porté au pouvoir, et peut-être, le Brésil dans quatre ou cinq ans).

Définition(s) « populiste, populisme » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Populisme_(politique)

Pour ma part : homme et mouvement dont le discours politique se borne à instrumentaliser le mécontentement populaire (dont la peur) et à promettre ce que les électeurs espèrent, sans vraiment se soucier de savoir si leur programme est viable, quand bien même ils en aient un (« on promet et on verra après »), l’objectif premier étant le pouvoir et non les intérêts du peuple.

Les promesses et le programme économique de l’Allemagne nazie ont fait illusion les premières années (1933-1939). Plein emploi à coups de grands projets d’infrastructures. Ce n’était qu’un rêve de courte durée, car financé par de colossaux emprunts internationaux, largement supérieurs à la capacité de remboursement du pays. Quand il a fallu se réveiller, que les robinets de la finance internationale furent coupés faute de confiance, … ce fût la guerre (initiée non pas par les créanciers, mais par un débiteur aux abois, Hitler, sous couvert de bien d’autres prétextes fallacieux).

De mon point de vue, Macron ne dramatise pas quand il évoque les années 30 et en pointillé, leurs conséquences. Toutes les guerres, depuis l’antiquité, éclatent pour des raisons économiques (qu’un peuple soit économiquement asphyxié ou qu’il convoite les richesses d’un autre, derrière les paroles et les idéologies, il est toujours question d’économie).


Ayant vécu en direct et « de l’intérieur » la crise financière mondiale de 2007/2008, je puis vous assurer que le pire a vraiment été évité grâce aux leçons du passé, celles tirées de la crise de 1929 (protectionnisme économique et ses conséquences désastreuses). Pour rappel, cette dernière a aussi démarré aux USA et s’est propagée dans le reste du monde. Tout comme celle des « subprimes » (empilement d’emprunts pourris), la cause principale était une spéculation boursière outrancière dans un monde beaucoup trop endetté (le scandale des subprimes n’a été que le détonateur au milieu d’une montagne de crédits qui ne demandait qu’à exploser).

Assurément, sans l’intervention des principales banques centrales mondiales (BCE en Europe et FED aux USA) sous l’impulsion des dirigeants et de leurs conseillers du moment (la fameuse « intelligentsia » que les populistes stigmatisent), la crise de 2007 aurait été pire que celle de 29, l’économie mondiale étant encore plus imbriquée que dans le passé et les montages financiers foireux bien plus importants.

L’économie ne peut se passer de la finance et celle-ci de la spéculation, le tout dans un contexte toujours plus mondialisé. C’est un assemblage instable qu’il faut manier avec précaution. Qu’il plaise ou non, il est là et nul ne peut en séparer les éléments, ni parfaitement maîtriser leurs intrications. On ne peut qu’essayer de le réguler, ce qui est le rôle des États, et dans une économie mondialisée autant espérer qu’ils s’entendent sur la meilleure façon de le faire.

Quand la mécanique s’emballe, en raison d’une incompréhension de ses rouages ou d’un manque de maîtrise, c’est la panique sur les marchés financiers, puis la crise économique, le chômage, et enfin, invariablement, la montée des populismes toujours très friands d’endettement pour essayer de tenir leurs promesses. Au lieu de s’entendre, les États se fâchent et se replient sur eux-mêmes tout en s’endettant encore plus. De l’emballement, l’économie passe au déraillement, avec pour résultat, si ce n’est la guerre (civile ou inter-nations), l’appauvrissement de tout le monde, les plus démunis buvant toujours la tasse en premier.
C’est un cercle vicieux qui se répètera tant qu’il ne sera pas compris.



Mais à chacun son avis et tout le monde peut avoir tort. Le problème étant qu’en démocratie, ceux qui font les mauvais choix le font payer à tout le monde … et souvent pour longtemps.




@+
Jack