On entend souvent, trop souvent, que "ce sont les actionnaires qui s'enrichissent le plus, qui captent le plus les richesses produites par une entreprise". Pire, que "les actionnaires s'enrichissent sur le dos des salariés".
C'est bien évidemment faux, totalement faux ! De l'intox distillée par ceux qui y ont intérêt (politiques) et avalée par d'autres qui ne savent pas vraiment de quoi on parle (le grand déficit bien Français en culture économique, source de bien des aprioris, des incompréhensions et autant de fakes news).
En réalité, les salariés sont les premiers servis dans la distribution de cette richesse produite, et ce dans la plus forte proportion : 70% en moyenne. Cela me parait bien normal. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est de dire et faire croire le contraire.
Pourquoi il faut arrêter de répéter bêtement que le CAC40 n'enrichit que ses actionnaires !
"Les entreprises du CAC40 enrichissent certes leurs actionnaires, mais selon une étude de l'institut économique Molinari, les vrais gagnants ne sont peut-être pas ceux que l'on croit. Passage en revue des grands bénéficiaires avec Marc Vignaud, journaliste au Point." Ecorama du 16 mai 2019, présenté par David Jacquot sur boursorama.com.
D'après cette étude, la France serait même le pays où les entreprises distribuent le plus de leur richesse produite à ses salariés (et le moins à ses actionnaires).
Quelques notions élémentaires pour mieux comprendre :
Qu'est-ce que "la Valeur Ajoutée" ?
Schématiquement, c'est la richesse produite par une entreprise et partagée entre ses différents acteurs, ceux qui participent à cette création de richesse.
Qui sont ces acteurs et sous quelle forme cette richesse est-elle distribuée ?
Les acteurs sont donc tous ceux qui "participent" à cette création de richesse, à savoir (ordre décroissant de richesse distribuée) :
1) Les salariés bien sûr qui reçoivent leur part sous forme de salaires.
2) Les dotations aux amortissements et aux provisions (notion comptable) représentant la part des investissements (comme les installations techniques, le matériel fixe ou roulant, …) participant directement à la production. Plus une entreprise sera robotisée, plus cette part sera importante, remplaçant la main d'œuvre (et donc la part "salaires"). Une partie de la richesse produite est consacrée non pas à payer du personnel, mais à payer des machines. Les "provisions" (notion plus complexe) sont en quelque sorte des sommes mises de côté pour financer des dépenses ou déboires à vernir (risque et charges futurs, d'impayé ou de procédure). Elles sont également une part de richesse produite ("en attente" d'être ou non distribuée plus tard).
3) L'État qui participe de par les infrastructures et services divers (protection des salariés comme de l'entreprise, sociale, judiciaire, voire même militaire, aide à l'exportation, …), en vue d'assurer à l'entreprise une production et commercialisation dans les meilleures conditions. Il reçoit sa part sous forme de charges sociales et d'impôts.
4) Les banques qui assurent le financement des moyens de production (investissements, crédit client et fournisseurs, …).
5) Et enfin, les actionnaires qui participent au "risque industriel et commercial" de par leurs apports en capital (pas d'entreprise sans capital).
Pourquoi appelle-t-on "valeur ajoutée" la "richesse produite" par l'entreprise ?
Tout simplement parce que c'est ce que l'entreprise "ajoute" aux produits, services et matière premières qu'elle achète pour fabriquer ses propres produits finis (ou services), ceux qui sortent de son usine (ou de son établissement) et qu'elle vend (à d'autres entreprises ou directement aux consommateurs).
Le calcul (ou composition) de la "valeur ajoutée" (VA) peut légèrement varier d'une activité économique à l'autre et sa définition peut-être strictement "comptable et fiscale" ou "économiquement interprétée", mais sa définition (ou notion) reste celle-ci :
Chiffre d'Affaire (CA), à savoir tout ce que l'entreprise encaisse de ses ventes, déduction faite de toutes ses dépenses "externes" :
- matières premières incluant les produits finis qu'elle va incorporer dans ses propres produits,
- services extérieurs et sous-traitance (TFSE pour "Travaux, Fournitures et Services Extérieurs), incluant les loyers
Reste donc bien ce qui la compose (énumération ci-avant) : les salaires, les investissement, les impôts et taxes, les frais financiers et éventuellement, les bénéfices (ou marge nette après impôts).
Une définition (comptable) simplement et bien expliquée :
https://www.compta-facile.com/valeur-ajoutee-va-definition-calcul-interet/
La VA sert au calcul de la TVA ("Taxe sur la VA") et du PIB (Produit Intérieur Brut) comme du PNB (idem, mais National, incluant les produits issus de l'exportation). C'est toujours une notion de "richesse produite", une mesure économique essentielle (à tous les niveaux).
Quant aux actionnaires, ces "vilains actionnaires" qui se gavent de "dividendes" !
Ce sont eux qui prennent le plus de risque dans l'affaire (perte totale de leur mise si l'entreprise se casse la figure), et pourtant, ils sont les derniers servis : toutes les entreprises ne versent pas systématiquement un dividende et celles qui le font, ne le font pas chaque année. Par principe, le dividende n'est qu'une part de bénéfice NET (ce qui reste après avoir "désintéressé" tous les autres acteurs précités). Donc par principe, pas de dividende si perte annuelle, et pas forcément de distribution de dividende même en cas de bénéfice (pour différentes raisons, notamment en vue d'investissements à venir ou d'un risque futur important, l'entreprise peut décider de ne rien distribuer). Je parle de ce mécanisme ici.
Mais quoiqu'il arrive, les autres acteurs (salariés, État, banques) reçoivent leur part de richesse produite (et même plus que théoriquement dû, si ce n'est pas un bénéfice mais une perte qui est constatée en fin d'année). En fait, seuls les actionnaires supportent les pertes, sans même être sûrs de recevoir des dividendes en cas de bénéfice.
Au contraire de ce que trop de gens croient, les actionnaires sont non seulement les moins bien lotis dans la redistribution de richesse produite par l'entreprise, mais ce sont également eux qui paradoxalement permettent que cette richesse soit produite. Aucune entreprise ne peut exister sans une mise de fond initial (le capital) et aucune ne peut prospérer sans investissements (en partie assurés par les augmentations de capital, sans lesquelles aucune banque ne prêterait). Les actionnaires alimentent l'entreprise en argent frais, à leur risque et péril. Normal que ce risque soit un peu rémunéré (dividendes aléatoires).
Bon d'accord, personne n'est obligé de prendre le risque de miser dans une entreprise en devenant l'un de ses actionnaires.
Ces derniers prennent et assure seul ce risque sans attendre qu'on les en remercie. C'est entendu. Mais jusqu'à les montrer du doigt et les traiter de "parasites de l'économie", il y a des limites à ne pas franchir sauf à être de très mauvaise foi ou totalement inculte.
Il est également vrai que les actionnaires ne sont pas tous animés de bonnes intentions. Comme partout et en tout, il y a des malversations, des manipulations (comme les "fonds prédateurs" rachetant des entreprises pour les revendre après les avoir vidées de leurs forces vives), mais quoique les plus médiatisées, ces opérations financières malhonnêtes restent exceptionnelles.
Personne ne dit que tout est parfait et que nous vivons dans monde des bisounours. Après tout et si on y réfléchi un peu, l'économie est capitalistique par essence, depuis qu'elle existe, à savoir depuis les origines de la civilisation quels qu'en soit ses modes de redistribution et "habillages politiques" (l'économie communiste Chinoise est capitalistique tout comme l'était l'ex-URSS, et même le monde de "Castro" ou de "Kim Jong-un"). Seul le capital permet le développement économique. Croire le contraire n'est qu'utopie.
Quant à la "juste redistribution des richesses", elle n'a jamais réellement existé (si ce n'est sous forme d'utopie ou d'hypocrisie nationale), ne serait-ce parce que la notion de "mérite" est tout aussi variable que celle de ce qui est "juste".
On peut simplement espérer faire au mieux, mieux que s'est fait dans le passé et ce qui se fait ailleurs. Je crois qu'en France et en Europe, on n'y arrive pas trop mal, même s'il est certain que des progrès sont encore et toujours à faire en matière de redistribution (un sujet que j'ai souvent abordé).
@+
Jack