18 novembre 2022

Avis controversés et opinions divergentes

Nous sommes dans un monde complexe, difficile à appréhender, tant dans le détail que dans sa globalité. Les gens ont donc une tendance naturelle et compréhensible à vouloir le simplifier, le plus souvent en transformant l’anecdote en cas général, en érigeant une expérience personnelle en généralité, voire même à très largement extrapoler ce qu’ils savent. Or plus un monde est complexe, plus il est affaire de spécialistes dans des domaines toujours plus spécifiques et pointus.

Nous sommes également abreuvés d’informations tous azimuts et nombreux sont ceux qui s’y noienttrop d’information tue l’information »). Cet excès amène à l’excès inverse (comme en tous domaines) de la part de ceux qui la reçoivent : celui de ne sélectionner qu’un seul type d’information, celui qui va dans le sens de ce qu’ils sont, par éducation ou expérience personnelle, d’emblée prêts à croire. C’est ce fameux « biais de confirmation » dont tout le monde devrait se méfier. Les réseaux sociaux exacerbent ce phénomène. Au lieu de libérer les gens à plus d’ouverture d’esprit et de connaissances, ils les enferment dans leurs préjugés.

Problème : à force de vouloir simplifier son environnement, on finit par s’écarter de ce qu’il est réellement … et donc à se retrouver complètement à côté de la vérité. Les crises financières ou géopolitiques ne font qu’aggraver le processus. Plus leur environnement est difficile et anxiogène, plus les gens se posent des questions et attendent des réponses, plus ils sont avides de solutions simples (mais à problème complexe, rares sont les solutions simples).

C’est le monde rêvé des populistes et autres figures cherchant à briller (guidées par leurs égos surdimensionnés … comme Raoult qui a été le « populiste des antivacs »). Cela explique la montée des votes aux extrêmes (pas que chez nous) et mêmes des extrémismes religieux (pas qu’islamistes, les culs bénis de l’église évangélique aux USA n’ayant rien à leur envier). Avec la religion (ou l’aveuglement idéologique), plus de question à se poser : tout est déterminé par avance, écrit et sanctifié, le gourou a toutes les réponses … et les solutions.

Les gens veulent du simple, du facile à comprendre, quitte à ne plus être dans la réalité (c’est le monde des utopies, des rêves et de leur pendant : les peurs). Désolé pour eux, mais le monde est et sera de plus en plus complexe et affaire de spécialistes. À mon sens, les démocraties ne survivront qu’à la condition d’un énorme effort de partage des connaissances (dès le plus jeune âge et avec la pédagogie qui va avec). Sans cela, la voie est grande ouverte aux dictatures (« ne cherchez pas à comprendre, vos dirigeants savent et vous guident »). C’est ce qui se passe en Chine et en Russie (mais difficile d’instaurer une réelle démocratie dans des pays aussi importants, le premier par sa démographie, le second par sa superficie).

La complexité croissante de notre environnement et les manipulations médiatiques aidant, expliquent sans doute l’écart grandissant des opinions divergentes et la violence avec laquelle elles s’expriment, ce qui rend souvent tout débat impossible, car passion et raison n’ont jamais fait bon ménage.

Voici ma stratégie pour interpréter l’information qui m’arrive : n’étant pas expert et ne prétendant pas avoir la science infuse ni le savoir nécessaire pour juger ce que dit un expert dans un domaine de connaissance donné, j’applique quelques règles basiques pour me faire une idée sur la véracité d’une information qui m’interpelle :

  • Ne pas avoir d’aprioris avant de lire (ou écouter) et me méfier de mon « biais de confirmation » (auquel personne n’échappe) quand j’ai ou crois avoir une certaine connaissance du sujet,
  • Croiser et multiplier les sources et les auteurs autant faire se peut (tout en restant conscient que les médias relaient souvent une seule et même source via l’AFP, donnant ainsi l’impression que la source est différente alors que ce n’est pas le cas),
  • Si les sources ou les analyses se ressemblent trop et que j’ai du mal à trouver des contradictions, je me méfie et laisse mon avis en suspens (« sous revue » comme disent les agences de notation),
  • Si j’ai l’impression que le sujet fait ou a fait débat, je prendrai pour vrai les avis qui font consensus et qui bien évidemment me paraitrons logiquement démontrés. Si le plus grand nombre de scientifiques vont dans un certain sens, je ne vois pas selon quelle logique, moi qui ne suis pas spécialiste, je pourrais ne pas leur accorder du crédit. … Et si la grande majorité des « sachants » se trompent, n’ayant aucune appétence pour les théories du complot, … je me tromperai avec eux ! 

Tout ceci bien sûr, dans un pays où la liberté de la presse n’est pas artificielle et celle de l’expression bien réelle. Si j’habitais en Russie, dans le monde actuel de Poutine, je me poserai une première et essentielle question : pourquoi un seul et même discours à la TV et si peu de médias pour dire le contraire ? Par extension, pourquoi tant de médias ont-ils étés interdits et pourquoi oser critiquer l’action du Gvt mène en prison ? Au final, me sachant dans un pays où il n’y pas de véritable liberté de la presse et où la liberté d’expression est muselée, « la majorité des sachants » s’exprimant encore ne reflèterait donc qu’un consensus artificiel et n’aurait donc aucune crédibilité.

Dans un pays où la liberté d’expression et de la presse sont effectives, ne perdons pas de vue que ce n’est pas celui qui parles le mieux, le plus et le plus fort, qui a raison. Analysons toujours la démonstration, les faits et les preuves derrière les mots. Méfions-nous également du sophisme (ou l’art de la manipulation) très en vogue en ces temps troublés, où tout devient discutable, interprétable. J’adore cet article de Wikipédia car il donne des exemples croustillant de sophismes (les « stratagèmes » et les « grandes familles de sophismes »). On y retrouve des analogies dans notre expérience personnelle, face à des personnes qui ont cherché à nous faire avaler des couleuvres.


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.