05 décembre 2025

CAPITULATION de l’ordre et du droit international

Il n’y a pas que l’Ukraine qui est en passe de capituler, mais tout le droit international et ses valeurs que l’on croyait jusque-là acquises.

Si la Russie atteint les buts de guerre qu’elle s’était fixé en initiant son « opération spéciale » du 24 Février 2022 (qui ne devait durer que quelques jours) et qu’elle n’a jamais abandonnés au fils des pseudos pourparlers de paix, à savoir la soumission totale de l’Ukraine, alors ce ne sont pas que les Ukrainiens qui auront perdu, mais tous les citoyens du monde entier qui croient encore au droit et en la justice internationale, aux valeurs qui fondent les démocraties.

Ce sera la démonstration que le droit international s’efface devant la force brute, militaire. Or ce qui se passe à l’international est généralement le reflet de ce qui se passe ou se passera au national.

Quand la force n’est plus au service du droit et de la justice, des principes moraux qui la fondent, cela se traduit inévitablement dans une nation par la dictature, et entre nations, par la guerre. Et quand ces nations sont surarmées et dotées de l’arme nucléaire, c’est toute l’humanité qui risque de perdre.

La capitulation (ou ce qui y ressemble) de l’Ukraine est également une récompense aux crimes contre l’humanité perpétrés par le régime de Poutine (oublié le bombardement de civils, la destruction de villes entières, la déportation d’enfants ?), l’impunité des crimes de guerre commis par son armée (oublié les massacres et les tortures de civils ?).

Si le pays militairement le plus puissant du monde, celui de l’oncle Sam que l’on croyait « gendarme du monde », ayant le premier proclamé la défense des libertés et les droits de l’homme, permet cette issue, voire même l’approuve en acceptant de revenir au « business » avec un pays qui a bafoué tous les principes du droit international, alors la voie est ouverte à des périls encore bien plus inquiétants pour l’humanité toute entière.

Ce satisfecit donné à la Russie sera la preuve qu’un pays doté de l’arme nucléaire peut tout se permettre contre ceux qui ne le sont pas. C’est aussi une extraordinaire invitation à ces derniers de l’acquérir, si ce n’est pour agresser, pour au moins pour se protéger. Or le pire qui puisse arriver à notre monde est la prolifération des armes nucléaires !

Puisque tout semble maintenant permis alors que les américains se désengagent des protections explicitement ou implicitement promises, pourquoi la Chine se gênerait-elle maintenant d’assouvir son désir d’annexer Taïwan ? Pourquoi la Corée du Nord n’envahirait-elle pas sa voisine du Sud ? 

Quel argument aura la communauté internationale pour interdire à un pays non doté, d’acquérir l’arme ultime, à commencer par l’Arabie Saoudite qui en a largement les moyens financiers ?

Autre péril plus proche de nous, pour l’Europe : si la Russie annexe réellement l’Ukraine, elle récupère et additionne son armée (actuellement la plus puissante et aguerrie en Europe Occidentale) et son armement (que nous avons financé), devenant un danger mortel pour nous, au sens propre comme au figuré.

On comprendra alors, mais trop tard, que l’Ukraine était réellement notre rempart ! Que les Ukrainiens avaient raison quand ils disaient qu’en se défendant contre l’agression Russe, ils nous défendaient aussi.

Ne perdons pas de vue que tant que Poutine et son idéologie sont au pouvoir, tenu compte d’une économie maintenant presque entièrement tournée vers la guerre, celle-ci ne pourra pas s’arrêter sans y être forcée. Comme je l’ai entendu, « Poutine est allé trop loin pour ne pas aller encore plus loin ! ».

La capitulation de l’Ukraine ne sera que la première d’une longue série, à commencer par celle des valeurs qui fondent notre humanité, privilégiant la morale et la justice à la force brute.

C’est la loi et la morale qui ont permis à l’humanité de s’élever, de se distinguer du règne animal, ce qui sous-tend que le fort doit aider le faible, et non le soumette.

L’histoire des civilisations a toujours été ponctuée d’avancées et de reculs, elles se construisent et se détruisent au fil des siècles, d’un continent à l’autre de la planète. Mais dans le contexte actuel où l’arme nucléaire est mise en avant comme argument pour s’imposer, il se pourrait que nous vivions notre dernier recul civilisationnel.

Si la Russie gagne, c’est le monde entier qui perd. Si la Russie perd, c’est le monde entier qui risque de perdre à cause de la folie d’un seul homme.

Alors souhaitons qu’il n’y ait ni perdant ni gagnant, militairement parlant. La solution étant que seul Poutine et sa clique perdent politiquement, de l’intérieur.

Comment cela serait-il possible ?

Une trêve sur le terrain est souhaitable (stop aux destructions et pertes humaines, des deux côtés). A défaut, une « fausse paix » plutôt qu’une annexion complète de toute l’Ukraine (la plus mauvaise nouvelle pour l’Europe). Avec la fin du soutien américain, notamment en renseignement, et l’absence de moyens actuels côté européen, elle ne pourra tenir plus longtemps. Si l’Ukraine l’accepte, ce sera le couteau sous la gorge. Or un accord sous la contrainte n’a aucune valeur.

Trop de haine et de rancœur ont été accumulées côté Ukrainien et l’idéologie impérialiste côté Russe ne disparaîtra pas avec Poutine au pouvoir. Les hostilités reprendront inévitablement, au premier dérapage de l’un ou de l’autre sur le terrain, au premier prétexte, fusse-t ’il inventé (par l’une ou l’autre des parties).

Mais si ce temps de trêve ou de paix sera mis à profit par les deux armées pour se reconstituer et remettre le couvert, il sera également mis à profit au délitement entamé de l’économie et du pouvoir Russes. Peut-être le temps d’un changement politique en Russie, seul espoir de mettre un terme définitif à cette guerre.

Certains disent qu’il y a pire que Poutine ou qu’une dislocation de la Russie serait une catastrophe mondiale. Elle ne serait pas sans risques mais pas certaine, alors qu’en l’état actuel nous y allons tout droit.


Jack