En ces temps d'incertitude on cherche, non plus à se rassurer, mais à comprendre ce qu'il se passe pour mieux appréhender ce qui risque vraiment de se passer dans un avenir plus ou moins proche.
Vous sachant riches à millions et très inquiets sur le devenir de votre magot caché, un petit tour de la situation devrait vous intéresser.
Comme nous tous, je survole beaucoup d'information, plus que je n'ai le temps de vraiment en lire et encore moins d'en retenir. Pour palier à cela, je conserve les articles qui me paraissent intéressants, en prévision d'y revenir plus tard de façon plus approfondie.
En matière économique il y a certains mécanismes intemporels auxquels ont ne croit plus quand on nous les rappelle (« mais non, aujourd'hui les choses sont différentes ») et qui pourtant reprennent tout leur sens quand ils se vérifient à nouveau ... généralement quand il est trop tard !
Cela dit en passant, rares sont les analystes qui ont vu le vent venir (outre leur partialité, leur manque de recul est certain). Quant aux institutions nationales ou internationales (banques centrales, FMI, INSEE, OCDE, ...), elles approchent à peu-près la vérité, ... quand on marche déjà dedans !
Entre les gourous de la finance qui n'ont aucun intérêt à miner leur terrain de chasse et les autorités administratives indépendantes qui ne font qu'interpréter des données statistiques trop récentes, il nous reste les économistes universitaires. Ils ne sont pas directement intéressés à capter vos économies comme les premiers et n'ont pas le nez dans le guidon comme les seconds. De ce fait, ils sont assez souvent dans le vrai, et ont surtout une vision plus large et historique des phénomènes économiques. Bon d'accord, comme tout le monde ils ont leurs opinions, leurs idéaux et ne sont pas forcément objectifs. Personne ne l'est totalement. Tout ceci n'empêche pas certaines démonstrations difficilement contestables.
Il en est ainsi de cette analyse macroéconomique faite en Janvier 2010 ... qui annonçait ce qui nous arrive en ce moment :
Crise : Scénario pour 2010, par Jean Claude Werrebrouck
L'article étant assez long, je ne vous livre que le début, le milieu et la fin (si vous voulez comprendre le pourquoi, les mécanismes qui mènent à cela, faudra tout lire) :
« Trop d'épargne pour certains, pas assez de revenus pour d'autres ; une situation de surproduction généralisée face à une demande insuffisante, qui ne pouvait être soutenue que par l'empilement des dettes. L'éclatement de la bulle de crédit a créé une situation intenable : la liquidation de la dette privée est inévitable mais loin d'être achevée. ... A moyen terme, il sera inévitable de procéder à un rebalancement des échanges économiques et à une répudiation de la dette. »
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«... le mode de la répudiation de la dette sera la question centrale des années 2010 et 2011. Et pour comprendre ce qui pourrait advenir, il est fondamental d'effectuer un bref retour historique sur le fonctionnement des Etats. Considérons comme acquis la fondation historique de ces derniers sur la violence. L'Etat repose historiquement sur la monopolisation de l'extériorité, qui caractérise tout groupe humain, par des acteurs soucieux d'utiliser le levier correspondant à des fins privées. ... L'irruption de l'Etat de droit devait modifier largement les moyens d'action de ceux qui devaient devenir des entrepreneurs politiques sur des marchés démocratiques. C'est qu'en démocratie, les marchés politiques sont instables, ce qui signifie qu'en théorie tous les groupes constitutifs de la société peuvent être amenés à utiliser la contrainte publique à des fins privées. La démocratie permet, à tour de rôle, aux moutons de devenir eux-mêmes des loups et inversement. Ce qui signifie par conséquent une main moins lourde de la part de ceux qui désirent utiliser la contrainte publique à leur avantage. La gestion de la dette publique devra donc être revue et corrigée : moins de violence affichée et recours caché aux forces du marché pour la répudiation. »
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« C'est à partir de ces lignes de force essentielles que pourront se comprendre les phénomènes qui vont accompagner la trajectoire de la crise : puissance de la croissance, ou hélas, plus probablement de la dépression, importance du chômage, niveau d'agitation des marchés politiques, niveau d'agitation des instances médiatiques chargées de l'interprétation du déroulé des évènements, rapports de forces autour des tables de négociation internationales. »
Ce qui est intéressant dans cet article, outre les relations historiques entre pouvoir et dette publique, c'est la date à laquelle il a été écrit. En Janvier 2010 il décrivait des mécanismes qui s'amorçaient au 1er trimestre 2011 (inquiétudes sur la dette Grecque et sur la stabilité de la zone Euro, prémisses d'une guerre des monnaies) pour éclater publiquement depuis Juillet dernier : désaccords entre États sur les mesures à prendre et perte de confiance sur la capacité des États à faire face à leurs déficits. Une dette sur laquelle chaque État, en Europe comme aux USA, les partis politiques se déchirent, ... beaucoup plus pour des « raisons électorales » que pour de véritables « raisons économiques », et c'est bien cela le plus inquiétant !
Et la suite ?
Si on suit le raisonnement de l'auteur, les gesticulations politiques internationales actuelles paraissant lui donner raison, le casse-tête des dirigeants sur le « comment relancer l'économie pour rembourser la dette ? » va vite faire la place au « comment se débarrasser de la dette sans croissance économique ? ».
Sans croissance, il n'y a bien sûr qu'une seule solution : la dévaluer, ce qui revient à berner les prêteurs, les épargnants de la planète dont vous et moi faisons partie (au travers des banques, assurances, fonds de pension et de retraite ou toute autre institutionnel collecteur de cette épargne). C'est ce qu'entend l'auteur quand il parle de « répudiation », la dévaluation d'une créance étant la forme moderne de son effacement.
Les États ne décidant plus seuls, la dévaluation de leur monnaie est plus compliquée. Par ailleurs, pour que cela marche, il faut bien sûr que la monnaie de remboursement soit celle de l'emprunt. En raison de la mondialisation et de l'actuelle complexité des mécanismes, l'exercice va donc être difficile pour les pays endettés et leurs moyens pour dévaluer leur dette ne s'arrêteront pas à une simple dévaluation monétaire, mais on sent bien que ce sera l'objectif.
Voilà le remède. Mais au fait, quelles sont les véritables causes de la crise de la dette ?
Dire que ce sont les conséquences d'une débauche de la consommation à crédit et de la spéculation, n'est pas totalement faux, mais n'est pas vraiment exact. Pour tout dire, c'est une explication très simpliste et réductrice. L'un et l'autre ne sont qu'une partie de l'explication, et à mon avis, la partie émergée de l'iceberg. C'est un peu expliquer le trou de la sécu par les abus de votre voisin.
Prenons par exemple la dette Américaine. On entend (trop) souvent qu'elle a été créée par la boulimie des Américains à consommer à crédit, faute de redistribution des richesses par les salaires. C'est oublier le raz de marée des exportations chinoises (bas salaires = bas coûts) sur l'économie occidentale, affaiblissant les marges des entreprises (par effet concurrentiel), ce qui mena au gel des salaires et au chômage, et donc à la baisse de la consommation interne qu'il a bien fallu compenser par l'endettement pour maintenir les entreprises occidentales à flot (ne pas le faire aurait créé encore plus de chômage, donc moins de consommation, cercle vicieux qui aurait mit l'économie totalement et irrémédiablement en panne). Donc, incriminer les politiques est également une critique facile pour expliquer la crise. « Aurait pu mieux faire », d'accord, mais c'est tout.
En quelle devise la Chine est-elle payée en retour de ses exportations « dévastatrices pour l'économie occidentale » ? ... En dollars.
Que fait la Chine de ces dollars ? ... Elle achète des bons du trésor Américain (elle ne « redistribue » que très peu).
Et quelle est l'une des conséquences de ces achats massifs ? ... La hausse de la dette Américaine (en partie seulement bien sûr, mais en partie quand même, ce qui fait depuis longtemps dire aux économistes que la Chine finance l'Amérique).
N'allez pas croire que j'insinue que la Chine est responsable de quoi que ce soit. Elle a tout comme nous, droit à la croissance et à l'accès aux mêmes richesses, d'autant qu'elle commence seulement à en profiter alors que nous nous y vautrons depuis cinquante ans. Expliquer des mécanismes économiques et les problèmes qu'ils soulèvent, n'implique pas qu'il y ait des responsables, mais simplement qu'il soit nécessaire de trouver les meilleurs solutions pour que ces mécanismes ne se grippent pas.
Comment évitons-nous encore et pour l'heure, un « crédit crunch » ? ... Grâce à la Chine (plus précisément, grâce aux pays émergents, qui consomment quand même de plus en plus, mais surtout et pour l'instant, réinvestissent leurs excédents commerciaux chez nous).
Si la meilleure image du monde de la finance est celle d'un serpent qui se mort la queue, cela ne veut pas dire que les solutions aux problèmes financiers soient simples. Tout est imbriqué et surtout aucune décision ne peut être centralisée, chaque intervenant ayant des intérêts souvent contradictoires avec les autres. Le problème étant complexe, la solution l'est tout autant et les remèdes simplistes de certains politiques ne sont que tromperie. La pire d'entre elles serait certainement de fermer les frontières (souvent entendu). C'est l'une de celles qui fut adoptée pour contrer les conséquences de la crise de 1929 et qui a menée là où on sait. L'Occident a tout autant besoin d'exporter sa production que l'Asie. Sans compter un risque de brouille pouvant déboucher sur un conflit qui ne serait plus limité à l'économie (je vous laisse imaginer).
Alors comment les États Européens vont-ils s'y prendre pour « répudier » leurs dettes ?
Et si les Chinois réévaluaient leur monnaie (le Yuan), ce qui mécaniquement dévaluerait l'euro et le dollar ? Et si les Américains dévaluaient la leur, ce qui mécaniquement réévaluerait l'euro (donc à l'inverse de l'effet recherché) ? Mais au fait, pourquoi, et surtout comment, ne pas dévaluer l'Euro ?
Pour l'heure, la question reste entière mais la réponse sera trouvée par un biais plus ou moins indirect. Ce qui me semble sûr, c'est que les consommateurs ou les épargnants que nous sommes, vont souffrir !
A quelle sauce allons-nous être mangés et surtout, pendant combien de temps allons-nous cuire ? Les cuisiniers vont-ils s'entendre ou vont-ils au contraire se jeter les casseroles à la figure, éparpillant les ingrédients au sol et mettant le feu à la cuisine mondiale ?
Il y a un moment ou même les plus optimistes (comme moi) doivent arrêter de rêver pour réellement regarder la déplaisante réalité en face. Pour des raisons liées aux déséquilibres dans le partage des ressources et des richesses mondiales, j'envisageais bien de grandes difficultés à surmonter, mais pas avant 2020-2030. Il semble que les évènements se précipitent. Même pas le temps de souffler !
Ce tour d'horizon fait, revenant à l'objet du message : Vos économies sont-elles en péril ?
Si vous avez suivi, la réponse est bien évidemment et sans ambiguïté : oui !
Pas pour tout de suite ... mais pour bientôt.
Alors où et comment protéger votre épargne, avant qu'elle ne se fasse laminer par l'inflation ? Comme je l'ai déjà écrit, je n'en vois aucune dans l'immobilier (appréhension fiscale), ni dans les métaux précieux (trop tard + risque de manipe) et encore moins dans les obligations « d'État » (inflation, dévaluation sous des formes multiples), les fameux placements garantis en Euros (en plus ou moins bonne place dans presque tous les contrats d'assurances vie). Ce sont d'ailleurs ces placements qui seront les premiers touchés. Pour sûr que le capital sera intégralement remboursé, mais en quelle monnaie ? ... Et si c'est encore en Euros, qu'elle en sera sa véritable valeur économique au jour du remboursement ?
Que reste-t-il, en dehors des placements de connaisseurs comme l'art ou certaines matières premières (haut risque) ?
Le marché des actions, toujours à mon point de vue. Tout le problème étant le choix des bonnes valeurs, de celles qui « passeront la crise », toujours dans une optique de « protection du capital » et non de « production du capital » (recherche de PV immédiates).
Cette analyse (également faite en Janvier 2010) pourrait vous aider à cette sélection :
2010 Reprise… de la crise - Par Simone Wapler, le 15 janvier 2010 ... elle aussi, il me semble, avait vu juste !
Extraits :
« Nous estimons donc que 2010 devra être à placer sous le régime de la préservation de capital plutôt que de la recherche de plus-values. ... La croissance de la consommation tous azimuts a vécu. Les entreprises qui proposent des biens ou services permettant de réaliser des économies ont de beaux jours devant elles. Privilégiez les biens et services aux entreprises plutôt que les sociétés qui dépendent de la clientèle des particuliers. ... Certaines entreprises sont capables d'imposer leur prix. Ce sont celles qui ont un savoir-faire précieux, qui imposent un nouveau modèle astucieux. ... Une crise comme celle que nous vivons est une crise de destruction créatrice, selon le modèle de Schumpeter, qui laissera un boulevard aux casseurs de règles. »
Cette économiste met en avant le modèle économique de Schumpeter (succession de cycles économiques destructeurs-créateurs de croissance, très étroitement liés à l'innovation).
Extraits :
« En conséquence, la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. La "destruction créatrice" est donc la caractéristique du système capitaliste qui résulte du caractère discontinu ... Le cœur de l'innovation repose sur la R&D, qui n'est pas toujours immédiatement rentable, ce qui peut justifier un soutien public, sachant que le niveau technologique d'un pays influence son niveau de vie et sa place dans le concert des nations. Les efforts de R&D et d'innovation sont les premières victimes du ralentissement conjoncturel; avec la baisse des profits et la montée des incertitudes, les entreprises sont tentées de réaliser d'abord des économies sur les dépenses en R&D et en innovation, dont la rentabilité est le plus souvent lointaine et incertaine. Une intervention des pouvoirs publics à contre-cycle peut aider à lutter contre cet effet pervers. »
Pas facile de trouver une société de taille importante (capable de traverser les tempêtes boursières), ne dépendant pas directement de la consommation, innovante sur un marché à fort potentiel présumé, au bilan solide et une trésorerie saine (surtout que ce poste est éphémère), avec un endettement raisonnable (très relatif) et des actifs suffisamment conséquents (là c'est plus facile à déterminer) pour lui permettre de trouver les liquidités nécessaires à maintenir son marché et tenir dans la durée.
Mais il y en a !
Ayant pour principe de ne pas conseiller ou déconseiller telle ou telle valeur, vous ne ferez pas l'économie d'un petit travail de recherche et d'analyse de ces quelques entreprises qui ont toutes les chances de se sortir gagnantes de la profonde crise dans laquelle nous nous enfonçons chaque jour un peu plus.
Moi qui est toujours vivement critiqué les « cassandres », je crois aujourd'hui et pour une fois, que nous avons tout de même beaucoup de raisons d'être pessimistes ... à court terme, sachant que j'hésite entre l'échelle d'un bilan comptable (moins d'un an) et l'échelle d'un cycle économique (5 à 50 ans, suivant le cycle).
Rassurez-vous quand même pour le court terme : ayant été trop souvent optimiste dans le passé, il y a fort à parier que je sois cette fois-ci encore, pessimiste à tort.
A long terme je ne perds cependant pas espoir. A l'échelle géologique, je suis même très optimiste.
@+ Jack