01 décembre 2011

Le maelstrom des crises

L’argent est beaucoup plus virtuel, immatériel, que la majorité des gens le croient. Ce n’est pas autre chose que de la confiance et de l’espoir, et l’argent « se fait ou se défait » au gré du niveau de ces aspirations humaines.

Même à titre personnel, celui qui n’a pas d’argent mais est gonflé à bloc, emprunte et entreprend, pour finir par rembourser et avoir de l’argent. Et bien sûr, s’il entreprend mal ou déprime, dans cet ordre ou dans l’autre (puisque l’un engendre l’autre), il ne peut plus rembourser, encore moins emprunter plus qu’il ne l’a déjà fait, et donc entreprendre quoique ce soit, ni même espérer « se refaire ». Quant à son moral, c’est limite suicide. A l’échelle nationale, c’est la même chose.

Confiance et espoir, c’est tout ce qui faut pour aller de l’avant et faire tourner une économie, l’ensemble s’autoalimentant. Actuellement, c’est très exactement le mécanisme inverse qui est en route (et il s’est enclenché en Juillet 2007). Le suicide, d’une nation ou d’une civilisation, ce sera l’écoute des discours extrémistes du style « faut tout casser pour repartir sur des bases saines ».

Derrière la crise des “subprimes”, il y avait la crise de l’immobilier US. Derrière celle-ci il y avait l’endettement des ménages Américains, et derrière, l’endettement du monde occidental, et derrière, la montée du prix des matières premières en raison des besoins de la Chine, et derrière, la démographie mondiale avec le problème du partage des richesses et des ressources, et derrière  ... ? ... Et après ?

Entre lourdeur décisionnelle Européenne, bataille politique aux USA et élections majeures en 2012 (France, Allemagne, Russie, USA), l’incertitude va dominer pour un bout de temps encore, et ce dans le meilleur des pronostics (le pire étant le chaos).

En 2010 il était impensable de lâcher un pays Européen et ce n’est pas faute à Sarko de l’avoir martelé début 2011. En Septembre, je crois que les principaux décideurs Européens auraient souhaité que la Grèce ne réponde pas aux conditions qui lui étaient imposées ... pour trouver la bonne excuse de la lâcher, de sortir la pomme pourrie du panier avant qu’elle ne contamine les autres. Pas de bol, elle a dit amen à tout et on lui a filé le fric Mardi.

Encore en Juin, il n’était pas pensable d’abandonner l’euro (ce qui pourrait entrainer la décomposition de la zone économique et politique européenne, et là ce serait gravissime à tous points de vue). Aujourd’hui, certains économistes et politiques pensent que ce serait la meilleure solution, alors que ceux qui font tourner l’argent dans le monde, parient sur le fait que l’éclatement de cette zone euro est inéluctable, tout du moins partiellement (zone euro réduite à quelques pays économiquement proches, 4 à 6 au plus).

Pour ma part, je n’y crois pas trop (à l’éclatement total en tout cas, une réduction de la zone me paraissant néanmoins possible)  ... mais tout comme je ne croyais pas trop que certains poids lourds du CAC ne pouvaient pas aller au dessous de leurs plus bas historiques « absolu » (depuis qu’ils cotent).

Si « la crise de la dette » (qui ne s’arrête pas à l’Europe et qui est peut-être « une crise d’autre chose ») persiste, nous allons vers des horizons sombres et orageux, avec dans les pays occidentaux, des mouvements sociaux de plus en plus importants (qui ne feront que détruire plus qu’ils ne le sont, les fondamentaux économiques). Les pays arabes n’ont pas le monopole des perturbations sociaux-politiques et celles-ci ne sont d’ailleurs pas dues au hasard, tout dans le monde étant interconnecté. Dans ce type de contexte (et là, ce n’est que de l’histoire), les nationalismes se réveilleront, les dictateurs émergeront là où il était impensable qu’ils réapparaissent, ceux qui viennent de tomber seront remplacés (sans doute par des extrémistes religieux), les pays se fermeront et les grands équilibres mondiaux basculeront. La possibilité que les grandes puissances rentrent en conflit, sera alors vraiment envisageable.  

Mais comme depuis Juin j’aurais tendance à faire le contraire de ce qu’il faut, et donc à penser à l’envers, il y a peut-être une chance pour que je sois plus pessimiste que de raison (je suis contaminé par l’ambiance). Tout rentrerait-il dans l’ordre dans quelques mois ?

Comment ?

Et bien je crois que la seule solution de se sortir de cette histoire de dettes nationales et éviter de tomber dans un gouffre aux confins insondables, c’est l’inflation. C’est « LA » méthode « classique et infaillible », que seul un État (ou groupe étatiques) peut mettre en œuvre pour éponger ses dettes et repartir de l’avant. 

Le dindon de la farce, c’est bien sûr le petit épargnant (avec les plus démunis). Il ne serait pas impensable que les grands décideurs politiques et leurs conseils mijotent déjà le coup et que les atermoiements actuels ne soient qu’une façon de préparer les opinions publiques.

Au final, les citoyens ou plus exactement les “unités économiques” que nous sommes, perdrons tout ou partie de notre épargne quoiqu’il arrive, de part l’aggravation de la crise (ce sera alors plutôt “tout”) ou de part sa résolution par l’inflation (ce qui à défaut de meilleure solution sera sans doute la moins pire).