29 avril 2012

Choix culturels, danger des minorités extrémistes


J'écarte d'emblée les idéologies purement racistes et xénophobes sans aucun fondement, ni historique, ni scientifique, prônant la pureté des races et des cultures.
A l'heure de la génétique, la science a démontré que le concept de race n'avait aucun sens, outre le fait que le « mélange » génétique entre tribus de la préhistoire, devenues peuples de la terre aujourd'hui, n'a jamais cessé, pour le plus grand bien de l'humanité et au minimum, pour sa pérennité.
Il en est de même pour les échanges multiculturels tout au long de l'histoire humaine, source d'innovations et de progrès idéologiques et techniques. Comme aime à le dire Yves Coppens (paléontologue), « nous avons tous en commun, un arrière parent Somalien » (citation sur le sens, ne me souvenant pas des mots exacts).

Laissons donc de côté les discours racistes et xénophobes primaires, dont les arguments ne sont puisés qu'aux tréfonds de fantasmes idéologiques ou religieux, motivés par la haine et la peur (l'un et l'autre étant indissociables) et auxquels n'adhèrent que les incultes. Que les tenants de ces thèses se reproduisent entre eux, ... et disparaissent à terme en raison d'un effet, qui lui, est scientifiquement démontré : la consanguinité (la nature est bien faite).

Plus intéressant est le phénomène de choix culturels, ce qui suggère que l'échange multiculturel (idéologique, artistique ou technique) n'implique pas l'uniformisation des cultures. Comme en toutes choses et en tous lieux, je pense que chaque culture est le résultat de deux mécanismes qui ne sont opposés qu'en apparence : la variété qui tend à différencier, et l'échange qui tend au contraire à uniformiser. Tout ce que l'on peut observer dans la nature, et même dans l'univers connu, tant à son niveau macroscopique (astronomie) que microscopique (physique nucléaire), est l'interaction continuelle de ces deux phénomènes. Il en va ainsi de la construction de notre propre personnalité, d'un peuple et de sa culture, d'une civilisation, de l'humanité toute entière. La beauté est dans la variété. Tout fonctionne à merveille quand le détail est différent et l'ensemble cohérent, harmonieux. Il y a autant de génie dans ce qui nous sépare, qu'il y a de cohérence dans ce que nous partageons. La différence pour la créativité, la stabilité pour la mettre en application. Au niveau local, qu'il s'agisse d'un groupe, d'une tribu ou d'une nation, la cohésion sociale ne peut bien évidemment être réussie que lorsqu'il y a des valeurs à partager, autres qu'économiques et financières.

Comme pour les goûts, chacun a ses raisons pour justifier ses choix de vie, ses préférences sur le type de société dans laquelle il se sent bien, dans laquelle il désire vivre et partager. Bien mal instruit ou bien stupide, sera celui qui pourra dire le choix de tel ou tel, rien qu'à sa physionomie ou la couleur de sa peau. Le sujet n'est donc pas l'origine culturelle, ni même la nationalité, mais le choix culturel que nous faisons et la manière dont nous l'exprimons.

Là où les choses se compliquent, c'est quand l'un veut imposer ses choix à l'autre, de manière directe (politique) ou indirecte (prosélytisme et signes ostentatoires). Dans une dictature, cette contrainte s'exerce au niveau de l'État, alors que dans une démocratie elle s'exprime au quotidien. La solution serait que chacun puisse avoir la possibilité effective d'aller vivre là ou bon lui semble, dans le pays où ses préférences culturelles sont reconnues et acceptées majoritairement. Mais dans le monde actuel, ce n'est malheureusement pas si simple, nul ne pouvant vraiment faire ce qu'il veut pour des raisons supérieures (vitales, économiques ou politiques).
Les barrières de la nationalité et de l'économie se dressent entre ces choix. Le fond du problème n'est donc pas l'écart entre deux cultures, mais leur cohabitation dans le même espace réduit. A ce jour et en l'état actuel de l'économie mondiale, nous ne pouvons pas faire autrement.

Aucun pays ne peut totalement se refermer sur lui-même. Pour une nation qui se dit « développée », l'immigration est une nécessité, tant économique que diplomatique (les idéalistes dont je fais partie, diront « humanitaire »). Elle a autant besoin d'un flux migratoire (plus ou moins régulé, ce qui est une autre histoire), que ce flux migratoire a besoin d'elle, l'une et l'autre et dans la majorité des cas, pour des raisons purement économiques. Plus rarement pour d'autres causes, non économiques (idéologie, politique, véritable choix culturel ou exil).

Pour les flux migratoires non librement consentis, non motivés par un véritable choix culturel, se pose alors la question de « l'intégration ». Quand celle-ci ne s'opère pas, nait alors ce que certains appellent le « choc des cultures », qui n'est autre que de l'intolérance et de l'incompréhension. Mais être tolérant n'implique pas qu'il faille tout tolérer, tout comme comprendre ne veut pas dire excuser.

La logique, le respect d'autrui et l'essence même de la démocratie, veulent que la minorité se plie à la majorité. Pour ma part, il n'y a pas d'exception à cette règle. Il n'y a pas lieu de s'en écarter au prétexte que la majorité peut se tromper, de chercher à savoir si elle a raison ou non dans ses choix. La minorité peut discuter, alerter, chercher à éveiller les consciences, mais à aucun moment « s'imposer », de quelque façon que ce soit. Quand la majorité fait clairement entendre qu'elle n'est pas prête à écouter ou à voir, à changer ses choix politiques ou culturels, alors la minorité doit se faire discrète, voire même se taire et au mieux, partir ou revoir ses choix. Nous acceptons tous cette règle face au choix des urnes et il n'y a aucune raison qu'elle soit différente en matière culturelle.

Mais voilà, au contraire de nous en rapprocher, la mondialisation économique et la politique internationale aidant, il semble au contraire que nous nous éloignons de cette logique. Avec la stigmatisation des positions géopolitiques dans le monde et les extrémistes de tous bords pour souffler sur la braise, les esprits s'échauffent et les idéaux se durcissent.
Mais est-ce une nouvelle raison pour qu'une minorité culturelle impose ses idéaux et sa façon de vivre à la majorité ?
Pas de mon point de vue en tout cas.

Alors reste entier et bien plus attristant le dilemme de ceux qui veulent réellement s'intégrer, d'une minorité qui a fait le choix social et idéologique de la majorité culturelle du pays dans lequel leurs parents migrants les ont amenés à vivre.
Une minorité dans la minorité, prise entre deux courants extrémistes :
  • celui des nationaux, non fondamentalement xénophobes, mais qui le deviennent par exaspération autant que par peur, de voir régulièrement ses choix culturels bafoués et critiqués par la minorité culturelle ou religieuse,
  • celui d'une minorité non intégrée et sans aucune intention de l'être.
Ces deux courants s'autoalimentent, dans la peur et l'incompréhension. Ils sont les premiers à empêcher l'intégration et ne font que creuser le fossé culturel :
  • les nationaux devenus « nationalistes » poussent ceux qui auraient bien voulu s'intégrer à ne plus faire l'effort, voire même à afficher leur différence culturelle d'origine, qu'ils étaient pourtant prêts à abandonner (réaction humaine à un sentiment de rejet),
  • les réfractaires à toute intégration et les « fondamentalistes » (quoique je ne sais toujours pas où sont les « fondements », si ce n'est la recherche de pouvoir) qui attisent ce sentiment de rejet.
C'est donc toujours le même mécanisme à l'œuvre : tout excès génère quasi-automatiquement l'excès inverse.
Partout en Europe ces haines s'exacerbent avec la crise économique, comme à chaque fois dans l'histoire (guerre 39-45 et plus récemment, guerre des Balkans). C'est inquiétant.

Au quotidien et avant d'en arriver aux extrêmes, au point de non retour, voici une belle illustration de cette incompréhension, ici « à la française » :

... d'un côté :
"J'ai voté FN pour la première fois"

... comme de l'autre :
Arnima se croyait française, elle est devenue « une Arabe »
  
Et si l'un comme l'autre, ne faisait pas d'une expérience personnelle malheureuse, une généralité ?

Et si surtout, « nos nationaux exaspérés » faisaient un effort pour comprendre la différence entre choix culturel et origine culturelle, sortaient un peu des stéréotypes et des amalgames ? Et si les minorités culturelles faisaient un effort pour chasser ou faire taire leurs propres extrémistes, démontraient leur volonté d'intégration ou du moins n'affichaient pas leurs différences comme une insulte ?

Le vrai problème, au-delà de la petite histoire personnelle de chacun, c'est qu'en ne dénonçant pas les thèses extrémistes minoritaires, d'un bord ou de l'autre, nous jouons avec le feu. Le vrai, celui qui peut enflammer le monde et duquel personne ne sortira indemne.

Pour mémoire : de 1928 à 1930 (summum du marasme économique et politique Allemand), le parti Nazi passa de 2.6% à 18.3% aux législatives (suffrage universel), et ce n'est qu'avec 33% des suffrages (élections fin 1932) qu'Hitler arriva au pouvoir (Janvier 1933) et mit fin à la démocratie.
En réponse aux problèmes économiques du pays, une minorité extrémiste a désigné une autre minorité comme bouc émissaire. Au final, et vous pourrez l'interpréter comme vous voudrez, dans un sens comme dans l'autre, c'est une minorité qui a finit par imposer ses choix à la majorité.

Voilà pourquoi, en période d'instabilité économique et donc politique, il est essentiel de ne pas laisser les extrémistes s'exprimer seuls. Voilà pourquoi la majorité, généralement modérée et trop souvent silencieuse, doit clairement faire entendre ses choix (et ce, tant qu'elle peut encore le faire). 


@+
Jack
Fit le s'œuf et bavard du clavier
  
Il est beaucoup moins dangereux d'utiliser son intelligence pour des conneries, que sa connerie pour des trucs intelligents.

11 avril 2012

Revenu du travail et revenu de base

Le reportage qui suit pourrait bien vous surprendre.

Petite introduction avant de rentrer dans le vif du sujet :

Dans un système économique et technologique qui s'automatise et change chaque jour, le « bon sens » d'hier peut vite devenir « contre sens » aujourd'hui. Le danger n'est pas la vitesse avec laquelle ces changements se font (d'autant que c'est une marche que personne n'arrêtera), mais la rigidité d'esprit de ceux qui y participent, ne serait-ce que par un simple vote.

Comme le disait une parlementaire Allemande, « il faut en finir avec cette idée fausse selon laquelle seul le travail rémunéré constitue une contribution méritoire à la société, alors qu'en réalité, c'est souvent exactement l'inverse ».
Vous n'êtes pas convaincu ? Pensez donc aux « bienfaits sociaux-économiques » apportés par les personnes les mieux rémunérées sur la planète, … qui seraient donc les plus « méritoires » ! … N'est-ce pas ?
Sans oublier à l'autre extrémité, toutes les personnes qui se dévouent à des tâches caritatives ou dans l'humanitaire international, avec comme seul « salaire », leur propre satisfaction (en plus de celle de ceux qu'ils aident).

Quand nous évoquons la proportion moyenne « actif-inactifs » (au sens travail rémunéré), nous avançons généralement un rapport de 7 ou 8 sur 10. Nous serions largement au dessous de la vérité. Seulement quatre personnes sur dix perçoivent un véritable « revenu du travail », directement lié à la richesse produite.
Et cet écart va logiquement et irrémédiablement s'accroître (sans pour autant réduire la richesse produite, bien au contraire). Aucun régime politique ne pourra rien y faire, sauf à arrêter la marche du progrès. Les six autres personnes vivent de « revenus de transfert » : prestations familiales et de logement, indemnités maladies ou assimilées, retraite, chômage et aides sociales diverses. Le coût du chômage ? Une personne sur dix en moyenne (pour l'instant, car la proportion devrait inévitablement augmenter, quelque soient les « recettes » et les couleurs de nos dirigeants). Nous ou un membre de notre famille perçoit, a perçu ou percevra un jour l'un de ces « revenus redistribués ». Même ceux qui critiquent cette redistribution, en percevrons ou en perçoivent déjà une partie sans s'en rendre compte (ou l'estime méritée pour eux mais pas pour les autres).

Quant à l'accès au travail, il n'échappera à personne que de nos jours c'est une véritable course qui relève plus de la ruse et de la chance, que de la seule volonté. C'est le jeu des chaises musicales, avec quatre chaises et dix participants. La charité pour les malchanceux ou la solidarité de ceux qui comprennent qu'ils auraient pu se retrouver à leur place ?

En fait, il ne s'agit même pas de solidarité. Dans la mécanique économique mondiale actuelle, le concept est dépassé. Un prince Saoudien redistribue-t-il une partie de la manne pétrolière qu'il reçoit par « solidarité » envers ses administrés ?
Tout comme la richesse du sol n'appartient pas à quelques privilégiés, mais à tous ceux qui vivent sur ce sol, la richesse produite par une civilisation hautement industrialisée n'appartient pas qu'aux seules personnes qui font tourner les machines. Les avancées technologiques ne sont pas du seul mérite des quelques techniciens aux manettes, mais de celui de plusieurs générations, et donc de celui de tout un peuple et de son histoire, tout comme de son niveau culturel, ce à quoi tout le monde participe. Ce raisonnement n'implique pas une pure égalité de partage (travail et mérite doivent continuer à être gratifiés, encouragés), mais seulement une obligation de partage. La justification est autant philosophique, que sociale et économique.

Naguère, dans une société de plein emploi, on aurait encore pu dire que les richesses produites appartiennent à ceux qui les produisent. Or depuis les années 80, l'accélération de la rationalisation et de l'automation dans toutes les activités humaines, qu'elles soient industrielles (robotisation) ou de services (comme la banque, le service postal ou l'administration) ont changé la donne. Plus de richesses et de confort avec moins d'efforts, c'est bien le but et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Mais voilà, ce système ne permet pas et limitera de plus en plus l'accès à l'emploi pour tous. Avec une cadence d'automatisation exponentielle, une démographie en hausse et une population vieillissante, la proportion « actifs-inactifs » risque bien de passer de 4/10 aujourd'hui à 1/10 demain. Quant aux richesses produites, constamment en augmentation, elles seront largement suffisantes pour les dix.
Or aujourd'hui, « emploi » veut toujours dire « revenu », ce qui revient à dire « droit à une part des richesses produites ». Est-ce à dire qu'une seule personne sur dix y aura droit, et que les neuf autres, empêchées à cet accès emplois-richesses, en seront privées, exclues ?

Par ailleurs, l'économie tourne mieux lorsque ses richesses sont redistribuées. Pour faire court, l'économie est un grand moulin dans lequel la richesse doit circuler, librement et largement, or celle-ci ne circule pas bien lorsqu'elle est concentrée aux mains de quelques privilégiés (jugez de la santé économique des pays riches en ressources dont seule la minorité dirigeante profite). Dans la redistribution il n'y a donc pas qu'une idée sociale (ou plus cyniquement, une recherche de « paix sociale »), mais bien un objectif purement économique. De nombreux libéraux et économistes de tous bords soutiennent une meilleure répartition des richesses dans la population (ce qui je le répète, n'implique pas une pure égalité).

On ne peut appliquer des raisonnements qui avaient peut-être cours dans une société de plein emploi, à une société qui ne le permet plus. Et c'est malheureusement ce que continue à faire une grande majorité de citoyens, englués dans leurs stéréotypes et encouragés à y rester par certains politiques qui n'auraient pas tout compris ou pire, qui ne souhaiteraient pas que tous comprennent (le faux nœud du financement des retraites, en est l'exemple caricatural).

Les personnes qui continueront à axer leurs choix sociaux sur la seule « valeur travail », ne risquent pas de comprendre la montée continuelle du chômage, la baisse tout aussi continuelle des retraites, les écarts grandissants entre fortunes et misère, ainsi que toutes les autres inégalités que notre économie génère et génèrera de plus en plus si rien n'est fait, avec une méga révolte sociale à la clef. Ce constat n'est pas spécifique à la France, mais aux pays industrialisés, de l'Europe à l'Amérique du Nord, en passant par certains pays d'Asie.

Pour l'heure, le système fonctionne comme ceci :
  • une partie de la population s'escrime à contrecœur dans un boulot qu'elle n'aime pas et déverse ses frustrations sur la partie qui survit de subsides sociaux
  • l'autre partie vit dans l'angoisse du lendemain avec parfois un sentiment de jalousie ou d'injustice envers ceux à qui la chance d'un esclavage rémunéré a sourit
  • … et une toute petite minorité se réjouit de tout cela en se tapant le coquillard sur les richesses qu'elle accumule, le « monde d'en bas » étant bien trop préoccupé à se disputer les quelques miettes restantes pour vraiment comprendre ce qui se passe en réalité.
… Alors que notre économie tournerait mieux, de façon bien plus efficace, si nous vivions dans un système :
  • où la rémunération au mérite et au travail continuerait à être privilégiée,
  • mais où les seuls postes disponibles iraient aux personnes compétentes qui les veulent vraiment, par passion du travail ou du revenu complémentaire qu'il procurerait (il n'y a aucun mal à aimer l'argent, à partir du moment où ce n'est pas au détriment de quelqu'un d'autre),
  • et où il n'y aurait aucune obligation de travailler pour percevoir un revenu minimum pour vivre décemment et dignement, sans honte ni condition, chacun pouvant vaquer aux occupations qu'il souhaite (artistiques, caritatives, de loisir ou même dormir).
Un tel système n'aurait pas à être égalitaire. Il y aurait toujours des « riches » et des « moins riches », mais aucun « pauvre ». Il n'y aurait plus « d'exclus du système » et les écarts entre revenus seraient moins choquants. L'amateur de belles voitures ou de ce qui brille, pourrait se satisfaire en travaillant pour pouvoir consommer plus. L'essentiel de ce qu'il faut pour mener une vie sans excès mais agréable, serait accessible pour les autres, à ceux dont les exigences seraient ailleurs. La vraie valeur ne serait plus « travail et argent », mais « créativité et humanisme ».  

Idiot, irréaliste, rêverie, utopie ?
Pas si sûr !

Nous y voilà enfin, … dans le vif du sujet : « le revenu de base » :

C'est un concept très sérieusement discuté en Allemagne, en Suisse et en Autriche. Aussi appelée « allocation universelle inconditionnelle », l'idée fait maintenant son chemin un peu partout dans le monde. Elle serait en cours d'expérimentation dans certains pays (Canada). Peut-être en avez-vous déjà entendu parler. Pour ma part, c'est une découverte et je n'ai pas entendu un seul de nos leaders politiques l'évoquer, alors que le débat est lancé chez nos voisins.

La théorie du revenu de base daterait de la renaissance. De réelle utopie à l'époque, elle serait maintenant la meilleure solution pour concilier avancées technologiques et place de l'humain dans le système économique actuel. L'un et l'autre ne s'en porterait que mieux. Ce concept devrait, à n'en pas douter, faire réfléchir tous ceux qui malgré les derniers enseignements que la crise économique vient de leur donner, confondent encore « juste partage des richesses produites » et « aides sociales d'encouragement à la fainéantise », tous les irréductibles de la pensée unique qui, en France du moins, n'ont d'écoute que pour les politiques ne rabâchant que les vielles idées reçues, car il est plus facile de dire ce que les gens croient déjà, que d'essayer de les faire penser différemment.

Conscient du déséquilibre entre richesses produites et partagées, tous les gouvernements des pays civilisés, quelque soient leurs tendances politiques et ce depuis l'ère industrielle, ont mit en place et fait évoluer des « mécanismes de compensation », plus ou moins efficaces, plus ou moins inégalitaires. A ce jour, c'est donc tout un arsenal d'allocations et d'aides diverses … pour en arriver au même résultat qu'un « revenu de base », mais de façon bien plus compliquée, et surtout très hypocrite et humainement dégradante. Si on additionne toutes les aides actuelles avec les tricheries qu'elles permettent (plus un système est complexe, plus il est contournable), le « revenu de base » s'avèrerait sans doute moins coûteux.

Un film … pour mieux comprendre le film qui se déroule en ce moment même dans les sociétés occidentales. Un reportage en fait, proposant une solution réaliste, comparée et chiffrée, pour réconcilier les tenants de la juste récompense du travail et ceux du juste partage des richesses :
http://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0

La démonstration « chiffrée » du réalisme de la proposition est à la fin (aspect fiscal). Pour la comprendre, il faut d'abord comprendre les mécanismes sociaux-économiques actuels (c'est bien fait et à la portée de tout le monde). Autrement dit, pour comprendre le concept, il faut regarder tout le documentaire.

Si vous êtes curieux, en quête de connaissance et prêt à faire évoluer vos façons de penser, vous devriez le trouver intéressant, même si vous n'êtes pas d'accord (et là, je serais intéressé de connaître vos arguments). Je vous invite vraiment à prendre votre temps pour le regarder. Que les autres, en dehors de ceux qui l'aurait déjà vu, restent enfermés dans leurs certitudes (on ne pourra rien pour eux).

Dans ce documentaire, ne sont pas négligé les principales étapes de l'organisation sociale et économique, ainsi que l'évolution des principaux courants de pensée, Les principaux points de vue que nous avons et entendons, sont confrontés, des plus naïfs aux plus élaborés. En tous cas, bien des idées préconçues et désuètes sont mises en défaut. Bien des idées fausses sont relevées, bien des « hypocrisies sociales » sont dénoncées. Les amateurs de paraboles amusantes ne seront pas déçus.

Rien à voir avec un mauvais film de propagande de quelques « gauchos » attardés. Ce documentaire (Suisse-Allemand) explique logiquement, simplement, de façon documentée et chiffrée, pourquoi notre société va au casse pipe si nous ne changeons pas notre façon d'appréhender le monde qui nous entoure et notamment la notion que nous avons du « travail » et de tout ce qui tourne autour. Les aberrations de notre système sont mises en évidence et le bon sens est au rendez-vous.

En fin de documentaire, une analyse sur l'obsolescence de notre fiscalité, avis que je partage depuis longtemps. On vous démontrera de façon simple et imagée, que l'impôt est toujours axé sur le travail humain (base en diminution constante pour cause d'automatisation, mais aussi de délocalisation), alors qu'il devrait l'être sur la richesse produite, à la consommation et suivant le besoin réel de chacun.

En taxant le travail, non seulement nous détruisons encore un peu plus l'emploi, mais sabotons notre propre économie ainsi que nos capacités d'exportation, le tout n'aboutissant qu'à une diminution constante des recettes fiscales. Ce documentaire démontre très bien l'aspect pervers, pour ne pas dire débile, de ce type de fiscalité (idem pour les charges sociales, ayant également le travail pour assiette).

Vous comprendrez peut-être les mérites de la TVA (une invention Française, reprise par la majorité des pays développés de la planète ; environ 50% des recettes fiscales nettes de l'État Français), une forme d'imposition qu'approuve bon nombre de juriste-fiscalistes (comme je l'ai été). L'impôt le plus juste et le plus intelligent qui soit, simple et facile à appréhender de surcroit. Hors produits de nécessité (qui pourraient, devraient, être exonérés), ne paie l'impôt que celui qui le veut bien, non pas selon ses besoins vitaux, mais d'après ses envies, et donc ses moyens. La TVA comme seul et unique impôt ? Pourquoi pas !
Efficace, simple et juste. Seuls ceux qui n'en connaissent pas bien les mécanismes, critiquent cet impôt (ils n'ont raison qu'au sujet des produits de première nécessité). Très belle démonstration dans ce documentaire (jamais je n'aurais pu l'expliquer aussi bien à un néophyte en fiscalité ou comptabilité).

Ce n'est pas la première fois que j'invite à revoir le vieux schéma de pensée « travail-revenu » (je l'avais notamment évoqué au sujet du financement des retraites), car comme le dit à sa manière cette retraitée : « N'est-ce donc pas dans le but de travailler moins que l'humanité s'est industrialisée, mécanisée ? ».
« Mais non, c'est seulement pour qu'une petite partie de cette humanité s'enrichisse ». C'est en toute logique ce que devrait répondre la même personne qui vous disait jadis : « le travail c'est la santé » et « celui qui a beaucoup d'argent travaille beaucoup ». Sur l'entrée du camp d'Auschwitz, il était aussi inscrit un truc du genre « le travail c'est la liberté » (les nazis qui ont pondu cette inscription, avaient le sens de l'humour noir). Nous ne sommes pas si éloigné de ce type d'hypocrisie.

Dans ce documentaire, deux exemples chiffrés à retenir :

  • dans un proche avenir, seuls 5% de la population adulte devraient suffire à faire fonctionner les industries traditionnelles (automatisation oblige, c'est de la pure logique)
  • si l'on versait sans condition un revenu de base à toute personne sans travail, 60% de la population interrogée continuerait quand même à aller travailler et 30% à faire quelque chose d'autre (création, humanitaire, …), mais paradoxalement, 80% de cette même population pensent que « les autres » ne ferait plus rien.

Entre autres réflexions pleines de bon sens, j'ai relevé :

  • « croissance économique ne rime pas forcément avec création d'emplois, c'est même plutôt le contraire. En revanche, il n'y a pas de croissance économique sans consommateurs avec un bon pouvoir d'achat »
  • « La réalité dans notre société, c'est que beaucoup de gens croient avoir du travail, alors qu'ils n'ont qu'une place de revenus. Or n'avoir qu'une place de revenus, veut dire n'avoir un travail que pour épuiser son revenu »
  • « Les esclaves de l'argent réduisent les autres à l'esclavage par la valeur qu'ils donnent à l'argent »
  • « La tâche de l'économie est de satisfaire des besoins, et non de créer du travail »
  • « Le plus intéressant dans ce système, c'est que je ne pourrais plus dire à la fin de ma vie que je n'ai pas pu faire ce que je voulais »
  • « Il y aurait une floraison d'initiatives »
  • « plutôt être convaincu par un projet que par un revenu »
  • « Dans quelle société voulez-vous vivre ? Si vous ne vous posez pas cette question, vous pouvez tout de suite éteindre votre ordinateur »

Pour conclure, je cite une réflexion (toujours dans ce reportage) qui s'adapte le mieux à notre époque (citation qui me rappelle bien sûr celle de mon philosophe préféré, Siddhârta Gautama, au sujet de ce qu'il faut croire ou non des maîtres et des prêtres) : « Dans les phases de grands bouleversement, les modèles de pensée hérités des parents, des maîtres ou des docteurs en tous genres, s'avèrent subitement faux ou limités ».

L'histoire a souvent démontré que la créativité humaine est au mieux de sa forme dans les moments les plus critiques. De la crise économique mondiale actuelle, qui n'est pas que financière, naîtra peut-être quelque chose de bon (j'ose y croire). 

En attendant que le revenu de base soit sérieusement discuté en France (*) comme il l'est ailleurs dans le monde, en attendant que nos candidats à la présidentielle aient terminé de bercer les électeurs avec ce qu'ils veulent entendre, travaillez bien ou dormez bien, mais surtout, pensez par vous-même.

Si l'idée vous plait, faites-la circuler !


@+
Jack  


(*) Quelques vagues propositions, plus proches du subside social (comme « le revenu d'existence » proposé par l'A.I.R.E.) que de la véritable idée développée, tant philosophiquement qu'économiquement, dans le reportage.
Plus de précisions sur la justification économique et sociale d'un revenu de base (ou allocation universelle), dans les pays industrialisés comme dans le reste du monde :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Allocation_universelle