J'écarte d'emblée les idéologies purement racistes et xénophobes sans aucun fondement, ni historique, ni scientifique, prônant la pureté des races et des cultures.
A l'heure de la génétique, la science a démontré que le concept de race n'avait aucun sens, outre le fait que le « mélange » génétique entre tribus de la préhistoire, devenues peuples de la terre aujourd'hui, n'a jamais cessé, pour le plus grand bien de l'humanité et au minimum, pour sa pérennité.
Il en est de même pour les échanges multiculturels tout au long de l'histoire humaine, source d'innovations et de progrès idéologiques et techniques. Comme aime à le dire Yves Coppens (paléontologue), « nous avons tous en commun, un arrière parent Somalien » (citation sur le sens, ne me souvenant pas des mots exacts).
Laissons donc de côté les discours racistes et xénophobes primaires, dont les arguments ne sont puisés qu'aux tréfonds de fantasmes idéologiques ou religieux, motivés par la haine et la peur (l'un et l'autre étant indissociables) et auxquels n'adhèrent que les incultes. Que les tenants de ces thèses se reproduisent entre eux, ... et disparaissent à terme en raison d'un effet, qui lui, est scientifiquement démontré : la consanguinité (la nature est bien faite).
Plus intéressant est le phénomène de choix culturels, ce qui suggère que l'échange multiculturel (idéologique, artistique ou technique) n'implique pas l'uniformisation des cultures. Comme en toutes choses et en tous lieux, je pense que chaque culture est le résultat de deux mécanismes qui ne sont opposés qu'en apparence : la variété qui tend à différencier, et l'échange qui tend au contraire à uniformiser. Tout ce que l'on peut observer dans la nature, et même dans l'univers connu, tant à son niveau macroscopique (astronomie) que microscopique (physique nucléaire), est l'interaction continuelle de ces deux phénomènes. Il en va ainsi de la construction de notre propre personnalité, d'un peuple et de sa culture, d'une civilisation, de l'humanité toute entière. La beauté est dans la variété. Tout fonctionne à merveille quand le détail est différent et l'ensemble cohérent, harmonieux. Il y a autant de génie dans ce qui nous sépare, qu'il y a de cohérence dans ce que nous partageons. La différence pour la créativité, la stabilité pour la mettre en application. Au niveau local, qu'il s'agisse d'un groupe, d'une tribu ou d'une nation, la cohésion sociale ne peut bien évidemment être réussie que lorsqu'il y a des valeurs à partager, autres qu'économiques et financières.
Comme pour les goûts, chacun a ses raisons pour justifier ses choix de vie, ses préférences sur le type de société dans laquelle il se sent bien, dans laquelle il désire vivre et partager. Bien mal instruit ou bien stupide, sera celui qui pourra dire le choix de tel ou tel, rien qu'à sa physionomie ou la couleur de sa peau. Le sujet n'est donc pas l'origine culturelle, ni même la nationalité, mais le choix culturel que nous faisons et la manière dont nous l'exprimons.
Là où les choses se compliquent, c'est quand l'un veut imposer ses choix à l'autre, de manière directe (politique) ou indirecte (prosélytisme et signes ostentatoires). Dans une dictature, cette contrainte s'exerce au niveau de l'État, alors que dans une démocratie elle s'exprime au quotidien. La solution serait que chacun puisse avoir la possibilité effective d'aller vivre là ou bon lui semble, dans le pays où ses préférences culturelles sont reconnues et acceptées majoritairement. Mais dans le monde actuel, ce n'est malheureusement pas si simple, nul ne pouvant vraiment faire ce qu'il veut pour des raisons supérieures (vitales, économiques ou politiques).
Les barrières de la nationalité et de l'économie se dressent entre ces choix. Le fond du problème n'est donc pas l'écart entre deux cultures, mais leur cohabitation dans le même espace réduit. A ce jour et en l'état actuel de l'économie mondiale, nous ne pouvons pas faire autrement.
Aucun pays ne peut totalement se refermer sur lui-même. Pour une nation qui se dit « développée », l'immigration est une nécessité, tant économique que diplomatique (les idéalistes dont je fais partie, diront « humanitaire »). Elle a autant besoin d'un flux migratoire (plus ou moins régulé, ce qui est une autre histoire), que ce flux migratoire a besoin d'elle, l'une et l'autre et dans la majorité des cas, pour des raisons purement économiques. Plus rarement pour d'autres causes, non économiques (idéologie, politique, véritable choix culturel ou exil).
Pour les flux migratoires non librement consentis, non motivés par un véritable choix culturel, se pose alors la question de « l'intégration ». Quand celle-ci ne s'opère pas, nait alors ce que certains appellent le « choc des cultures », qui n'est autre que de l'intolérance et de l'incompréhension. Mais être tolérant n'implique pas qu'il faille tout tolérer, tout comme comprendre ne veut pas dire excuser.
La logique, le respect d'autrui et l'essence même de la démocratie, veulent que la minorité se plie à la majorité. Pour ma part, il n'y a pas d'exception à cette règle. Il n'y a pas lieu de s'en écarter au prétexte que la majorité peut se tromper, de chercher à savoir si elle a raison ou non dans ses choix. La minorité peut discuter, alerter, chercher à éveiller les consciences, mais à aucun moment « s'imposer », de quelque façon que ce soit. Quand la majorité fait clairement entendre qu'elle n'est pas prête à écouter ou à voir, à changer ses choix politiques ou culturels, alors la minorité doit se faire discrète, voire même se taire et au mieux, partir ou revoir ses choix. Nous acceptons tous cette règle face au choix des urnes et il n'y a aucune raison qu'elle soit différente en matière culturelle.
Mais voilà, au contraire de nous en rapprocher, la mondialisation économique et la politique internationale aidant, il semble au contraire que nous nous éloignons de cette logique. Avec la stigmatisation des positions géopolitiques dans le monde et les extrémistes de tous bords pour souffler sur la braise, les esprits s'échauffent et les idéaux se durcissent.
Mais est-ce une nouvelle raison pour qu'une minorité culturelle impose ses idéaux et sa façon de vivre à la majorité ?
Pas de mon point de vue en tout cas.
Alors reste entier et bien plus attristant le dilemme de ceux qui veulent réellement s'intégrer, d'une minorité qui a fait le choix social et idéologique de la majorité culturelle du pays dans lequel leurs parents migrants les ont amenés à vivre.
Une minorité dans la minorité, prise entre deux courants extrémistes :
- celui des nationaux, non fondamentalement xénophobes, mais qui le deviennent par exaspération autant que par peur, de voir régulièrement ses choix culturels bafoués et critiqués par la minorité culturelle ou religieuse,
- celui d'une minorité non intégrée et sans aucune intention de l'être.
Ces deux courants s'autoalimentent, dans la peur et l'incompréhension. Ils sont les premiers à empêcher l'intégration et ne font que creuser le fossé culturel :
- les nationaux devenus « nationalistes » poussent ceux qui auraient bien voulu s'intégrer à ne plus faire l'effort, voire même à afficher leur différence culturelle d'origine, qu'ils étaient pourtant prêts à abandonner (réaction humaine à un sentiment de rejet),
- les réfractaires à toute intégration et les « fondamentalistes » (quoique je ne sais toujours pas où sont les « fondements », si ce n'est la recherche de pouvoir) qui attisent ce sentiment de rejet.
C'est donc toujours le même mécanisme à l'œuvre : tout excès génère quasi-automatiquement l'excès inverse.
Partout en Europe ces haines s'exacerbent avec la crise économique, comme à chaque fois dans l'histoire (guerre 39-45 et plus récemment, guerre des Balkans). C'est inquiétant.
Au quotidien et avant d'en arriver aux extrêmes, au point de non retour, voici une belle illustration de cette incompréhension, ici « à la française » :
... d'un côté :
"J'ai voté FN pour la première fois"
... comme de l'autre :
Arnima se croyait française, elle est devenue « une Arabe »
Et si l'un comme l'autre, ne faisait pas d'une expérience personnelle malheureuse, une généralité ?
Et si surtout, « nos nationaux exaspérés » faisaient un effort pour comprendre la différence entre choix culturel et origine culturelle, sortaient un peu des stéréotypes et des amalgames ? Et si les minorités culturelles faisaient un effort pour chasser ou faire taire leurs propres extrémistes, démontraient leur volonté d'intégration ou du moins n'affichaient pas leurs différences comme une insulte ?
Le vrai problème, au-delà de la petite histoire personnelle de chacun, c'est qu'en ne dénonçant pas les thèses extrémistes minoritaires, d'un bord ou de l'autre, nous jouons avec le feu. Le vrai, celui qui peut enflammer le monde et duquel personne ne sortira indemne.
Pour mémoire : de 1928 à 1930 (summum du marasme économique et politique Allemand), le parti Nazi passa de 2.6% à 18.3% aux législatives (suffrage universel), et ce n'est qu'avec 33% des suffrages (élections fin 1932) qu'Hitler arriva au pouvoir (Janvier 1933) et mit fin à la démocratie.
En réponse aux problèmes économiques du pays, une minorité extrémiste a désigné une autre minorité comme bouc émissaire. Au final, et vous pourrez l'interpréter comme vous voudrez, dans un sens comme dans l'autre, c'est une minorité qui a finit par imposer ses choix à la majorité.
Voilà pourquoi, en période d'instabilité économique et donc politique, il est essentiel de ne pas laisser les extrémistes s'exprimer seuls. Voilà pourquoi la majorité, généralement modérée et trop souvent silencieuse, doit clairement faire entendre ses choix (et ce, tant qu'elle peut encore le faire).
@+
Jack
Fit le s'œuf et bavard du clavier
Il est beaucoup moins dangereux d'utiliser son intelligence pour des conneries, que sa connerie pour des trucs intelligents.