11 janvier 2012

Taxe sur les transactions financières


Le principe est intéressant mais attention à ses modalités et sa mise en œuvre, un ratage à ce niveau pouvant être économiquement catastrophique.

La mise en œuvre :

Appliquée par un seul pays (comme le souhaite Sarkozy), une telle taxe est bien évidemment une stupidité (fuite des capitaux qui font justement défaut en ce moment) ou un pur bluff électoraliste (attirer les voix de ceux qui croient à tort que seules les banques sont responsables de la crise, qu'elles sont les seules à spéculer et que la spéculation est mauvaise pour l'économie).

Pour ma part, je penche pour le bluff. La raison est très simple : avec un Sénat à gauche (pour cette taxe mais au niveau Européen, non pas au seul niveau national) et une vacance législative en Février pour cause électorale, aucun texte ne pourra être voté. Notre président et son équipe le savent très bien. Il ne s'agit donc que d'un effet de manche (Sarko est avocat).

S'il est évident pour tout le monde que l'économie ne peut se passer de capitaux, il faudrait être extraordinairement naïf pour croire que ces capitaux puissent être réunis sans spéculation. C'est un « mal nécessaire » (et incontournable).

Donc pas d'économie sans capitaux et pas de capitaux sans spéculation. En fait, les banques et autres institutions financières, qu'elles soient publiques ou privées (fonds spéciaux, de pensions, spéculatifs, Étatiques) ne font que gérer l'épargne (réserves de change pour un État), qu'elle soit issue du travail des salariés ou des profits des entreprises qui les emploient (même si la réalité financière est un peu plus complexe, c'est le principe). Que cette épargne soit volontaire (économies, placements d'attente) ou forcée (cotisations, taxes), gérées par des organismes publics ou privés, elle doit circuler.

Reste bien sûr le problème de l'exagération, du niveau de risque-rendement recherché par certains gérants, d'autant qu'il ne s'agit pas de leurs propre argent. C'est ce type de spéculation qu'il convient de surveiller, de réguler et de règlementer autant faire ce peut. N'en reste pas moins que la spéculation est intrinsèquement liée à l'économie (pour ne pas dire à la nature humaine). Elle est impossible à éradiquer et difficilement maîtrisable. On peut tout au plus la canaliser (par la fiscalité et la réglementation).

Les flux financiers ne connaissant pas les frontières, un État ne peut y arriver seul, ou du moins il ne peut les « canaliser » que dans un sens : celui de l'entrée (paradis fiscaux) ou de la sortie (taxe spécifique au pays). Dans ce dernier cas, la fuite de capitaux incluant la propre épargne nationale, serait inévitable, imparable, mécanique. Les conséquences seraient désastreuses, allant de la chute des activités financières (qui ne l'oublions pas, génèrent aussi des emplois directs et indirects) au tarissement du crédit aux entreprises. L'économie nationale s'asphyxierait.

Il n'en reste pas moins que les emballements excessifs des marchés financiers doivent, de façon impérative et urgente, être régulés (toute personne sensée l'admet, quelque soit sa nationalité et même son appartenance politique). En ce sens, le principe d'une taxe pourrait freiner certaines opérations hautement spéculatives qui n'apportent rien à l'économie réelle. L'idée n'est pas nouvelle (proposée par un économiste dans les années 70) et en aucun cas une invention du parti au pouvoir. Pour être « productive », son application ne peut être qu'internationale et judicieusement étudiée. A défaut, elle aurait au contraire un effet dévastateur sur l'économie réelle.

Les modalités :

Si tous les pays de la « planète financière » (zones économiques ou nations offrant un risque-rendement attrayant) se mettent d'accord pour instaurer une telle taxe, même minime, encore faut-il qu'elle ne vise pas toutes les transactions financières, sans discernement comme le prévoit la loi Tobin. Une telle approche, serait aussi stupide qu'une application localisée.
En fait, comme dans tout, on ne corrige pas un excès par un autre.

L'excès actuel est la « super-spéculation » (comme le « Very Hight Frequency Trading» : plusieurs milliers d'opérations d'achat-vente à la microseconde réalisées par des robots). D'autres opérations de pure spéculation, inventées par l'ingénierie financière (de type swap), sur les matières premières (dont l'alimentaire) ou les monnaies, font courir des risques démesurés à l'économie réelle, quand ce n'est pas aux équilibres sociaux-politiques de la planète.

L'excès inverse serait de décourager toutes formes de spéculation, même les plus saines, moteur de la libre circulation des capitaux dont l'économie a besoin. Ceux-ci doivent circuler de façon relativement fluide. Une taxe sur toutes les transactions, de toute nature, serait néfaste à cette fluidité, et donc à l'économie dans son ensemble.

L'économie réelle a besoin de capitaux et d'une fluidité de circulation raisonnable. On pourrait comparer le mécanisme avec la circulation sanguine, le sang étant l'argent et les organes les entreprises. L'excès dans un sens comme dans l'autre, est nuisible à l'ensemble.

Une autre analogie serait celle de l'eau circulant dans le tuyau d'arrosage, un débit trop élevé pouvant détruire le jardin et même à l'excès, endommager le tuyau. Actuellement, le jardin est abîmé et le tuyau un peu percé, au point qu'il n'arrose plus là où il faut.

Il est donc nécessaire et urgent de faire quelque chose, mais pas n'importe quoi et pas n'importe comment. Mettre tous les spéculateurs dans le même sac, du particulier à l'institutionnel, serait une grave erreur aux répercutions économiques contreproductives, et c'est malheureusement la confusion que les politiques entretiennent. Du petit retraité gérant ses économies au logiciel hypersophistiqué traitant plusieurs millions à la seconde, avec parfois la logistique et les moyens financiers d'un État à la source, on ne joue pas dans la même cour. C'est pourtant la même pour les tenants actuels d'une taxe made in France. Avec une mauvaise base de taxation, on ne pourra qu'aboutir à un mauvais résultat.

Il est assez évident que certains modes opératoires doivent être régulés et freinés, mieux encadrés et règlementés. Les opérations complexes et opaques (souvent totalement déconnectées de l'économie réelle) devraient être interdites à toute institution collectrice de fonds publics ou privés. Les marchés financiers doivent être le reflet de l'économie réelle et pour ce faire, l'investisseur doit pouvoir y opérer sous certaines garanties, qu'il s'agisse des intermédiaires financiers, de la qualité de l'information ou de la réalité de l'offre et la demande.

Ces garanties, seuls les États peuvent les apporter, à condition qu'ils contrôlent effectivement le fonctionnement de ces marchés. Or ces mécanismes leur ont totalement échappés depuis ces vingt dernières années. Les théories des bienfaits de la dérégulation des marchés financiers, sont comparables à celles vantant les mérites de l'anarchie comme système politique viable (je me demande toujours comment certains économistes et politiques ont pu se faire berner à ce point). Je pense qu'il est temps de revenir aux opérations spéculatives plus classiques et « saines » (par opposition à celles dites « toxiques »).

Tout ceci n'est bien sûr possible qu'à l'échelle internationale, condition « sine qua non » pour obtenir le moindre résultat positif.

En conclusion : qui et quoi taxer ?

A mon sens, l'objectif devrait être de fortement réglementer et réguler (par la taxe) tous modes opératoires faussant la réalité de l'offre et de la demande sur les marchés financiers (dont le slippage et le VHFT) ou trop déconnectés de la valeur économique comptable du titre sur lequel l'opération s'appuie.

Par la réglementation et la fiscalité (à échelle internationale et Européenne au minimum), un recentrage sur les techniques de spéculation classiques ne me parait pas impossible. J'entends par « classiques » toute technique de spéculation corrélée directement et explicitement aux fondamentaux économiques, qu'il s'agisse d'entreprise, de secteur ou d'État.

Trop de produits financiers complexes ne répondent absolument plus à cette idée, quant il ne s'agit pas de produit tellement opaques que l'on ne peut savoir ce qu'ils contiennent. Tous les États et les places financières de la planète auraient intérêt à faire le ménage avant que les marchés financiers ne se réduisent à un milieu d'échange opaque et secret qui s'asphyxiera de lui-même, entrainant avec lui une déliquescence des économies, voire même des nations.

Nombre de dérivés ont plus à voir avec les jeux de grattage ou de loto, qu'avec les fluctuations de leur sous-jacent. Je ne verrais aucune contre-indication à les taxer au même titre que les jeux de hasard (avec l'avantage supplémentaire de réduire un peu le nombre de particuliers qui se font piéger dans ces attrape-nigauds).

On pourrait aller jusqu'à taxer les transactions de très court terme (comme l'intraday) sans risque de nuire à l'économie réelle ni de décourager la spéculation. Certains investisseurs particuliers souhaiteraient voir la vente à découvert interdite (ou taxée lourdement). Je pense que ce serait une erreur, ce type d'opération ayant un effet dynamisant et, contrairement à ce qui viendrait à l'esprit du néophyte, stabilisateur (le marché doit permettre de parier à la baisse comme à la hausse pour conserver son équilibre). Par ailleurs le manque de volatilité d'un cours est tout aussi néfaste que son excès. On ne peut drainer, attirer des capitaux sans « intéresser » l'investisseur (de l'institutionnel au petit épargnant que nous sommes).

Pour faire simple, taxer à « la sortie », lors de la vente sous un délai minimum de détention, pourrait être une solution appropriée. Par exemple, ne taxer que les ventes de titres (tous types, pas seulement les actions, dérivés et obligations comprises) détenus depuis moins de 20 jours (soit un mois boursier). Un taux de taxation bien étudié ne découragerait pas trop la spéculation de très court terme, ni même le VHFT. Elle ne ferait que la ralentir sans pour autant freiner les placements liés aux fondamentaux économiques (généralement de moyen ou long terme).

Les systèmes automatisés de trading à haute fréquence et les spéculateurs avides de gains rapides paieraient en conséquence (comme tous les parieurs, qu'ils soient joueurs de loto ou de tiercé), ce qui assurerait une importante recette fiscale supplémentaire aux États, tout en concourant à stabiliser un peu des marchés financiers qui en ont vraiment besoin.

A l'inverse, les épargnants plus prudents ne seraient pas pénalisés, qu'ils soient particuliers, fonds de pensions publics ou privés, banques ou fonds Étatiques. La circulation de l'épargne et de la nécessaire spéculation qui l'accompagne, ne serait pas « sanctionnée » et les entreprises pourraient continuer à trouver les capitaux frais dont elles ont régulièrement besoin.

Au final, tout le monde y trouverait son compte.