22 août 2009

De l'essentiel d'internet

Si la crise financière a démontré que l'économie n'avait plus de frontières, que le problème d'un pays était celui de tous, il en est heureusement de même pour les idées et leur libre expression. Étymologiquement « démocratie » veut dire « souveraineté au peuple ». Cela n’a jamais existé et n’existera jamais (pour qu’un pays soit « gouvernable », il faut nécessairement des « gouvernants »).

Mais « le peuple » a-t-il au moins un pouvoir politique ? Entre choix possibles et manipulations idéologiques, rien ne prouve que nous votions en totale liberté. Entre promesses et réalisations des élus, tout démontre que nous n'avons que peu de pouvoir. Mais « peu » n’est pas « aucun », et la nuance a toute son importance.

En fait, la véritable force d'une démocratie, le véritable sens qui se cache derrière ce mot, c'est la possibilité d’un peuple à s’exprimer, à témoigner, échanger, savoir et comprendre, et au bout du compte une chance d'évoluer vers une société plus libre et plus équitable. En la matière, le 100% reste utopique (voire « mécaniquement et humainement impossible »), mais ce qui ne l’est pas, c’est « d’y tendre ».
Un peuple n'a jamais eu de véritable pouvoir direct dans les décisions politiques, mais un véritable pouvoir de faire pression sur ceux qui les prennent, à plus ou moins long terme suivant les régimes, mais inéluctablementsi il a la possibilité de « savoir et faire savoir ».

Et si il y a bien un vecteur par lequel le peuple peut s’exprimer, plus librement et plus largement qu’avant, c’est bien celui de l’Internet. En plus de l’accès et le partage du savoir, Internet a un potentiel démocratique énorme, difficilement contrôlable et s’étendant au-delà des frontières. Internet est la parfaite illustration ce qu’est LA démocratie.
Les médias, sous influence politico-financière ou tout simplement trop facilement censurables, ne peuvent la garantir à eux seuls. La toile ne les remplace pas mais les complète. Un jour et c’est peut-être déjà le cas, ce seront les médias qui la complèteront dans ce rôle protecteur de la démocratie.

Internet c'est bien plus que de la distraction ou de l'échange privé.
Les dernières lois en "opi" que notre gouvernement a fait passer en force, sont bien plus une tentative de contrôler ce formidable moyen d’expression, que de protéger les auteurs. Tous les gouvernements du Monde ont bien compris sa puissance et tout pouvoir cherche naturellement à maîtriser ce qui pourrait être un contre-pouvoir.

Pour qu'une économie fonctionne, l'argent doit circuler. Pour qu'une société évolue, l'information doit faire de même.
Un blogueur dont j’avais apprécié les idées (lien communiqué il y a un bon bout de temps) écrivait « nous ne sommes que des nœuds d’information ». Un prof de droit (que j’appréciais également) nous disait que « l’être humain en a été réduit à une unité économique ».Tout ceci est vrai, à la différence plus optimiste et prometteuse, que chacun de ces « nœuds » (ben oui, j’en suis aussi un) est essentiel à l’évolution de la société humaine, et que chaque « unité économique » a tout de même la possibilité d’être un peu plus que cela.

Tout tient dans un simple mot : « possibilité ».
A chacun le choix de se forger ou non une opinion sur ce qui l’entoure. A chacun le choix de la faire connaître ou non. A chacun le choix de « discuter » ou non de l’opinion des autres. Ce sont ces échanges qui forgent nos convictions « politiques » (au sens large, sur la société dans laquelle nous voulons vivre), que nous exprimons dans les urnes quand tout va bien ou dans la rue dans le cas contraire. Sans ces échanges, la révolution Française n’aurait pas eu lieu.

Une évidence ? Bien sûr, mais bonne à rappeler lorsque l’on entend trop souvent « de toute façon on y peut rien, la démocratie n’existe pas, voter ne sert à rien, les misères et les massacres dans le monde existerons toujours, …. ».
Sans communication, qu’elle soit celle des médias ou celle des individus, nous n’aurions pas conscience de ce qui se passe vraiment en Iran, au Tibet, au Darfour ou ailleurs. Nous penserions encore (c’était le cas au XIX°) que les Chinois sont des barbares étranges et incompréhensibles, nous ne comprendrions pas la fragilité d’une démocratie et ne serions pas à l’abri de la perdre (comme ce fût le cas dans l’Allemagne d’avant-guerre et comme c’est encore le cas dans de nombreux petits pays du monde). En fait, nous ne penserions toujours pas par nous même et sans doute en serions-nous encore au stade de croire que la terre est plate et que le soleil est un dieu.

Pour un peuple d’esclave, philosopher est un luxe. Pour un peuple émancipé, philosopher pourrait bien être un devoir, en tout cas une responsabilité à assumer. J’entends par “philosopher”, se forger une idée personnelle sur un sujet et la faire connaître, non pas pour de vils mobiles (vanité, manipulation) mais bien pour susciter d’autres personnes à y réfléchir, voire à en discuter. Nous le faisons tout naturellement entre amis autour d’un verre, d’une table ou d’autre chose. Le faire avec Internet c’est étendre l’audience, quitte à sortir du cercle amical, pour un échange plus large des idées, une circulation ininterrompue de l’information.

Profitons donc de ce formidable “outil” de communication et d’expression démocratique qu’est Internet, défendons-le et ne votons pas pour les politiques qui y voient plus de mal que de bien.
Mais la liberté d'expression, c'est également celle de ne pas l'utiliser. C’est également pour cela que l’on dit que la démocratie porte en elle les germes de sa propre annihilation.
 
@+
Jack
Il est beaucoup moins dangereux d'utiliser son intelligence pour des conneries, que sa connerie pour des trucs intelligents.