24 septembre 2012

Les minorités s'expriment contre la liberté d'expression

Des réactions marginales débiles en réponse à un film de série z débile.

Film stupide et effet papillon
Les caricatures publiées par Charlie Hebdo mobilisent ce vendredi 22 septembre les services de sécurité de vingt pays où l'on craint les actes de violence de quelques centaines d'extrémistes à la haine déjà attisée par un film islamophobe. Le commentaire sarcastique du quotidien beyrouthin francophone L'Orient-Le Jour.

D'accord ! ... Sauf que ce n'est pas l'Internet et sa capacité à faire circuler l'information qu'il faut critiquer, mais l'absence d'esprit critique de ceux qui la reçoivent, et plus coupablement de ceux qui l'utilisent pour manipuler les incultes à mauvais escient.
Il termine son article en citant un universitaire (géopolitologue et islamologue) "Sans Internet, cet embrasement n'aurait pas eu lieu. Internet est une caisse de résonance et un outil de propagande pour tous les extrémistes et les marginaux".

Plutôt que de critiquer ce moyen de communication (qui de toute façon n'est pas contrôlable), ces mêmes journalistes, "géopolitologues" et "islamologues", feraient mieux de s'en servir pour limiter les embrasements populistes, contrecarrer la propagande extrémiste et rendre inopérant le message des marginaux. Ils oublient aussi que sans Internet les peuples ne se libèreraient pas de leurs dictatures ou de l'ignorance à l'origine des troubles en question.
 
Comme le feu ou l'atome, Internet est un outil comme un autre, pouvant faire autant de mal que de bien. Une avancée technologique pour permettre à l'homme de mieux communiquer et à priori le rendre plus libre, comme l'est l'invention de moyens énergétiques plus efficaces, à priori pour améliorer notre vie et notre confort (les premières applications de physique nucléaire furent civiles et non militaires).
Faut-il se plaindre que le couteau soit coupant, que des tueurs l'utilisent ou qu'il existe encore quelques demeurés qui ne font pas la différence entre le manche et le tranchant ?

Si l'on doit partir du principe qu'Internet présente plus d'inconvénients que d'avantages, alors autant retourner au féodalisme et accepter ouvertement qu'une petite minorité décide et pense pour nous tous. Si c'est encore ce qui se passe dans certaines régions du monde, ce n'est pas parce que le peuple le veut, mais au contraire parce qu'il ne peut faire différemment, en raison de l'oppression ou du manque de savoir (les deux allant généralement de paire).

Le journaliste de "L'Orient-Le jour" a raison sur un point : le film comme les caricatures de Charly Hebdo n'ont fait qu'attiser la haine d'une minorité d'extrémistes religieux et augmenter la souffrance de ceux qui la subissent.
Effectivement, l'exercice de la libre expression dans un pays où elle est possible, peut au contraire mener à plus d'oppression dans les pays ou c'est encore impossible.

La liberté est un bienfait fragile qu'il faut manipuler avec délicatesse. Comme en tous domaines, l'abus est destructeur. Celle de la presse et de l'expression en sont l'exemple parfait : il peut être stupide et irresponsable d'en user à tort et à travers, de façon outrancière et de surcroit dans les pires moments, car en dressant les communautés les unes contre les autres, ont abouti a un durcissement des pouvoirs en charge de l'ordre public. Et si les différences culturelles ou religieuses sont en cause, c'est également le meilleur moyen d'exacerber l'expression de la stupidité humaine : le fondamentalisme religieux et le racisme.

La liberté en général ne pourrait exister sans son contraire, à savoir des règles pour l'encadrer ("la liberté de l'individu s'arrête là où commence celle des autres"). Tout le problème est donc celui des limites à poser. En matière de liberté d'expression, ce qui diffère de celle des actes, même si elle peut y mener, je pense que les limites doivent être très larges, voire même laissées à l'appréciation de celui qui s'exprime.

Encadrer l'expression et donc la pensée dont elle est le prolongement, revient à décider ce qui faut dire ou pas, ce qui est bien ou non, et au final à imposer une morale, une façon de penser. C'est très exactement ce qui se passe sous toutes les dictatures, qu'elles soient religieuses ou militaires. Le degré de liberté d'expression est donc la seule véritable mesure démocratique. Il est donc essentiel que la parole soit totalement libre.
Ce qui ne veut pas dire que ses conséquences ne soient pas sanctionnées. Il en est ainsi de la parole adressée à l'enfant ou de l'ordre auquel celui à qui il est adressé, ne peut raisonnablement échapper (sanctions ou représailles). Si les paroles sont suivies de conséquences préjudiciables, le véritable responsable est bien sûr celui qui a parlé.

Mais dans le contexte de ce billet, sauf à considérer que les quelques manifestants musulmans sont des enfants ou qu'ils aient répandu la violence sur ordre, qui sont les vrais responsables ? Ceux qui se sont moqué, ont appelé à la contestation, ou ceux qui ont répondu physiquement à la provocation ?

Ne nous trompons pas de coupables. Si les réalisateurs islamophobes, les caricaturistes, les prêcheurs fondamentalistes et tous ceux qui vocifèrent haine et divisions peuvent avoir une part de responsabilité dans les troubles qui s'en suivirent, les vrais coupables, ceux qu'il faut réellement combattre et maîtriser (ou éduquer), sont ceux qui mettent les paroles en actes. Une expression reste une expression, elle n'atteint physiquement personne. 



Même si elle prend sa source de façon très abstraite, au fond de chacun de nous, la liberté est au final quelque chose de très concret. Qu'il s'agisse de libertés individuelles ou collectives, clairement définies par les lois de nos sociétés démocratiques, ses limites sont surtout factuelles. Quoique non ignorés, les aspects moraux sont beaucoup plus vagues, voire laissés à l'appréciation des juges, et c'est bien ainsi (si l'on devait s'attacher aux petites vexations de chacun, on ne s'en sortirait plus).

Si le film est un navet, il ne doit logiquement mériter qu'indifférence. Si des caricatures n'atteignent pas leur objectif premier, faire rire, oublions-les. Les vrais responsables des troubles qui s'en sont suivis ne sont pas les réalisateurs, les dessinateurs, ni même les prêcheurs de foi d'un autre temps, mais bien ceux qui ont manifesté violemment, qui en réalité n'ont trouvé qu'un prétexte pour défouler leurs frustrations qui ne sont peut-être pas si religieuses qu'il n'y paraît.

Si certains croyants ont pris au mot les messages de révolte antioccidentaux de leurs leaders politico-religieux, nous ne pouvons que nous désoler qu'il y ait encore au XXI° siècle des gens qui érigent leurs croyances en savoir. Les seules choses que nous puissions faire, seraient d'abord de les empêcher de passer à l'acte (dans nos pays du moins) et ensuite de répandre la connaissance partout où nous le pourrons. Certainement pas de museler les humoristes, les philosophes et autres penseurs, bons ou mauvais, ni même les prêcheurs. Laissons la parole libre et apprenons seulement à écouter la plus sage.

Toutes les religions sont source de moqueries (et méritent bien de l'être à mon avis). Alors au nom de quoi seule la religion musulmane devrait-elle en être exemptée ?
Si certains musulmans s'estiment offensés, qu'ils s'en prennent à leur égo, leur vanité ou leur grande ignorance. Je ne vois pas en quoi les occidentaux que nous sommes, devrions nous excuser des quelques dérapages de notre liberté d'expression, de notre humour parfois lourdingue. Offenser inutilement est stupide, mais rester timoré par peur d'offenser est dangereux pour la liberté (et c'est bien ce qui prioritaire, qui doit nous tenir à cœur).

S'il est contreproductif de jeter de l'huile sur le feu, on peut aussi regretter que les leaders musulmans pacifistes d'occident, aient surtout réagis pour condamner les dérapages de notre liberté d'expression, plutôt que de dénoncer les dérives de leur religion. Pour eux, les criminels seraient presque les réalisateurs et les dessinateurs, les extrémistes religieux qui mettent les rues du monde arabe à feu et à sang, n'ayant au bout du compte fait que répondre à la provocation.

Et il serait temps qu'ils s'y mettent, car une réaction généralisée de rejet est en train de se former. En occident, l'islamophobie monte réellement en puissance et commence à influencer des personnes qui étaient pourtant jusqu'à ces dernières années, complètement détachées des phénomènes religieux. Normal pour une civilisation qui a très largement connue son heure d'oppression religieuse, normal aussi que soit rejeté tout ce que l'on essaie de nous imposer, de façon directe ou sournoise.

Maintenant, ne donnons pas trop corps au tapage inquiétant des médias. Sur les quelques plans larges des manifestations, on pouvait remarquer qu'il n'y avait pas foule. Quelques barbus et un pelé, deux gosses (cela m'a toujours attristé que l'on puisse les mêler à ces conneries) et une femme voilée (peut-être un barbu derrière).

Certes il y a eu morts, blessés et casse matérielle, mais encore une fois, ce n'était que l'œuvre d'une petite minorité agissante (des extrémistes qui ne se comportent pas de façon extrême, c'est rare). On ne peut non plus ignorer ce qui n'est pas toujours filmé dans ces pays : la souffrance des communautés religieuses minoritaires, premières victimes des islamistes fanatiques, bras armé d'une petite poignée de fondamentalistes politico-religieux avides de pouvoir, non pas d'un peuple. Encore une fois, ne nous trompons pas de coupables.


Qu’il s’agisse de titres médiatiques ou d’agitateurs, les plus visibles ou les plus actifs et bruyants, sont rarement les plus représentatifs. La réalité étant souvent déformée par les médias en mal de sensationnalisme, la question de la représentativité est la première que nous devrions nous poser avant d’approfondir une réflexion ou se faire une idée à propos d’un mouvement populaire.

Et plutôt que de chercher à empêcher les manipulateurs de manipuler, espérons que les peuples apprendront un jour à ne plus se faire manipuler, que les hommes penseront plus librement, par eux-mêmes.
Ce n'est pas la parole désuète de je ne sais quel dieu ou prophète qu'il faut répandre, mais la connaissance, tous les savoirs possibles et par n'importe quels moyens, l'Internet étant l'un d'entre eux.

S'il y a quelque chose qui doit et devrait en toutes circonstances être gratuit, c'est bien l'accès à la connaissance (au vrai sens du terme, unanimement reconnue par la communauté scientifique). Pour éviter qu'elle ne soit que parcellaire ou dévoyée, elle doit pouvoir être librement discutée et critiquée. Avec la libre circulation de l'information, sa qualité et sa neutralité sont donc indissociables d'une complète et totale liberté d'expression. ... N'en déplaise aux culs bénis !


 

@+

Jack  

20 septembre 2012

Autoréalisation : de la psychologie à l’économie

Les marchés financiers amplifient de manière souvent très exagérée les réalités économiques, à la hausse (bulle) comme à la baisse (krach). A ce stade tout n'est qu'affaire de psychologie, la spéculation n'étant qu'un pari sur l'avenir

D'un côté des opérateurs qui donnent le rythme, en s'enthousiasmant ou en s'affolant, quand ils ne feignent pas de le faire pour "jouer" le contraire. A l'autre bout de la chaine, des décideurs économiques et politiques, des entrepreneurs et des consommateurs qui dansent

L'ennui étant, qu'outre le fait que l'économie ne peut pas se passer de spéculation, l'optimisme ou le pessimisme des opérateurs a une répercussion bien concrète sur l'économie réelle. En la matière, comme dans toutes activités liées à des décisions humaines, il y a une part d’autoréalisation

Parfois, ce qui arrive n'est peut-être pas ce que l'on avait prévu, mais simplement la conséquence de ce que l'on a cru prévoir. Difficile de faire la différence, et pourtant ! Il tombe sous le sens que nous aurons toujours tendance à agir en fonction de ce que nous croyons (le contraire serait illogique) et ainsi influencer le réel qui nous entoure (malheureusement pas toujours dans le sens que nous voulons, mais plus certainement dans celui que nous croyons). 

De 2005 à 2007 l'économie était surachetée et cela a mené aux exagérations financières que l'on connaît (subprimes entre autres). On est maintenant dans une configuration diamétralement opposée. Le pessimisme ambiant est tel, que nous n'avons d'oreille que pour les cassandres. Qu'il s'agisse d'Europe ou du monde en général, seul le pire est envisagé. Cela commence par un massacre sur le prix des actifs (survente de titres à un prix très en dessous de la valeur économique du bien qu’ils représentent, qu’il s’agisse d’États ou d’entreprises), pour se terminer par des faillites d'entreprises (pouvant alors justifier la survente de titres qui précédait, illustrant l'un des aspects de l'autoréalisation économique). 

Il serait temps que les opérateurs qui animent les marchés et ceux qui les croient, du politique au consommateur que nous sommes, sortent enfin de leur dépression.
A défaut c'est l'économie mondiale qui y rentrera, et à ce stade le terme de "dépression" a une toute autre signification et des conséquences bien plus désastreuses. La différence entre récession (trois mois consécutifs sans croissance) et dépression économique, c'est un peu celle entre un blues passager et une bonne psychopathie bien caractérisée. 

Un avis que je partage :
 
La crise ? ... 99 % de psychologie !
Philippe Mabille | 18/09/2012 - LA TRIBUNE
Tout le paradoxe de la période que nous vivons, c'est que la crise est sans doute finie... mais que nous ne le savons pas encore !

Cela dit en passant, je partage aussi son opinion sur la façon subtile dont François et son gouvernement mènent notre barque (pour l'heure). Ils maintiennent leur électorat de base dans l'idéologie (ce qui nous évite des mouvements sociaux dont nous n'avons franchement pas besoin en ce moment) tout en tenant compte des réalités économiques qu'imposent le monde (et sans doute la nature humaine).
Personnellement, je trouve que notre président manœuvre beaucoup plus subtilement que nombre d'allergiques à la gauche semblent le croire. 

 
@+
Jack