Pourquoi les médecines alternatives auraient-elles tant de succès ? Quelles raisons pourraient nous amener à douter de notre médecine traditionnelle, si scientifiquement éprouvée et officiellement approuvée ?
Personnellement je pense que ce n'est pas un phénomène nouveau. Quand nos médecins "accrédités" au summum de la science du royaume de Louis XIV pratiquaient la saignée pour soigner indifféremment la grippe ou l'arthrite, il y avait bien des braves gens qui, constatant que la méthode restait sans effet, allaient voir la sorcière locale pour qu'elle leur prescrive une potion à base d'extrait de couilles de chat cuite à la bave de crapaud.
Entre les hypocrisies de la médecine officielle et les espérances sur les médecines alternatives, petit tour sur le sujet :
La médecine et ses « alternatives » par Richard Monvoisin
http://cortecs.org/outillage/670-la-medecine-et-ses-qalternativesq-quelques-outils-dautodefense-pour-militant-es
A mon sens, l'auteur a au moins raison sur un point : l'effet placébo, ... quelque soit le type de "médecine". Quand on y croit très fort, il peut y avoir des résultats très positifs ... au bilan des industries pharmaceutiques ou sur le compte en banque des charlatans, c'est certain. Pour les "patients", faut voir. Quant aux incrédules comme moi, ils se préparent une vieillesse pénible, car ils ne pourront même pas avoir recours à leur imagination pour se soigner.
Quelques remarques sur l'article :
Il commence un peu mal en affirmant qu'il n'y a "pas d'exercice illégal de la loi". C'est faux ! ... Tout comme la médecine, l'exercice du droit est hautement légiféré, surveillé ... et jalousement protégé par leurs ordres respectifs (des avocats, des huissiers, des notaires). Remarquez au passage que les juristes sont plus malins (en fait, mieux placés) que les médecins : ils ont plusieurs "ordres" pour compartimenter et protéger leurs "activités non commerciales". Ne traitez jamais un juriste de commerçant, car ce n'en est pas un ! De la catégorie des professions libérales règlementées (comme les toubibs), c'est un auxiliaire de justice au dessus de tous soupçons, dont l'objectif n'est absolument pas de s'enrichir (quelle avilissement), mais de garantir vos libertés, vos intérêts, la bonne application du droit et la pérennité de notre état de droit, tout comme le médecin n'aspire qu'à vous guérir et faire avancer la science, pour le bien de l'humanité.
Malgré ses dérives et ses hypocrisies, il faut quand même reconnaître que l'exercice de la médecine (comme du droit) doit être règlementé et contrôlé, les charlatans "pseudo-médecins" poursuivis pour des raisons évidentes de santé publique. Dans le cas contraire, nous aurions d'autres dérives qui ne seraient plus "seulement commerciales", mais carrément mortelles.
Si cet article dénonce à juste titre les aspects économiques et politiques qui se cachent derrière l'objectif de santé publique, j'ai bien cru à mi-lecture qu'il allait faire l'apologie des médecines alternatives, derrières lesquelles peuvent se cacher des pratiques dangereuses, pour ne pas dire aussi folles que leurs promoteurs. Mais il n'en est rien.
Après nous avoir parlé de l'effet placébo, l'auteur évoque quatre "médecines alternatives" très connues et pratiquées en France. L'homéopathie est à la fête ! Son approche semble assez bien documentée et recoupe l'information que j'en avais par ailleurs. J'ai bien aimé sa conclusion au sujet de l'acupuncture : "On entend parfois dire que « tout de même, si les Chinois s'en servent depuis des millénaires, c'est qu'il y a une raison ». Non seulement on peut se servir des millénaires de choses inefficaces (comme les lavements ou les ventouses en France), mais on se sert aussi de l'effet placebo depuis des millénaires."
Ce pourrait être la conclusion à tirer au sujet de toutes les médecines ancestrales dont les effets n’ont pas été scientifiquement prouvés. Mais aussi dans notre médecine actuelle, les millénaires en moins, au titre de certaines pratiques ou médicaments autorisés dont seule l’innocuité a été démontrée. Tant que cela ne fait pas de mal, “placere” (plait) au consommateur et rapporte gros à l’industriel comme à l’État (plus ou moins de sécu d'un côté, mais beaucoup de taxes diverses, charges sociales et impôts sur les bénefs de l'autre !), pourquoi se priver d’une bonne occasion de faire tourner la boutique ?
Aucune médecine n'étant au dessus de tous soupçons, n'en condamnons pas pour autant les alternatives. En plus de leur réel effet placébo, elles ont surtout l'intérêt d'amener les chercheurs et les curieux du monde médical, à sortir des sentiers battus (pas d'innovation sans cela, quelque soit le domaine de recherche). Et si nous voulons vraiment y recourir, outre la ferme conviction qu'elle nous soit bénéfique, assurons-nous par différentes sources indépendantes et fiables, qu'elle ne représente aucun danger.
A l'inverse, n'accordons pas non plus une confiance démesurée en notre bonne vielle médecine officielle. La médecine n'est qu'un domaine de la recherche scientifique, avec ses certitudes plus ou moins fondées et surtout ses aléas. Si en occident, ce que l'industrie pharmaceutique met sur le marché est contrôlé, les garanties d'innocuité ne peuvent être assurées à 100% (défaillances systèmes de contrôle, effets à très long terme mal mesurés, corruptions, intérêt financiers supérieurs à ceux de la santé).
N'en déplaise à mon toubib, je n'avalerai pas le médicament qu'il m'aura prescrit sans lire et tenter de comprendre préalablement la notice (quitte à faire un tour sur Internet pour m'y aider). A contrario, comme tout le monde, je ne suis pas à l'abri de me faire embobiner par une présentation avantageuse et un beau discours. Mais si je ne comprends pas et que mon médecin ne m'y aide pas, au diable sa prescription. Par contre, si j'ai mal à la tête, je préfère avaler une aspirine qui n'aura que très peu de chance de me soulager, plutôt que d'ingurgiter une potion utilisée parait-il avec succès depuis des millénaires par une tribu du fin fond de l'Amazonie et fortement recommandée par mon cousin, à l'appui d'un article (le seul) qu'il aura trouvé à ce propos sur Internet.
Pour ma part, j'accorde une présomption de confiance à notre médecine officielle et une présomption de méfiance aux alternatives.