05 mars 2017

Le bon côté du Penelope Gate

Certainement aucun pour le candidat comme ceux qui croyaient en lui et en son plan (dont je faisais partie).

En première analyse, comme on l’entend souvent, c’est une très mauvaise affaire qui jette une fois de plus l’opprobre sur tout notre système politique, détournant encore un peu plus les citoyens des urnes ce qui est préjudiciable à la démocratie.

Mais à y réfléchir ne serait-ce pas au contraire le meilleur moyen d’assainir un système à la dérive, habitué à accumuler passe-droits et privilèges d’un autre temps ?

Explication (très personnelle) :

On peut quand même s’étonner qu’un tel scandale éclate en pleine campagne présidentielle. Drôle de hasard, non ?

Dans le monde des élus et ce n’est un secret pour personne, tout le monde abuse plus ou moins de privilèges, d’une manière ou d’une autre, plus ou moins consciemment. Parfois la frontière entre privilèges et abus de la fonction est floue. La distinction entre petits arrangements pour service rendu et corruption, est souvent très subjective. Vous m’avez compris, dans ces milieux chacun « s’arrange » avec sa conscience et la morale.

Dans des proportions bien différentes « tout le monde se sert un peu, tout le monde sait plus ou moins qui magouille quoi, tout le monde se tait ». Tradition ancestrale entre élus oblige. Tant pis pour celui qui se fait prendre la main dans le pot de confiture, mais personne ne se dénonce. Règle chevaleresque ou plus bassement opportuniste (« laisse-moi tranquille et tu seras tranquille ») ?

L’omerta donc … Du moins jusqu’à présent … peut-être.

Imaginons un peu qu’après la petite phrase assassine de Fillon lors d’un meeting de campagne des primaires de la droite (discours rappelé par A2 dans son reportage sur l’affaire, celui où Mme Fillon est interviewée par une journaliste anglaise) « Qui imagine un seul instant le Général De Gaule mis en examen ? », clairement à l’intention de Sarkozy (mis en examen dans l’affaire Bygmalion depuis Février 2016), ce dernier ait vu rouge, n’ait pas apprécié la « petite leçon de morale et de droiture Gaulliste », … au point de rompre avec « la tradition de l’omerta ». On peut le comprendre.

Ce pourrait donc être ainsi que l’indiscrétion sur « les petites libertés de la famille Fillon avec les deniers publics » fut, de manière très indirecte mais assurée, transmise au Canard (étayée de quelques documents qu’un ancien président n’avait aucune peine à se procurer).

Voilà pour le « drôle de hasard », mais rien n’excuse l’attitude de Fillon-Filou qui aurait mieux fait de la fermer en matière d’honnêteté morale des élus.

Comme je l’ai récemment entendu : « quand on monte au cocotier, il faut avoir le cul propre » (dicton Africain).

Les traditions ne sont jamais éternelles et de mon point de vue, leur meilleure place est dans le folklore (ou les livres d’histoire). Terminé donc l’omerta sur les petits arrangements des élus avec l’argent public.

Si mon hypothèse est exacte et que la carrière politique de Fillon finisse à la poubelle, je pense qu’il ne va pas souhaiter s’y retrouver tout seul … dans la poubelle. Attendons-nous à quelques autres indiscrétions à l’endroit d’autres personnalités politiques, et finalement c’est tant mieux ! Grand ménage de printemps, c’est le bon moment.   

On pourra faire toutes les lois que l’on voudra pour « moraliser » la classe politique et réduire la corruption institutionnelle, la seule garantie efficace est, avec les lanceurs d’alerte, est la levée de l’omerta dans ces milieux.

Avec pour exemples les affaires « Cahuzac », « panama papers », « Penelope Gate » … et celles qui vont venir, nos élus vont se tenir à carreau et se surveiller les uns les autres.

Il ne s’agit pas de rentrer dans un monde de délation de bas étage, où chacun épie l’autre. Encore un fois et comme souvent, c’est une question de proportion et de bon sens. Comme à toute époque et à toute génération, le curseur sur ce qui est tolérable ou non bouge en permanence. Disons que ce qui était jusque-là admis comme fatalité dans les sphères du pouvoir et de l’argent, ne doivent maintenant plus l’être.

Nous sommes dans un monde où les écarts entre riches et pauvres, les tricheries de haut niveau et l’entubage politique ont pris une telle ampleur, qu’il devient urgent et vital d’y mettre un terme, d’inverser le processus avant que notre système démocratique s’écroule.

La seule manière d’y arriver, c’est l’auto-surveillance et une punition exemplaire pour celui qui se fait prendre à tricher, à abuser. Aucune circonstance atténuante pour un élu, un détenteur de l’autorité publique, un représentant de la justice. Celui qui se fait prendre doit payer pour tous ceux qui ont la chance de passer au travers. En matière de triche fiscale, c’est le principe. Reste à l’appliquer à tous les tricheurs et toutes les malversations d’envergure, celles qui ont un réel impact sur la collectivité, sur son équilibre social et financier.

On ne pourra jamais mettre totalement un terme aux passe-droits et privilèges, mais ceux qui en bénéficient vont maintenant devoir prendre conscience qu’ils auront peut-être un jour à rembourser avec intérêts. A défaut d’intégrité et de probité, les plus prudents préfèreront sûrement ne pas en abuser.

Il ne faudrait plus avoir à entendre (comme encore dernièrement sur interrogation des passants dans la rue) « de toute façon ils trichent tous ». C’est en acceptant cela comme une fatalité, que l’injustice sociale s’enracine et que le citoyen finit par ne plus croire aux vertus de la démocratie. C’est un bien difficilement acquis, fragile, que nous devons entretenir et chérir, car lui seul peut garantir nos libertés.

La complexité et la fragilité de nos sociétés modernes, ajouté à l’explosion démographique en cours, ne permettent plus les excès passés et actuels dans le partage des richesses que notre monde produit.

Finalement, le « Penelope Gate » est une bonne chose.