18 novembre 2023

Manifestations propalestiniennes

Les musulmans et leurs sympathisants se mobilisent pour la cause palestinienne dans les rues des différentes capitales mondiales, pour crier leur colère et leur indignation. Soit, mais quand se sont-ils « manifestés » pour dénoncer, ou au minimum se désolidariser, des diverses exactions commises au nom de leur propre religion par les extrémistes islamistes ?

Manifester contre la guerre, toutes les guerres et toutes les horreurs qu’elles infligent, est parfaitement louable. Mais le faire de façon aussi sélective et aveugle, ne l’est pas. Assurément ces foules en colère sont manipulées, évidemment dans les pays arables mais également dans nos démocraties (ce qui n’exonère pas de la responsabilité individuelle de chaque manifestant participant de son plein grès).

Est bien suspecte cette soudaine compassion envers les Gazaouis après leur totale indifférence envers bien d’autres musulmans en souffrance. Quand se sont-ils levés pour dénoncer le sort des musulmans du Xinjiang en Chine (Ouïghours), de Tchétchénie (plus que copieusement et aveuglément bombardée par la Russie), de Syrie ou d’Irak sous Daesh (là aussi, nombre de musulmans piégés n’ont pas étés à la fête) ? Les conflits entre musulmans (chiites/sunnites) seraient-ils plus tolérables ? Une famille musulmane souffrirait-elle moins lorsqu’elle est opprimée, agressée, meurtrie par des musulmans ? Qui parle de « deux poids deux mesures » ?

Que dire du silence de la communauté musulmane suite aux inqualifiables exactions du Hamas perpétrées le 7 Octobre en Israël ? Un massacre de civils faisant la fête (au nom de la paix de surcroit) ou dans des Kibboutz reconnus pour être anti-guerre (gauche israélienne). Des actes de barbarie avec une intention délibérée et assumée (filmée) de torturer, bruler vif, décapiter, nourrissons compris ! Au sortir de la présentation des films récupérés par Israël, la réaction horrifiée des reporters de guerre aguerris à faire face à l’horreur, en dit long.

À part quelques intellectuels, il n’y a pas eu de désapprobation ni d’indignation musulmane. Pire, certains se sont réjouis de l’évènement, d’autre l’ayant nié ou qualifié de « mérité ».

Ce que fait Tsahal à Gaza n’est pas comparable à ce que le Hamas a fait (ou Daesh en son temps). Le nombre de morts d’un côté ou de l’autre ne change rien, ne peut être comparé. Ce serait comparer les civils morts sur les champs de bataille des deux dernières guerres mondiales et ceux exterminés dans les camps de concentration nazis. L’intention génocidaire et la chosification de l’être humain font toute la différence

Et comment ne pas voir ou refuser de voir que le Hamas, organisation profondément fasciste, utilise le peuple palestinien de Gaza comme bouclier humain ? Même les Gazaouis, après des années d’oppression et de corruption, doivent en avoir conscience, sans pour autant pouvoir s’y opposer. Ils ont bien essayé cet été (en Juillet-Aout il me semble), mais leur manifestation a tourné court, les participants ayant été rapidement dispersés, certains arrêtés par le Hamas.

Le 7 Octobre, ce groupe mafieux a surpassé Daesh, dans l’horreur et la déshumanisation. Pire, sachant très bien qu’il y aurait des représailles militaires contre Gaza, il est allé s’enterrer avec les seuls otages comme civils, laissant leurs compatriotes à leur triste sort de victimes collatérales.

En fait, tous les civils à Gaza sont otages du Hamas. Les Gazaouis sont directement et indirectement leurs victimes et il est étonnant que la communauté musulmane qui n’est pas sous ce joug et pouvant librement s’exprimer, ne le relève pas.

Bombardements Israéliens sur Gaza :

Pour leurs crimes contre l’humanité et leur capacité à les reproduire, à défaut de pouvoir être attrapés et jugés, tous les membres du Hamas doivent être éliminés. Mais comment le faire lorsqu’ils se fondent dans la population ?

En 1945, les alliés n’ont pas éliminé les fanatiques nazis et leurs dirigeants bunkérisés à Berlin, sans détruire totalement la ville. Cela n'a pas éradiqué l’idéologie nazie (on n’élimine pas une idée), mais on ne peut pas dire que depuis, elle rameute les foules comme dans les années 30. Quelques milliers d'abrutis incultes manipulés, plus ou moins inégalement répartis sur la planète. L’idéologie salafiste du Hamas peut aussi, tout comme celle du III° Reich en son temps, être réduite à son stricte minimum par la force (à défaut d’avoir le temps de le faire par les mots)..

Il est vrai que depuis le siècle dernier les lois de la guerre et les droits humains ont évolués, et même si ce n’est pas le cas de la barbarie, il faut en tenir compte. Raison pour laquelle Tsahal a demandé à la population de quitter les lieux des bombardements et que ceux- ci ont été bien mieux ciblés, avec des armes beaucoup plus précises qu’en 1945. Certes pas au point d’épargner les civils maintenus aux côtés des combattants du Hamas dans les bâtiments visés.

Toujours est-il que les Israéliens ont droit à l’autodéfense. S’ils ont bien des tords, il faut reconnaître qu’ils se font souvent attaquer. Avant celles du Hamas (mouvement, rappelons-le, élu à la majorité par les Palestiniens en 2006), à maintes reprises dans le passé par les pays Arables les entourant, et ce depuis que l’État d’Israël a été créé et reconnu par l’ONU. Il est vrai qu’après chaque attaque, ils récupèrent un peu plus de territoire. Mais n’est-ce pas légitime ?

Je ne suis pas trop d’accord avec le principe de proportionnalité en matière de légitime défense (même si en tant que juriste, j’en connais et comprends les fondements). En droit national comme international, cette proportionnalité est très difficilement mesurable et contrôlable. Mais encore et surtout, celui qui agresse doit prendre son risque. Je trouverais normal qu’il puisse « prendre » au moins « le double » de ce qu’il comptait infliger. Si tel était le cas, au militaire comme au civil, il y aurait peut-être moins d’agresseurs !

De « l’autre côté » il y a les colons israéliens de Cisjordanie dont le comportement envers les palestiniens est parfaitement injustifiable. Les justifications des extrémistes juifs ne valent pas mieux que celles des extrémistes musulmans. Le fait que le gouvernement Israélien d’extrême droite ne les empêche pas (voire même les y aide parfois) est scandaleux. Dans les faits, il y a là une vraie stratégie de colonisation condamnable … et condamnée par la communauté internationale, comme d’ailleurs une grande partie de la population Israélienne.

Mais si cette attitude explique largement la colère et le ressentiment des Palestiniens (dans le monde) et on peut le comprendre, elle n’excuse ni ne justifie aucunement le massacre du 7 Octobre perpétré par le Hamas.

Je ne retire pas aux Palestiniens leur statut de victimes, tant durant cette guerre déclenchée par le Hamas, qu’auparavant, et ce depuis la création d’Israël.

Quant à déterminer où sont les torts entre Palestiniens et Israéliens, entre les extrémistes de chacun des deux camps (Hamas et colons de Cisjordanie), il faut dire qu'à l'époque des opinions tranchées, incolores et sans nuance, tout avis mitigé est inaudible. Et ce qui n’est pas entendu, ne peut pas être compris.

Mon point de vue sur la question israélo-palestinienne, que je crois assez bien connaître, est très partagé. Il sera donc in-entendable pour les plus convaincus « de la cause » de l’un ou de l’autre. Je pense en effet qu'il y a des torts des deux côtés, sans pour autant avoir un avis définitif sur celui qui en cumule le plus. Le sujet est complexe, chargé d'histoire et ce qui n'arrange vraiment rien, notablement alourdi de références et considérations religieuses relevant de la croyance et non de la raison (l'un excluant l'autre). C'est un long débat que je n'ouvrirai pas ici.

Pour faire court, je retiens surtout que les deux peuples aspirent à la paix et que dans l'ensemble, malgré tout ce qui les oppose, ils sont prêts à abandonner leurs rancœurs pour y parvenir.

La Palestine et Israël l'ont maintes fois approchée, de très près même, sans pourtant y parvenir. Pourquoi ?

Parce qu'il a toujours eu, de part et d'autre, une toute petite minorité d’activistes « jusqu'au-boutistes » pour l'empêcher. Certes, soutenus par quelques obscurs intérêts géopolitiques mondiaux.

L'histoire de l'humanité ne cesse de démontrer que le sort de millions de gens peut être décidé par quelques hommes seulement, voire un seul. C’est ainsi que ce conflit qui n'en finit pas, ne trouvera pas de solution pacifique tant que les Palestiniens seront à l'écoute de leurs fondamentalistes religieux, bien aidés par les colons de Cisjordanie et l'extrême droite Israélienne il est vrai.

Tous ces extrémistes politico-religieux, attisant haine et divisions, sont bien plus motivés par leurs intérêts personnels (égo, pouvoir, argent) que par le bonheur de leurs concitoyens. Je trouve d’ailleurs très étonnant que tous ceux qui s’indignent du sort des Gazaouis, ne relèvent pas la responsabilité dans ce désastre humanitaire des dirigeants du Hamas, bien à l’abri, nourris et dorlotés dans des palaces au Qatar ou aux alentours. Ces milliardaires enrichis par la corruption et les trafics que tout conflit génère, semblent avoir tout intérêt à ce que la situation s’enlise.

Comment expliquer toute la misère populaire tant au Liban qu’à Gaza, depuis des décennies ? Deux territoires au soleil et en bord de la mer, qui auraient pu se développer en paix et très avantageusement dans le tourisme mondial. Le blocus partiel de la bande de Gaza par Israël entravant tout développement économique ? Ce serait oublier les envois sporadiques de roquettes et missiles du Hamas délibérément ciblés sur les civils israéliens. Sans cela, Israël aurait permis le libre développement de Gaza.

Où sont allés les milliards de dollars versés par le Qatar et comment expliquer qu’au fur et à mesure que les Gazaouis s’appauvrissaient, leurs dirigeants s’enrichissaient ?

Alors à quand la paix ?

Si le problème est complexe, la réponse à cette question me parait simple : quand la majorité de chacun des deux camps tournera le dos à sa propre minorité d’extrémistes, qu’elles les auront virés, répudiés ! Les bonnes volontés et l’intelligence ne manquent pas, d’un côté comme de l’autre. Il suffit simplement de les laisser s’exprimer.

Citation pour la circonstance : « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » (Paul Valery).


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.


13 novembre 2023

Musulmans modérés … ou pas

Qu’est-ce qu’un musulman « modéré » ?

De mon point de vue c’est celui qui ne place pas sa religion devant la loi et bien évidement qui ne fait pas de prosélytisme religieux.

C’est le croyant qui considère que la pratique de son culte est parfaitement compatible avec notre modèle social (« occidental »), qu’il n’entre pas en contradiction ni même en compétition avec les valeurs fondamentales de notre république laïque. Ils représentent la très grande majorité des croyants de l’Union Européenne (toutes religions confondues).

Il y a aussi le musulman de naissance ou de batême non pratiquant, voire parfaitement athée et même agnostique.

A l’opposé il y a les intégristes ou fondamentalistes. Pour certains d’entre eux, les stratèges et politiciens, la religion n’est qu’un outil de manipulation de masse. Pour d’autres, les convaincus, enfermés dans leurs dogmes ou délires (entre paranoïa et mégalomanie), il s’agit du salut de l’humanité qui ne peut être trouvé en dehors de la religion, … dont ils dénaturent le plus souvent l’idée fondatrice de base. Comme ils ne raisonnent que dans l’extrême, pour eux c’est le salut ou chaos

Un « non modéré » est donc un musulman convaincu qui place sa religion au-dessus des lois républicaines, dans sa vie personnelle comme publique. Ce qui me parait le mieux caractériser un « intégriste » sont l’aveuglement et l’intolérance. Sa vision des faits et de l’histoire est bornée, avec un mélange différemment dosé d’ignorance, de bêtise ou de mauvaise foi.

A titre d’exemple, un musulman n’est pas modéré lorsqu’il se mobilise pour dénoncer les caricatures de Mahomet comme une atteinte à sa religion, … sans considérer les crimes contre l’humanité commis au nom du prophète, qui sont pourtant bien plus graves et insultantes pour ses croyances sacrées. Mais à qui un coup de plume peut-il faire plus de mal qu’un coup de sabre ? … Si ce n’est à celui qui tient le sabre et compte s’en servir.

Entre « modéré » et « fondamentaliste » :

Dans la rue, je pourrais douter de la « modération » d’un musulman du fait de sa tenue vestimentaire, ses signes volontairement distinctifs en vue d’afficher sa croyance religieuse. Mais sauf à l’interroger, rien ne prouve qu’il ne soit pas « modéré » (un dévot tolérant, ça doit bien exister, non ?).

Le fait qu’un musulman ne manifeste pas publiquement (dans la rue ou sur les réseaux sociaux) sa désapprobation du fondamentalisme religieux toxique, pose quand même question.

Ceci dit, à l’écrit comme à l’oral, sur les plateaux TV ou dans les interviews radio, il serait faux d’affirmer qu’aucun musulman ne dénonce l’intégrisme et ses exactions. Ceux qui disent le contraire ne sont pas à l’écoute (enfermés dans leurs certitudes) ou de mauvaise foi. On pourrait me rétorquer que ce n’est pas la majorité, mais seulement quelques « personnalités » (écrivains, journalistes, politiques, philosophe ou autre érudit, laïc ou religieux). S’ils ne sont effectivement pas la majorité à s’exprimer publiquement, reste à savoir s’ils la représentent ou pas.

Le fondamentalisme religieux et plus particulièrement le salafisme, sont des fléaux pour l’humanité. Pire encore est celui d’élever ses enfants dans cette idéologie religieuse malsaine, qui prône la division, la haine et le rejet de « l’autre », celui qui n’a pas cette croyance, et en premier lieu celui de l’occident. Il faut combattre cette idéologie extrémiste par tous les moyens dont dispose notre démocratie, à commencer par la loi, et à plus long terme par l’éducation.

Mais doit-on pour autant tenir tous les musulmans responsables, considérer que ce que certains d’entre eux ont été capables de faire, tous pourraient le faire, ou que les musulmans qui approuvent des crimes contre l’humanité sont représentatifs de tous les musulmans ?

Certainement pas !


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

06 novembre 2023

Le danger islamique, le danger religieux

A chaque nouvelle attaque islamiste, je me rappelle ce que mon père m’a dit le lendemain du 11 Septembre

Mon père, l’Iran et les « musulmans modérés » - Anne Mansouret - 21 octobre 2023 (CAUSEUR)

Réflexion intéressante que je partage en bien des points.

En témoignent mes posts sur le sujet.

… À deux objections près !

Cette réflexion suggère l’amalgame en jugeant que tous les musulmans représentent un danger pour nos sociétés occidentales, intégristes et modérés de par leur silence fautif. Je désapprouve.

L’amalgame est la principale cause des conflits dans le monde, qu’il s’agisse de guerres internations ou civiles, parce que les messages les plus rassembleurs pour un public inquiet ou en colère, sont les aprioris et les raisonnements simplistes. On ne lutte pas contre la haine par la haine, contre l’ignorance par le mensonge.

Mais encore et surtout, l’amalgame est très exactement le projet les fondamentalistes religieux : fracturer notre société « occidentale ». Tout faire pour qu’une partie de ses membres soit stigmatisée et rejetée du fait de ses origines ou de sa religion, pour au final n’avoir d’autre choix que de rallier leur cause, le côté obscur de l’islam.

Cela a été théorisé il a longtemps (dans les années 30 il me semble) par les frères musulmans, d'obédience Salafiste (fondamentalisme religieux pur et dur Wahhabite). Quand ils prêchent « nous avons le temps pour vous convertir », cela veut dire « pour prendre le pouvoir, nous saurons attendre que votre démocratie s’écroule par ses divisions internes ».

Il est étonnant et agaçant qu’en dehors de quelques intellectuels sur les plateaux TV ou radio, les musulmans dits « modérés » (s’entend de croyants ne plaçant pas leur religion au-dessus de nos lois, de nos valeurs républicaines et laïques) ne dénoncent pas les graves dérives fondamentalistes de leur propre religion. Cela nous aiderait grandement à ne pas tomber dans le piège qu’ils tendent à notre démocratie.

Qu’est-ce qui explique ce silence « fautif » ? L’auteur, bien mieux documenté que moi sur ce sujet, donne des pistes.   

Mais pour autant, cela justifie-t ’il l’amalgame ?

Le principe de « la faute collective » n’est pas digne de notre république et de ses valeurs fondamentales. Le temps où toute la famille était châtiée ou répudiée pour la faute d’un seul de ses membres, était celui du moyen-âge.

La pire des injustices serait donc de stigmatiser, non seulement toute une communauté sans distinction, mais encore toute personne simplement suspectée d’en faire partie (de par son apparence ou son nom), sans même se poser la question de ses convictions, de ses origines, de son appartenance ou non confessionnelle (sans oublier que chez les musulmans, comme dans toutes les religions, il y a les croyants, pratiquants ou non, les athées, les agnostiques et tous ceux qui se posent la question de savoir où ils se situent). C’est cela « l’amalgame » : cataloguer les gens sur le fondement de préjugés, d’aprioris, de stéréotypes, sans nuance ni réflexion !

Nous avons au contraire tout à gagner à bien considérer ces différences, et retenir à nous tous ceux qui partagent nos valeurs, quelles que soient leurs origines et leurs croyances. L’important reste le partage de valeurs, et non les distinctions religieuses ou les origines culturelles. C’est ce qui fonde un pays, mais aussi l’union des pays dont les valeurs sont proches et au final ce que l’on appelle « l’occident démocratique », l’ennemi juré des dictateurs, de tous les despotes et fanatiques de la planète, religieux ou pas.

L’auteur (rapporté par sa fille) dit « Néanmoins le syllogisme est évident et les faits sont têtus : tous les musulmans ne sont pas des fondamentalistes islamiques ni des djihadistes ; mais tous les fondamentalistes islamiques et tous les djihadistes sont musulmans. ». En d’autres temps, celui de l’inquisition dans l’Europe du XII° au XIV° siècle, tous les catholiques n’étaient pas inquisiteurs, mais tous les inquisiteurs, juges et bourreaux, étaient catholiques. Qui a le plus souffert à cette époque, si ce ne sont les peuples, pourtant très majoritairement dévots ?

Toute la différence est à faire entre les minorités bruyantes qui manifestent leurs convictions (dans la rue, sur les réseaux sociaux, dans les médias), et les majorités qui ne se prononcent pas autrement que par les urnes. Même cent ou deux cent mille personnes dans la rue sur plusieurs millions d’électeurs, ne peut être représentatif de la volonté d’un peuple (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas en tenir compte).

Les manifestants ne représentent qu’eux-mêmes et leurs voix, aussi tonitruantes soient-elles, n’égaleront jamais celles des urnes. Dans une démocratie, c’est bien là que le peuple doit s’exprimer.

Et comment juger de la représentativité d’une manifestation populaire ? Pour ce qui me concerne, mon premier réflexe est d’analyser les plans. S’il est « rapproché », c’est que l’on veut vous faire croire que la grenouille est un bœuf. Soyez certain qu’il ne s’agit que d’une petite minorité d’excités, parfois de personnes payées pour y être (le plus souvent contraintes dans les dictatures). Dans le cas contraire, lorsque la caméra prend de la hauteur et que la manifestation parait importante, reste encore à se poser la question de ce qu’elle représente par rapport à la population nationale et quelle part d’extranationaux sont venus la gonfler.

Mais ne pas stigmatiser une communauté, ne sous-entend pas que nous devons gentiment nous laisser faire. Une démocratie est par essence fragile, en apparence du moins. Depuis un peu plus de 200 ans qu’elle existe (USA et Europe), elle a déjà démontré qu’elle peut être très réactive lorsque ses principes fondamentaux sont attaqués. Je reconnais que tel un gros diesel, elle ne démarre pas au quart de tour (pluralité d’opinions et débat démocratique obligent).

Alors que faire ?

Lutter, à tous les niveaux (de l’État au citoyen, de par ce qu’il dit, écrit et vote), en deux temps et sur deux axes :

  • En urgence, combattre le fondamentalisme religieux : Pourquoi ne pas interdire le Salafisme (tout comme nous avons prohibé l’apologie du nazisme) ? Surveiller les imams et leurs prêches (ce qui est déjà à l’œuvre). Mais aussi s’attaquer à la désinformation en trouvant le moyen de réguler ce qui circule sur les réseaux sociaux (responsabiliser les prestataires et s’attaquer à leurs algorithmes agrégeant l’info par genres, les plus malsains malheureusement). Entre liberté d’expression ou d’information, et volonté délibérée de tromper ou de relayer de fausses informations, l’exercice va être difficile. Mais c’est à mon sens la préoccupation majeure du moment, tant ce phénomène pourrait déstabiliser notre société, à court ou moyen terme.
  • Sur le temps long, lutter contre les amalgames et l’ignorance qui les génère : informer, … encore et encore ! … Ce qui implique de développer l’esprit critique face à l’information, et ce dès le plus jeune âge. Moins il y aura de consommateurs de stups, moins il y aura de dealers et de délinquance liée. Pareil pour l’info : moins il y aura de crétins pour gober tout ce qui passe sur le Web, moins il y aura d’intox.

J’ai bon espoir et ne partage pas la conclusion pessimiste prédisant qu’au bout du compte, nous les occidentaux perdront « le combat »anéantissement de notre civilisation »). Toute civilisation avance avec des périodes de recul et nous sommes sans doute dans l’une de ces phases, mais ce n’est pas la fin de la partie. Loin de là !

Comme semble le démontrer le discours politique ambiant et les sondages, en France comme en Europe, les récents évènements ont fait réagir notre démocratie. Il ne pouvait en être autrement. Avec les attentats larvés depuis le début de ce siècle, l’occident démocratique avait déjà conscience du danger que représente le fondamentalisme religieux, mais pas encore réalisé que celui-ci nous déclarait la guerre. 

La soif de connaissance est intrinsèque à l’humanité et celle-ci finit toujours par être partagée pour aboutir à ce que l’on appelle « civilisation », au sens noble. C’est ce qui fait sa force et c’est la raison pour laquelle, après des millénaires de guerres et de conflits, elle émerge toujours au-dessus du chaos (certes, pas toujours au même endroit). Après chaque épisode sombre, elle s’en sort renforcée. Ses « défenses immunitaires » sont bien plus puissantes et efficaces que les inquiets pourraient le croire aujourd’hui (la « théorie du grand remplacement » est une foutaise absurde). Bon d’accord, elle n’évacue pas tous ses virus et germes malfaisants aussi vite qu’on le souhaiterait, à l’échelle d’une vie humaine.

Vous me répondrez peut-être « on s’en fou, ce qui nous intéresse c’est ce qui se passe en ce moment, du temps de notre vie ». Sûr que dans ce (petit) laps de temps, rien n’est gagné. Désolé.

La longue période d’obscurantisme du moyen âge n’a pas empêché « le siècle des lumières » d’advenir. Pour l’heure, certes, nous subissons quelques baisses de tension, mais la coupure définitive n’est pas pour bientôt (… sauf si personne n’arrive à empêcher Poutine de faire plus le con qu’il ne l’a fait jusqu’à présent).

Avec le savoir et la pensée logique, cartésienne, qui accompagne l’évolution humaine, la religiosité islamique finira par s’émousser, s’effacer au fil du temps comme toutes les autres religions. Forcément, logiquement, inexorablement. Si le dogme était plus fort que la connaissance, l’humanité n’aurait jamais atteint son degré d’évolution actuelle et aucune démocratie n’aurait émergé.

Il arrivera un moment où les islamistes ne seront qu’une toute petite minorité qui n’intéressera plus grand monde, comme les bigotes de village qui subsistent encore dans la religion catholique. Certes avec du temps, voire quelques générations.

Il y aura toujours des fondamentalistes religieux, comme il existe toujours des nazis. Mais tel le Ku Klux Klan, ils ne regrouperont que quelques dégénérés et malades mentaux manipulés par tel ou tel bonimenteur sur la base de telle ou telle théorie ressortie du fond des poubelles de l’histoire. Ces marginaux ne font pas la société.

L’auteur dit aussi « La religion est un leurre contre la peur de la mort ; un leurre pour assujettir ceux qui ont vocation à être dominés. Depuis toujours, la religion est l’auxiliaire du pouvoir. Dans toutes les religions. ». Je ne peux que l’approuver (nombreux sont mes posts au sujet de la religion qui martèlent ce constat).

Il ajoute « Pourquoi l’être humain a-t-il tellement besoin de se raccrocher à un Dieu et à un au-delà pour tenter d’évacuer la peur de la mort ? Je ne sais pas. ».

Mais pourquoi la croyance en un au-delà impliquerait-elle celle de l’existence d’un Dieu ? Le besoin inavoué d’un maître, pour nous guider, nous protéger, rétablir la justice et punir les méchants ? Dans les faits et au travers de l’histoire, c’est raté ! … Sauf à ce que Dieu soit sadique.

Dieu (ou les dieux) est un incontournable dans la majorité des religions, chrétienne et musulmane, c’est sûr. Cette « autorité » est effectivement très pratique pour le pouvoir en place (« je vous châtie parce que Dieu me l’a ordonné »).

Chez les bouddhistes, dans sa forme originelle, philosophique (le « petit véhicule » pour les intimes, les adeptes de la pensée de Bouddha), il n’y a pas de dieu, et pourtant existe bel et bien la conviction que la mort n’est qu’un passage. Cela répond à la peur de la mort … ou à une aspiration plus profonde de tout être pensant, au sujet de lui-même comme de ce qui l’entoure (pourquoi l’univers ?).

Pour autant, le bouddhisme est aussi une religion quand il s’entoure de rituels (le « grand véhicule » pour le bon peuple), de dogmes et divers dictats qui caractérisent les religions. Sous cette forme, il est aussi un instrument de manipulation et de pouvoir, comme toutes les autres religions.

La différence entre ces deux formes de Bouddhisme illustre très bien la différence entre religion et spiritualité, l’un n’excluant pas l’autre. Je propose que l’on jette la religion par-dessus-bord et qu’on garde la spiritualité. Ainsi nous ne donnerons pas tort à Malrauxle XXI° siècle sera spirituel ou ne sera pas »).

De nos jours, la religion me parait plus dangereuse que bénéfique. En Europe, du moyen âge au XIXème siècle, elle avait peut-être un rôle de « morale prête à porter », en plus de celui qu’elle a toujours eu, de maintien de l’ordre et de contrôle du peuple. Avec la connaissance, elle n’a plus cette « utilité morale » et les démocraties ne sont plus si facilement manipulables (toujours grâce au savoir, sans lequel elles n’existeraient pas).

C’est ainsi que je suis de ceux qui pensent qu’il faut écarter la religion de l’espace public (croire ou pas, est et doit rester une affaire personnelle, voire intime).

Toujours est-il que la vision quelque peu pessimiste de Djahanguir Riahi sur la religion et le devenir de notre société, n’entache en rien sa justesse et sa profondeur. Je vous invite à lire cette « réflexion post mortem ». Elle est construite et historiquement argumentée (en tant qu’Iranien, l’auteur sait de quoi il parle).


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

25 mai 2023

Penser à contre-courant

Pour se mettre d’accord ou commencer à discuter sur le fond d’un sujet, il y a deux écueils à passer :

  • Celui des faits : s’ils ne sont pas définitivement établis, il me parait prématuré de controverser à leur sujet (sauf à faire un peu de prospective, tout en étant conscient que l’on ne s’appuie que sur des hypothèses). Si le désaccord tient à leur réalité même (concept de réalités alternatives), on n’est pas plus avancé. Le débat restera limité à une éventuelle démonstration de la seule réalité possible. Le problème actuel, largement amplifié par les réseaux sociaux, est que les faits sont de plus en plus discutés, déformés, travestis ou tout simplement niés. Comment établir une discussion, installer un échange intelligent, si nous sommes dés le départ en désaccord sur les faits, voire de leur réalité même ? J’approfondissais un peu cette question dans ce billet : « qu’est-ce que la vérité », suite à cet excellent article de The Conversation du 16/03/2022 « Comment Donald Trump et Vladimir Poutine dévoient le concept de vérité ».
  • Celui des chiffres et des statistiques sur lesquels il faudra trouver un consensus, sauf à ce qu’ils soient justement l’objet du désaccord. Dans ce cas la discussion sera limitée à une recherche de références et d’avis sur la fiabilité des sources. On n’est pas loin d’un échange sur la réalité même des faits. La discussion s’annonce laborieuse.

Bien plus intéressante est la confrontation d’idées au-delà des faits et des chiffres, quand les opinions peuvent s’échanger de façon constructive, s’additionner ou se télescoper, se tempérer ou se modifier, sans avoir le nez sur son Smartphone et Google pour tenter de se départager.

Ne vous êtes-vous pas déjà entendu dire « tu es dans la pensée unique », simplement parce que vous étiez d’accord avec ce que dit la grande majorité des personnes s’exprimant dans les médias, du moins les plus connus. Parfois cette réflexion est suivie d’un « pense par toi-même », comme si avoir un avis largement partagé par d’autres, signifierait que l’on n’a pas pris le temps d’y réfléchir et que nous ne faisions que bêtement répéter l’opinion la plus répandue. Très souvent cette remarque émane de personnes assez branchées « théories du complot », qui au-delà d’un esprit de contradiction bien affirmé, pensent surtout que les principaux médias « reconnus » ne disent pas la vérité et qu’il faille chercher celle-ci sur les réseaux sociaux (le plus souvent « de derrière les fagots », si vous percevez ce que je veux dire).

Tant que nous ne sommes pas sous le joug d’une dictature et que les sources traditionnelles d’infos à notre disposition sont nombreuses et variées, pas la peine d’aller sur les réseaux sociaux pour chercher la vérité. Éventuellement par curiosité, plus certainement pour rigoler ou s’amuser, mais pas pour se tenir au courant et comprendre le monde qui nous entoure.

Je crois au métier de journaliste (tant qu’ils sont nombreux, d'avis et d’obédiences différentes, que leurs sources sont différentes et peuvent être recoupées) dont le métier, s'il est fait avec sérieux et compétence, consiste à vérifier et recouper les informations recueillies avant de les rendre publiques. Dans notre pays et plus généralement en occident, nous avons un choix suffisant pour faire la différence entre bon et mauvais journalisme.

Pour ma part, je n’irai donc m’informer sur ces réseaux avec un VPN que lorsque la dictature sera installée en France (pas tant que l’Europe existera, et donc pas de mon vivant … à priori).

Dans une démocratie la « pensée unique » (ou « pensée commune ») est ce que la majorité des gens pensent à un moment donnéce qui ne veut absolument pas dire que cette majorité « pense » juste, car comme le dit Walter Lippmann « Lorsque tout le monde pense la même chose, c'est que personne ne pense ».

Mais entre se comporter comme un mouton dans son troupeau et s’égarer dangereusement, il y a de la marge. S’écarter de la « pensée commune » me parait donc plutôt positif (c'est à partir de là que naissent les idées nouvelles et la créativité), … mais à une condition quand même : que ce soit à court-terme !

En bourse on appelle cela être « contrarien » (acheter quand les autres paniquent, ou vendre quand la majorité des intervenants est euphorique, que les pressions acheteuses font la loi du moment). Lorsque j'y étais très actif, j'étais plutôt dans cette posture et cela m'a réussi. Mais le rester trop longtemps (ou « plus que raisonnablement ») aurait été ruineux !

A long terme, continuer de penser « à contre-courant » devient un entêtement, rarement bénéfique, parfois aux frontières de la stupidité, voire du trouble psychotique (psychorigidité ou plus grave).

Pourquoi ? Parce ce que si la majorité des gens continuent de penser dans le même sens, ce n'est pas sans raison (dans tous les sens du terme). C'est parce que les faits confirment cette pensée et qu'ils ont donné tort à ceux qui pensaient le contraire. Il est temps pour ces derniers de se rendre compte qu'ils s’étaient trompés.

Tout le monde peut se tromper. En fait, les gens se trompent beaucoup plus souvent qu'ils ne veulent l’admettre (ce serait lié à un mécanisme psychologique protecteur, participant à la confiance en soi). Personne ne peut avoir une analyse exhaustive d'un évènement récent ou prédire l'avenir avec exactitude. Nous le faisons chacun avec plus ou moins d'efficacité, en fonction de nos connaissances, notre niveau d'information et d'expertise dans le domaine concerné. C’est parfois au petit bonheur la chance, même si sur le moment on est persuadé d’être perspicace dans notre analyse du présent ou de l’avenir.

L’analyse « historique » (évènement passé, récent ou en cours) :

Tout phénomène complexe, actuel ou récent qui n'est pas encore entré dans l'histoire, doit être analysé et confirmé par les experts de la question (tout du moins faire consensus pour la grande majorité d’entre eux), avoir réuni toutes les preuves indiscutables nécessaires avant de rentrer dans le champ des certitudes, et ainsi devenir un fait avéré, quelque chose de certain et de difficilement discutable.

Les évènements historiques, depuis longtemps étudiés, sur lesquels les historiens ont suffisamment de recul, de preuves ou d’indices concordants, ne sont plus vraiment discutables et il est difficile de tenir à leur propos un raisonnement contraire à ce qui est communément admis. Ce qui le font sont appelés « révisionnistes » et sauf exception, leurs théories ne résistent pas longtemps au savoir et à la logique.

L’analyse prédictive :

L'avenir comporte beaucoup plus d'aléas et d'intrications qu'on pourrait le penser au premier abord, parfois même pour ce qui pourrait paraitre évident, ce que l’on interprète comme la suite logique d’une succession de phénomènes déjà observés.

Or cette « pensée de premier abord » qui consiste à agréger de façon rapide et simplifiée notre savoir, notre expérience et ce que nous pressentons (ce que l'on appelle l'intuition), n'est finalement qu'une estimation, une approximation de ce qui pourrait se passer, une simple probabilité. Il ne peut en être autrement.

En effet, le futur est par essence trop aléatoire pour être prédit correctement (encore moins avec exactitude), sans risquer de se tromper. Même le plus puissant des ordinateurs au monde, ni la prochaine génération de calculateurs quantiques gonflés à l'I.A, ne pourront agréger avec suffisamment de précision l’immense quantité de paramètres nécessaires ainsi que toutes les intrications de cause à effet qui en résulte, pour prédire avec certitude l'avenir. C'est la fameuse analogie du "déplacement d'air créé par le vol d'un papillon en Chine ayant un effet participant à la formation du prochain ouragan qui s'abattra sur la côte Ouest des USA".

Question de tempo, de contexte et d’évènement analysé :

Croire différemment des autres, ne pas s'aligner sur « la pensée commune », dépend bien évidemment de ce dont on parle. Dans le cas général, je pense que c’est une bonne attitude, à condition de rester logique et de ne pas persister, si à l'évidence, les évènements à long ou moyen terme nous donnent tort.

Dans l'analyse des faits démontrés (ou franchement peu discutables), passés et actuels, « la pensée commune » est celle que l'on peut tenir pour vraie car appuyée de l'avis de spécialistes (scientifiques, historiens, journalistes investigateurs, analystes de la question) dont on peut raisonnablement accepter le consensus, à de très rares exceptions historiques prés (toute règle à son exception).

Je ne prétends donc pas, de par ce post, faire le tour de la question de ce qu’est « la pensée juste », si tant est que cela puisse avoir un sens, mais tordre le cou à des aprioris au sujet de « la pensée unique » et les bonnes ou mauvaises raisons, toujours à priori, de ne pas s’y conformer.

Quant à « la vérité », elle ne peut exister que dans une circonstance, à un moment et en un lieu donné. Au moindre doute sur l’une de ses composantes, on ne peut qu’essayer de s’en approcher, mais cela n’empêche pas de pouvoir en discuter … tant que nous sommes en démocratie, un autre sujet d’intérêt pourtant entouré de bien des aprioris aussi, de controverses et mauvaises définitions. Voici la mienne.

Quant à la « pensée commune » dans une dictature, c’est celle que le pouvoir dicte et le terme de « pensée unique » est parfaitement approprié (comme « parti unique »). En fait, il s’agit plutôt de « l’expression de ce que l’on pense » et le faire « à contre-courant » serait donc « manigancer contre l'État » ce qui dans ce type de régime, est généralement passible de poursuites ou de déclassement social (au mieux).

Alors réjouissons-nous de pouvoir encore débattre, dire ce que l’on pense et échanger librement, quitte à nous disputer un peu, sans risquer l’aller en prison (ou pire encore), dans un monde où la prochaine bipolarité sera celle des démocraties et des dictatures (ce qui me parait déjà être le cas), après celle du libéralisme et du communisme (notions plus économiques qu’idéologiques, même si les deux sont bien sûr étroitement liées).

Quitte à me répéter, je pense que dans l’ordre, l’absence de débat mène aux idées reçues, aux divisions et au sectarisme, puis au nationalisme (qui comme la religion, se fonde plus sur des dogmes que sur la raison), et enfin à la guerre (qui n’est que « le prolongement de la politique par d’autres moyens »).



@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

16 mai 2023

France, le pays de l'entourloupe fiscale

Un assez bon résumé du dysfonctionnement de nos services publiques et du mauvais emploi de notre argent :

Agnès Verdier-Molinié (iFRAP) interviewée sur notre fiscalité et les baisses d’impôt annoncées « c’est toujours le problème du Bonneteau à la française »

Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation iFRAP, et auteure du livre « Où va notre argent » aux éditions de L’observatoire, était l’invitée de l’émission Ecorama du 16 mai 2023, présentée par David Jacquot sur Boursorama.com. Elle a notamment donné son point de vue sur les baisses d’impôts pour les sociétés et les particuliers, les dépenses publiques et le projet de loi sur l’industrie verte

Si je résume :

  • Nous sommes bien le pays de plus imposé d’occident (interview infra),
  • Argent public mal employé et collectivités locales qui malgré qu’elles en soient obligé, refusent de rendre convenablement des comptes, notamment sur l’emploi et l’absentéisme de leurs salariés (fonctionnaires et de droit privé). L’interviewée n’évoque pas la cause de ce mutisme (entre un peu de corruption et beaucoup de clientélisme politique selon les villes, à vous de deviner), mais elle ne vous laisse aucun espoir sur une baisse future de vos impôts locaux (avec pour exemple la suppression de la taxe d’habitation sur la résidence principale, de plus en plus largement compensée par la taxe foncière ou d’autres taxes locales),
  • En fiscalité française, ce qui est donné d’une main est toujours repris de l’autre,
  • La majorité des mesures fiscales présentées comme avantageuses aux contribuables ne le sont pratiquement jamais au final, quand on les analyse dans le détail (d’effet quasi-nul au mieux, désavantageuses au pire). Et elle ne parle pas de l’entourloupe qui consiste à instaurer une nouvelle taxe, présentée comme exceptionnelle pour couvrir une dépense ou un déficit ponctuel, qui finit toujours par devenir définitive (la CRDS par exemple).

… Et tout cela ne date pas de l’arrivée de Macron !

Mais au surplus d’être le pays le plus imposé des pays dits développés, nous somme aussi le plus endetté !

Cherchez l’erreur ! Quoique cela soit logique : plus l’impôt est mal employé, moins il suffit, plus il faut s’endetter.

Dégradation de la dette française par Fitch : un avertissement sans frais ?

L'agence de notation Fitch, qui évalue la solvabilité des Etats, a dégradé à AA- la note de la dette française. Comment expliquer cet abaissement ? Est-ce justifié ? Réponse avec Charles Sannat, fondateur du site insolentiae.

Cet économiste est sérieux, crédible et écouté dans les milieux financiers.

C’est facile à écouter et à comprendre, ce n’est pas politique, juste un constat confirmant que nous sommes bien le pays le plus endetté et le plus imposé des pays occidentaux.

A écouter en entier, au moins jusqu’au moment où il parle des conséquences si nous ne réduisons pas nos dépenses (il rappelle pourquoi l’augmentation des recettes fiscales n’est plus possible, l’impôt étant déjà au max, toute nouvelle hausse d’impôts aboutirait à l’effet recherché inverse, à savoir une baisse des recettes fiscales en raison d'une baisse de la productivité nationale) et si les marchés financiers mondiaux se mettaient à douter de notre solvabilité et à ne plus nous prêter.

1ère victime : les dépenses sociales, … et ni les mouvements sociaux, ni les changements de gouvernements n’y changeront quoi que ce soit (exemple actuel, l’Italie qui supprime son équivalent RSA).


@+

Jack

03 avril 2023

Poutine système

Pour se maintenir au pouvoir, une dictature met en œuvre la force de façon plus ou moins directe. La plus rudimentaire étant bien sûr militaire (pour exemple parmi bien d’autres, la dictature des colonels dans la Grèce des années 60-70 et celle de Pinochet au Chili dans les années 80-90). Si la force policière est toujours présente, le régime se maintient également par le clientélisme qui consiste à octroyer des avantages importants à ceux qui occupent les postes clef de l’État et des principales entreprises du pays. Cette « complicité » peut aller de quelques individus à une toute petite partie de la population inféodée à leur dirigeant en échange d’un peu de confort, pendant que l’autre partie est réduite à l’esclavage (Corée du Nord par exemple). Bien entendu l’information est totalement biaisée et plus la population est anesthésiée, plus elle sera docile et le pouvoir facile à exercer.

La recette est donc un assemblage plus ou moins subtile de « force publique », de « clientélisme » et de « désinformation ». L’objectif est toujours le même : se partager à quelques’ uns le pouvoir et les richesses d’un pays, au détriment d’une majorité que l’on maintient au « minimum vital » pour « servir ses maîtres », l’idéal étant qu’elle ne soit pas vraiment consciente de son asservissement.

Une dictature est donc à l’opposé de ce qu’est un état de droit, à savoir des règles de conduite, d’équité et de justice applicables à tous, s’imposant tant aux citoyens qu’à l’État lui-même, le tout pour que la richesse produite profite au plus grand nombre et non à la minorité dirigeante.

Mais là où le « système Poutine » est pervers, c’est qu'aux trois « ingrédients précités » pour se maintenir au pouvoir, il y associe le droit. C’est d’ailleurs une composante essentielle à son système, avec de multiples avantages comme l’explique très bien cet article :

Comment Vladimir Poutine a mis en place une « verticale de la peur » en Russie

The Conversation / Publié: 23 mars 2023

Schématiquement, Poutine et ses proches complices associent les principaux décideurs nationaux (hauts fonctionnaires, gouverneurs, dirigeants des plus grandes entreprises) aux détournements des richesses nationales à leurs profits individuels. Parallèlement, le régime met en place des lois réprimant de plus en plus sévèrement la corruption et le détournement de biens publics, à savoir ce que font précisément les membres du régime. Mais encore faut-il les poursuivre. Et qui peut le décider ? Poutine lui-même !

Ainsi les oligarques profitent en toute impunité du gâteau national tant qu’ils obéissent et servent fidèlement le régime, dans leurs actes comme dans leurs paroles.

Mais malheur à ceux qui s’écartent des directives du « Parrain ». Ils seront « légalement poursuivis » et perdront leur pouvoir, avantages et richesses accumulées ainsi que leur liberté, …. Ils seront de surcroit publiquement honnis, « l’État » affichant sa ferme volonté de débusquer et châtier les « profiteurs ». Pour le régime c’est « coup double » : se débarrasser des empêcheurs de spolier le peuple, tout en lui faisant croire le contraire.

Bien sûr, si l’oligarque infidèle en sait trop, il peut toujours disparaitre, être empoisonné ou « suicidé » (le mode le plus courant en Russie étant la défenestration).

En fait, le régime de Poutine relève des méthodes mafieuses où se mélange extorsion, crime et chantage. Savez-vous quel est le principe de recrutement d’un membre dans la mafia ou dans un gang ? Faire commettre au candidat un meurtre en présence d’autres membres du clan. En plus de démontrer que la recrue en est capable, cela la met à la merci d’être ultérieurement et publiquement dénoncée si elle décide un jour de quitter le clan (mafioso est un emploi à vie, sans possibilité de démission). Par ailleurs cela renforce l’implication des autres membres, témoins du meurtre. De nos jours, ce meurtre est généralement filmé.

La Russie excelle depuis longtemps dans l’art de monter des dossiers compromettants sur tout individu utile ou dangereux pour le régime (les fameux « Kompromats »).

Que ceux qui crient à la dictature en France sans trop savoir de quoi ils parlent, aillent vivre en Russie. Tout comme les enfants Ukrainiens déportés dans l’Oural, peut-être seront-ils accueillis à bras ouverts, avec le sourire et des cadeaux de bienvenue. Ils obtiendront assez facilement un passeport Russe, voire même un emploi (depuis l’invasion de l’Ukraine, les places libérées, notamment par les jeunes hommes, sont abondantes).


@+

Jack

13 février 2023

Pour ou contre l'aide militaire à l'Ukraine ?

Les avis sont partagés. Voici le mien :

Le point central de la réflexion, au-delà de ses nuances, c’est bien sûr le fait que la Russie soit une puissance nucléaire (et pas des moindre, avec plus de 6000 ogives de plusieurs dizaines de mégatonnes chacune) en capacité de vitrifier la surface de notre planète.

S’ajoute à cela un dirigeant mégalomane, mal conseillé et enfermé dans des convictions irraisonnées, d’un autre temps (rêve de la grande Russie des tsars, à défaut de l’URSS). Cela dit au passage, le premier problème de la Russie ayant toujours été sa taille et son premier atout la richesse de ses sous-sols, il y a de quoi se questionner sur l’intérêt d’une extension territoriale en ce siècle, et par la même sur la santé mentale de Poutine.

Au début de cette guerre et de l’aide occidentale en armement (Américaine surtout), j’avais un avis partagé et me demandais si la liberté des Ukrainiens valait le risque d’une guerre thermonucléaire globale avec toutes ses conséquences, ce qui ne sauverait pas les Ukrainiens qui disparaitraient avec le reste de l’humanité.

Au fil du temps j’ai constaté la détermination et l’unité des Ukrainiens à défendre leur identité et leur patrie, la folie mesurée de Poutine (plus de bluff que de réelle menace nucléaire, ainsi que le dialogue continu entre états-majors Américain et Russes pour la contenir), une armée Russe dans l’ensemble peu motivée, mal équipée et peu cohérente (présence de milices en concurrence avec l’armée régulière), une population Russe qui quoique mal informée et de toute façon interdite d’expression, reste malgré tout très divisée et à mon avis plutôt consciente que cette agression n’est pas justifiée (hors quelques abrutis qui n’ont rien compris au film ou les apparatchiks qui s’accrochant à leurs privilèges, n’osent pas contredire leur tsar autoproclamé), un tout qui me fait maintenant penser que nous devons continuer à aider l’Ukraine dans la défense de ses frontières.

Ce pays a autant droit à l'assistance des pays occidentaux que nous y avons eu droit en 1940 face à l'invasion Allemande (actuellement, celle toute aussi injustifiée, de la Russie).

Dire que Zelenski et les Ukrainiens qui le suivent pour défendre leur patrie, rallongent la guerre, les destructions et le nombre de victimes (message propagandiste Russe approuvé par quelques-uns de nos politiques à la ramasse), c'est oublier que De Gaule et les Français qui l'ont suivi ont fait de même en 1940. Auraient-ils eu tort ?

Je ne suis pas un fan de Zelenski (de personne d’ailleurs), mais chapeau bas à lui, qui non seulement n’a pas fui comme cela lui avait été proposéce n’est pas d’un taxi dont j’ai besoin, mais d’armes »), a fédéré tout un peuple derrière lui (jamais l’Ukraine n’avait été autant unie) et a motivé ses troupes pour qu’elles accomplissent leur mission de légitime défense avec brio (tous les états-majors occidentaux sont bluffés par leur rapidité d’apprentissage sur le terrain et l’efficacité de leurs tactiques militaires).

Au-delà du respect du droit et de la justice internationale, il s’agit de la défense de la démocratie, de ses principes et des valeurs qui vont avec (dont les droits humains les plus élémentaires, la liberté d’expression et d’information en faisant partie, ce que la Russie méconnait).

Autre argument de taille : laisser impunément un pays s’en accaparer un autre au simple prétexte qu’il est doté de l’arme nucléaire, c’est signer l’arrêt de mort de notre civilisation. La Russie ne s’arrêterait sans doute plus à l’Ukraine. La Chine, la Corée du Nord et peut-être même le Pakistan, ne se gêneraient plus pour violer les frontières de leurs voisins et étendre leurs systèmes politiques d’un autre âge, voire carrément mafieux pour certains. Toutes les autres dictatures du monde n’auront alors de cesse que de vouloir se doter de cette arme magique qui leur assurera l’impunité internationale (l’Iran n’en est plus très loin). La profusion de cet armement et les dérives qui s’en suivront, ne pourra finir que dans un funeste feu d’artifice planétaire.

Au final, aider l’Ukraine face à la Russie présente un risque de guerre mondiale nucléaire non négligeable. Ne pas le faire, … présente le même risque !

Un mot sur la propagande Russe qui tendrait à faire croire que ce n'est pas la Russie qui a attaqué l'Ukraine, mais le contraire. C'est le message actuel de Poutine qui affirme depuis peu qu'il n'a fait entrer ses chars en Ukraine le 24 Févier 2022 que de manière préventive, l'OTAN étant sur le point de les attaquer. … Et malheureusement ça marche !

Il y a encore des Russes (et quelques paumés en occident) qui croient toujours au message initial, à savoir que les dirigeants Ukrainiens élus en 2019 sont des nazis qui oppriment leur peuple. Étonnamment ils ont dans le même temps oublié (ou pas compris) l’objectif initial de « l’opération spéciale » ratée : décapiter le pouvoir à Kiev pour y placer une marionnette prorusse (comme avant et tel est toujours le cas en Biélorussie). Cette « opération » ne devait durer que quelques jours (2 ou 3 tout au plus).

Conscient que cette énorme bévue lui couterait son pouvoir (et sa fierté ou sa vie), Poutine transforme maintenant son « opération spéciale » en « opération défensive de la patrie et de ses valeurs sacrées » en se référant au passé, rappelant les agressions Napoléonienne et Hitlérienne, finalement repoussées et vaincues par « la Russie éternelle ». Il s’agirait aussi du combat biblique tant annoncé du bien contre le mal (Poutine parfait agnostique, se transformant subitement en grenouille de bénitier). En Occident, à l’écoute d’un tel discours, n’importe quel citoyen pas trop débile a dû en tomber de sa chaise. En Russie le message passe ! … Du moins en Russie profonde où l’éducation et l’accès à l’information sont fortement déficitaires. Et là encore, comme souvent quand il s’agit d’abrutir les esprits faibles, les religieux sont à la manœuvre.

Les dirigeants et la majorité des apparatchiks Russes actuels qui sont pratiquement tous des ex du KGB (maintenant FSB) ont l’art des raisonnements inversés : expliquer des faits en inversant très exactement les causes et les motivations qui en sont à l’origine, retourner la critique à celui qui la formule (« c’est celui qui dit qui est ») en n’hésitant pas à verser dans l’exagération, jusqu’à l’absurde. Pour les propagandistes formés aux techniques du mensonge qui ont permis que Staline reste aussi longtemps au pouvoir, « plus c’est gros, mieux ça marche » !

Un expert de la question a écrit (ou dit) que "l'agression Russe est similaire à un viol" : pour le violeur, le vrai coupable c'est la victime en raison de l'attitude qu'elle avait préalablement à l'acte ("elle a cherché l'agression").

Une autre réflexion entendue qui me parait très appropriée aussi : « le KGB était le service secret d’un pays, l'URSS. La Russie d’aujourd’hui est au service de son service secret, le FSB » (pouvoir total et captation de toutes les richesses de la nation au seul bénéfice de quelques' uns). 

Alors comment aider l’Ukraine à se défendre ? Comme nous le faisons depuis le début, à pas mesurés selon la réaction Russe pour éviter autant faire ce peut tout risque de dérapage vers un conflit de nature nucléaire. Tant que ce risque reste contrôlé (les relations entre états-majors occidentaux et Russes permettent d’y croire), donnons aux Ukrainiens tous les types d’armes que nous pouvons et nécessaires à leur défense (hors nucléaire bien sûr), mais toujours sous réserve qu’ils respectent les limites que nous leur imposons dans leur usage (s’agissant de dons, il est justifié qu’ils soient assortis de conditions).

L’occident affirme et ne cesse de répéter qu’il n’est pas en guerre avec la Russie. C’est un fait (aucune déclaration, aucune agression ni intervention sur le sol Russe). Il ne fait qu’aider un pays à se défendre légitimement au regard du droit international (intangibilité des frontières telles que définitivement arrêtées au sortir de la guerre de 39-45).

Jusqu’à quand ? A priori et au minimum jusqu’à ce que l’Ukraine retrouve ses frontières d’avant l’invasion du 24 Février 2022, mais je pense qu’à un moment donné l’Ukraine devra admettre que certaines de ses régions mériteront de s’auto-déterminer (référendum sous l’égide de l’ONU pour le Donbass et la Crimée, pourquoi pas). Après tout, le choix appartient au peuple. Par ailleurs, obliger des gens à partager une culture et des valeurs dont la majorité d’entre eux ne veulent pas, ne fera que pourrir l’ambiance nationale et repousser de nouveaux conflits à plus tard.

La volonté actuelle du peuple Ukrainien (mené par son dirigeant Zelenski) étant de rentrer dans l’OTAN et ultérieurement dans l’UE, cela leur sera impossible s’ils conservent des parties de territoires encore en conflit latent, ne serait-ce même que politiquement instables.

Qui gagnera ou perdra cette guerre ? À mon avis, personne ! Elle se terminera par un compromis avec la mort physique ou politique de Poutine et son régime. L’Ukraine et la Russie ne ressusciteront pas leurs morts et aucun blessé grave ne retrouvera son intégrité physique (ou psychique). Tant les familles Ukrainiennes que Russes auront à pleurer un ou plusieurs de leurs membres et nombre de familles Russo-ukrainiennes resteront irréconciliables. Quoiqu’il arrive, la confiance et les relations entre les deux pays ne se rétabliront pas avant plusieurs générations.

Chacun des deux belligérants aura à se reconstruire, et pour commencer :

- L’Ukraine, ses villes et infrastructures avec l’aide occidentale (les avoirs gelés des oligarques Russes devraient y passer, ce qui ne serait que justice tant ces biens issus de la décomposition de l'URSS et de la corruption étaient de toute façon mal acquis),

- La Russie, son système politique et la confiance internationale (là ce n’est pas gagné et il y a fort à parier que ce sera très très long).

L’Ukraine s’engagera sur la voie d’une véritable démocratie et rénovation politique (débarrassée de sa corruption et autres traces héritées de l’ex URSS) pour remplir les critères de sa future adhésion à l’Europe.

Quant à la Russie, je présume qu’elle implosera politiquement de l’intérieur, avec de nombreuses revendications régionales pour l’autonomie, suivies d’une dislocation de l’unité territoriale de l’actuelle « fédération de Russie ». Son économie ne s’en relèvera pas et le niveau de vie des Russes en pâtira sur plusieurs générations.

Au final et à y réfléchir, s’il n’y aura pas de gagnant dans ce conflit, il y en aura un qui perdra plus que l’autre : la Russie, tant « La facture de la folie Poutinienne » sera lourde.

Pour ce qui nous concerne, nous occidentaux, restera encore une question importante en suspens : dans « l’après Poutine »,  qui entretiendra et contrôlera l'armement nucléaire Russe ?



@+

Jack

12 février 2023

Démocratie (ma définition)

Ce terme, souvent employé à tort et à travers, soulève plus de controverses, d'aprioris et de malentendus qu'il ne devrait.

Comme le précise en préambule et à juste titre Wikipédia,  "La démocratie peut donner lieu à des interprétations différentes". L'article énumère et commente ces différentes variantes, tout comme le fait plus succinctement Larousse, ainsi que bien d'autres dictionnaires à leur manière.

Voici "ma" définition, très personnelle, agrégeant et condensant plus ou moins partiellement les définitions courantes, mes connaissances générales et spécifiques, notamment en théories juridiques (droit applicable et philosophie du droit), ainsi que mes observations en géopolitique contemporaine :

Je mets généralement « démocratie » entre guillemets car j'entends souvent dire que « dans les faits elle n'existe pas ».

Le terme « démocratie » ne doit pas être pris au premier degré de sa définition (pouvoir par le peuple), ni même comme un modèle parfait et possible, mais comme une aspiration. Un but à atteindre, même si ce ne sera jamais le cas, puisqu'au surplus de ne pas être souhaitable, « tout le pouvoir au peuple » ne peut être viable (pour gouverner, il faut bien une concentration des pouvoirs par quelques 'uns en représentation du peuple).

Quant au véritable libre choix d'un peuple à désigner ses représentants, c'est un fantasme qui en restera toujours un, puisqu'en la matière nos choix sont généralement très limités (ce ne sont pas forcément les plus sages et les meilleurs qui se présentent) et que de toute façon ils sont toujours plus ou moins influencés (nous n'aurions rien d'humain dans le cas contraire).

En fait, même si la « démocratie » reste un rêve d'idéaliste, elle se traduit quand même dans la réalité par une volonté de suivre une direction vers laquelle il faut toujours essayer de tendre, car à son opposée il y a la dictature, l'oppression (et là on ne rêve plus, rien n'est impossible et le but peut être rapidement atteint).

On pourrait presque caractériser une démocratie comme l'opposée d'une dictature. Ce n'est évidemment pas si simple.

Les conditions préalables et essentielles à la démocratie sont en théorie :

  • Une constitution définissant une structure particulière de l'État, consacrant la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judicaire), les règles de base d'accès aux représentions de ces pouvoirs (procédures électorales et de nominations, durée maximale du mandat des élus et conditions des nominations), ainsi que la garantie et la protection des libertés individuelles (dont celles d'expression et d'accès à l'information, la pluralité illimitée des sources et de leur accès devant être garantis),
  • Un multipartisme effectif, qui avec la libre expression et la libre circulation de l'information, permet aux différents courants de pensée et projets sociaux d'être représentés,
  • Une procédure électorale dont la fiabilité et l'impartialité sont constitutionnellement garantis, contrôlée par une instance judiciaire indépendante du pouvoir et des partis (mais sous recours possible de ces derniers), garantissant en théorie et en pratique, l'égalitaire et la liberté de choix pour chaque citoyen, sans pression ni contrainte d'aucune sorte, même suggérée (comme par exemple la simple présence d'un homme en arme dans un bureau de vote, fusse-t-il gendarme et pour raison de sécurité,  est  et doit rester une cause d'annulation de tous les votes dudit bureau),
  • Une limitation de la durée et de l'étendue des pouvoirs dans le mandat donné par le peuple à ceux qu'il aura désignés (selon la constitution ou à défaut, définie dans la procédure l'électorale précitée),
  • La représentation effective de la volonté du peuple, exprimée à la majorité dans les procédures électorales et autres modes d'expression (référendums par exemple), ce qui nécessite de résoudre l'épineux et complexe problème de l'abstentionnisme (vote obligatoire ?).

Vous remarquerez au passage que "la Russie de Poutine" qui se dit pourtant "démocratique", fait l'impasse sur bien des critères essentiels ci-dessus (ne seraient-ce que l'absence effective de multipartisme, la limitation des libertés individuelles, d'expression et d'accès à l'information, l'extension des pouvoirs et de la durée du mandat du président, l'impossibilité pratique de recours sur les irrégularités électorales). Ces manquements caractérisent les fausses démocraties (qui s'en donnent l'apparence ou qui ont gravement dégénéré), qui bien souvent cachent de vraies dictatures (Fédération de Russie bien sûr, mais également le cas de certains pays d'Afrique et d'Amérique du Sud).

A la théorie juridique, il faut ajouter d'autres aspects et précisions pour caractériser et valider un Etat démocratique :

Si les élus n'accèdent pas toujours au pouvoir pour leurs compétences, ils doivent être assurés d'en partir du fait de leurs erreurs, selon une procédure de destitution préalablement légiférée ou plus généralement à la fin de leur mandat. Celui-ci ne doit être ni trop court (pour laisser le temps de la mise en œuvre d'une politique), ni trop long (d’abord pour ne pas créer des situations de rente ou d'immobilisme, mais surtout pour ne pas laisser s’enkyster une accumulation d’erreurs préjudiciables au pays).

Pour faire un raccourci intellectuel, on pourrait dire qu’une démocratie se caractérise, non pas par le libre choix d'un peuple à mettre un pouvoir en place, mais par sa possibilité d'en changer facilement selon des règles préétablies (non modifiables par le seul pouvoir en place). C’est le principe de l'essai-sanction en vigueur dans le privé, un peu comme le directeur général d'une grande société,  viré ("remercié") par ses administrateurs et actionnaires pour ses incompétences.

Par ailleurs, la dimension de reconnaissance internationale me parait importante. Les autres démocraties, reconnues comme telles parmi les membres de la communauté internationale (l'ONU pour l'heure) doivent, au moins tacitement, reconnaitre l'état réellement démocratique d'une nation. 

Dans les faits, aucun gouvernement ne peut décréter seul, arbitrairement, qu'il a été démocratiquement élu, sans l'approbation internationale, sans que ne soient démontré le caractère démocratique des conditions de son arrivée ou de son maintien au pouvoir. Un autre élément d'appréciation sera celui du niveau de corruption présumé dans le pays.

En Europe la « démocratie pluraliste » (suffrage universel, séparations des pouvoirs, déroulement des élections, … + multipartisme, diversité des opinions et de leur représentation) est une condition essentielle d’appartenance et de maintien dans l’Union. Le respect des règles de la démocratie et de leur mise en œuvre par chaque pays est constamment sous le contrôle des autres membres. En cas de dérapage il y a un rappel à l’ordre (ce fût récemment le cas pour la Hongrie d’Orban), pouvant être suivi de sanctions (comme la suppression de certaines aides) et à terme, d’une exclusion (ce qui n’est encore jamais arrivé et à mon avis n’est pas près d’arriver, tant les peuples de l’UE sont majoritairement attachés à la notion de démocratie, même si tout le monde ne la définit pas exactement de la même manière).

Aucune démocratie dans le monde n’est identique (dans le détail), mais chacune d’elle répond à minima, aux conditions préalables précitées.

Je rajouterais que plus un peuple est correctement instruit et informé, plus la qualification de "démocratie" est méritée, approchante au plus près de sa forme idéalisée.

En effet et ce n'est qu'une appréciation très personnelle, j'ai du mal à envisager une démocratie digne de ce nom dans un pays où plus de 20% de la population est illettrée (niveau au dessus de la simple alphabétisation). En ce sens et toujours de mon point de vue, les pays où c'est effectivement le cas (l'Inde par exemple) ne sont que des ersatz de démocraties.

Ainsi il faut reconnaître que certains pays ne sont pas prêts à la démocratie et que vouloir installer celle-ci "à tout prix, envers et contre tout" ne peut qu'amener au désordre, voire au chaos. La situation d'un pays passant de la dictature à une tentative démocratique ratée, entrainera une telle désorganisation sociale et économique, que le peuple se retrouvera dans une situation bien pire que la précédente.

Pour les pays prêts à la démocratie (taux de lettrisme suffisant), je rajouterais volontiers la condition de "vote éclairé", à savoir d'un minimum de connaissances, d'une part du fonctionnement des institutions du pays (instruction civique) et d'autre part des enjeux principaux, sociaux et économiques. Mais comment évaluer cela sans porter atteinte à la condition essentielle "des libertés individuelles fondamentales" ? Sans aller au "permis de vote" (quoique ?), je pense que cette question mérite d'être étudiée dans nos sociétés de plus en plus désinformées et manipulées. Dans le cas contraire, la démocratie passera du statut d'idéal, à celui d'illusion.

Pour contourner ce problème et en attendant une meilleure régulation de l'information (sans pour autant la limiter), je ne vois que le suffrage indirect. Les moins lettrés élisant les plus instruits, à défaut des plus sages. Le suffrage universel ne devrait être réservé que pour les plus grandes orientations nationales (constitutionnelles par exemple), proposant des choix aussi simples que radicaux.

Vous l'aurez compris, à l'heure des réseaux sociaux débridés, des théories du complot et des deepfakes, je suis de moins en moins en faveur d'une démocratie directe (sa principale faiblesse qui la met actuellement en danger de mort), préférant de très loin une démocratie imparfaite à une farce démocratique.


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.