Peu de doute (de mon point de vue), le RN est bien parti pour avoir la majorité à l’assemblée nationale (peut-être pas absolue, mais au moins relative ce qui selon l’usage républicain, force le président à choisir son 1er ministre parmi le candidat proposé par ce groupe).
La première inquiétude des économistes (et la mienne) est de savoir s’ils vont ou non mettre leur programme en œuvre. Quelles mesures abandonneront-ils et quelles nuances apporteront-ils à celles maintenues ?
Je les ai surtout entendu parler d’augmentation des dépenses (retraites, salaires, services publiques, santé, sécurité) et de baisse de certaines recettes (charges sociales et TVA), sans parler de l’abrogation/refonte de la réforme des retraites (plusieurs dizaines de Mds) et d’autres dépenses délirantes comme la privatisation des autoroutes (rupture anticipée de contrats savamment ficelés et négociés par les gérants actuels, qui d’après certains économistes nous couterait une bonne centaine de Mds … rien que ça ). Il me semble qu’ils ont abandonné l’idée, … mais ils l’ont quand même eu. Idem pour la retraite à 60 ans sur laquelle ils reviennent. Ces deux seuls exemples démontrent leur incurie, pour ne pas dire leurs errances en matière économique qui ne parait pas être leur première préoccupation, celle-ci étant surtout d’arriver au pouvoir.
Mais qu’en est’ il des recettes ? Comment financeront ‘ils leur programme couteux ? À part quelques bredouillages sur des recettes imaginaires, à partir de données invérifiables et quelques projections farfelues, rien ne parait tenir la route.
Pour plus de détails et d’explications (chiffrées), cet interview d’un professeur en économie qui conforte ce que j’avais déjà en tête (et évoquais rapidement dans mon précédent billet sur la dissolution surprise et les conséquences de l’arrivée au pouvoir de l’une des deux extrêmes) :
Si le programme économique du RN n'est pas changé, il est susceptible de mener la France à la ruine !
Ecorama La Grande Interview 13/06/2024 - Philippe Trainar, professeur au Cnam et membre du Cercle des Économistes
Ce que dit ce professeur, en substance : 100 Mds de dépenses supplémentaires contre 10 Mds au max de recettes nouvelles. Ces dernières chiffées par le RN à 15 Mds de récupération à la fraude fiscale (ils n’atteindraient pas plus de 3 Mds, avec de la chance) et 15 Mds d’économies en prestations sociales (ce sera 7 Mds max d’après l’économiste).
Je sais que ces propos ne convaincront pas les plus entêtés des convaincus, mais au moins qu’ils s’attendent, que nous nous attendions, à ce qui peut nous arriver si un parti extrémiste arrive au pouvoir, le RN dans le propos, mais encore pire serait LFI.
Pourquoi pire serait l’arrivée de LFI ? Parce qu’au surplus d’avoir un programme économique tout aussi délirant que celui du RN, ils n’ont pas le pragmatisme présumé de ces derniers (« présumé » au regard des autres partis Européens d’extrême droite ayant déjà pris le pouvoir), et risquent donc de vouloir l’appliquer envers et contre tous, notamment les marchés financiers qui nous financent.
Avec le RN nous avons une petite chance qu’ils « oublient » toutes leurs promesses ruineuses une fois en charge (ce que l’on pourrait appeler le « Melonisme », même s’il y a de nombreuses différences idéologiques entre le parti de Meloni et celui de Baredella/LePen).
Autres sources de recettes ?
- Redémarrage de l’économie (plus d’affaires, plus de retour fiscal) ? … Elle a bien été « redémarrée » après Hollande. Macron l’a réellement boostée (quoiqu’en disent ses détracteurs) et dans l’environnement mondial actuel, on ne pourra guère faire mieux !
- Taxer les surprofits des grandes entreprises ? … Déjà tenté, … et impossible à mettre en place ! Solution qui ne peut être envisagée qu’à l’échelle internationale (s’entend grandes économies occidentales). Ce n’est pas pour demain !
Si ces « nouvelles pistes » ne donnent rien, ne restera que deux sources « traditionnelles » :
- Augmenter les impôts, avec par exemple le retour à l’ISF (élargissement de l’assiette et augmentation de son taux). Une proposition démagogique à double effet psychologique : faire plaisir aux jaloux et effrayer entreprises et nantis, sans véritable impact budgétaire (1 à 3 Mds max, soit une goutte d’eau au budget). Encore et toujours « taper sur les riches » (la petite minorité qui participe déjà à hauteur de 80% de l’impôt sur le revenu) et les entreprises. Tenu compte de notre record mondial en matière de pression fiscale, sûr que les premiers se barreront et que les seconds lèveront le pied !
- Creuser la dette ! … Avec de « l’argent magique » ?
N’en déplaise aux idéalistes, tout passe par l’économie. Seule une économie forte dans une Europe forte pour ce qui nous concerne, peut apporter les moyens financiers nécessaires aux aspirations légitimes de tous.
Aucune avancée sociale, aucune sécurité efficace, aucune protection du pouvoir d’achat ne sont possibles sans argent. Il y a « l’argent gagné » par l’économie et « l’argent magique » qui n’est que de la dette (certes précédemment contractée à taux très bas) qu’il faut rembourser (expliquant en partie notre déficit public tant décrié, mais ne l’oublions pas, qui a mis fin au « soulèvement des gilets jaunes » et sauvé entreprises et emplois lors de la crise sanitaire).
Si un pays peut s’endetter indéfiniment (un pays ne meurt jamais), il ne peut le faire, sans prêteur bien évidement, mais aussi au-delà de ses capacités de remboursement, comme pour un particulier ou une entreprise (projection recettes/dépenses futures), mais à l’échelle d’un État et tenu compte de ses forces et faiblesses économiques (dont celles à l’international). En plus de la fiabilité de la signature de l’emprunteur (capital confiance), c’est ce qu’analysent les prêteurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, au travers de la faisabilité, la cohérence et la viabilité dans le temps des projets politiques. Économiquement parlant, ceux du LFI et du FN ne tiennent pas la route.
Le problème de fond est que la majorité qui s’est exprimé aux européennes, cédant au chant des sirènes promettant un monde meilleur, voit le capitalisme international comme un mal (alors qu’il s’agit au mieux d’une opportunité pour se développer, et au pire d’une incontournable nécessité) et l’Union Européenne comme une entrave au développement (alors que c'est très exactement le contraire, en plus de l’aide et de la protection qu’elle apporte à ses membres). Les partis politiques soutenant un tel prisme d’inversion de la réalité, ne peuvent avoir de programmes sociaux économiques viables.
Reste encore un espoir pour que le RN aux manettes et le pays s’en sortent : la « Melonisation » du pouvoir !
Ils reviennent sur toutes leurs mesures aussi populaires que coûteuses, restent libéraux et n’augmentent pas la charge fiscale (particuliers comme entreprises).
Ils ne conservent que les mesures les plus attendues par la majorité des citoyens, dont ceux qui n’ont pas voté RN (comme moi) : l’affirmation de laïcité dans notre république (exit les pratiques culturelles trop éloignées des nôtres, qui de surcroit cherchent à s’imposer), le rétablissement de l’ordre public et du respect de ceux qui en ont la charge, un système judiciaire plus efficace, moins tolérant face à la petite délinquance et aux incivilités ordinaires, sans les lunettes bisounours qu’il porte depuis les années 70-85 (sur la lancée de l’école de la « défense sociale nouvelle »). De mon point de vue (et de bien d’autres), la sécurité se traite en deux temps : l’urgence avec la mise à l’écart, la punition et le caractère exemplaire qu'elle doit avoir (largement remisé avec les bisounours) et le temps long qui s’occupe des sources du problème (éduction, structures sociales, politique de quartier, … et bien sûr une économie en bonne santé, apte à créer de l’emploi et aider ceux qui sont pris au piège de la misère).
Nombre de votants pour le RN seront déçus (mais toujours « convaincus »), mais les économistes seront rassurés. C’est pour l’instant ce qui explique le calme relatif des marchés financiers (un peu nerveux, mais pas encore affolés).
Mme MELONI (extrême droite) a jeté à la poubelle toutes ses principales promesses de campagne une fois élue à la tête de l’Italie, … et n’a pas pour autant perdu de voix aux dernières élections (je crois même qu’elle en a gagnées).
Avant elle il y eu Mr TSIPRAS, premier ministre Grecque (gauche radicale cette fois-ci), qui pour sortir de la crise de la dette de son pays (2010-2015) n’eut d’autre choix que se plier aux exigences de l’UE et du FMI en abandonnant toutes ses promesses électorales. Pour les Grecques, ce fût la chute du pouvoir d’achat et des coupes franches dans les retraites, tout le contraire de ce qu’attendaient ceux qui l’avaient porté au pouvoir. Aujourd’hui, le pays s’en remet à peine.
Voilà pour l’aspect purement économique.
En reste un autre qui n’est pas à négliger : la réaction de la rue, celle d’une extrême déçue face à une autre !
A une époque où débattre d’opinions opposées n’est qu’un souvenir, où les minorités n’acceptent plus le choix de la majorité, où violence et passion remplacent logique et argumentation. Tout ceci sans compter les actions en sous-mains de certains pays qui partout dans le monde combattent la démocratie (ennemi juré des dictatures, qu’elles soient idéologiques ou religieuses) et savent comment attiser le désordre.
Les manifestations violentes et destructrices ont un coût que nous finissons toujours par payer, par de la dette et des impôts, ce qui nous ramène inévitablement à l’économie (on y revient toujours, quel que soit la manière dont on aborde la politique).
Alors Dimanche, entre deux fronts (national et populaire), faite bien votre choix. Aucun choix (ou non choix), aussi infime soit-il, ne reste sans conséquence.
@+
Jack
Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.