10 juin 2024

Et PAF ! … Vous l'avez voulu, vous l'aurez !

Qui pourrait maintenant encore reprocher à notre président de ne pas être un démocrate ?

« Ce que je fais ne vous plait pas ? … Alors décidez vous-mêmes ! ».

La dissolution est prévue par notre constitution et c’est sa prérogative. Rien à redire … si ce n’est quand même qu’il fait un pari risqué, que ce n’est peut-être pas le meilleur moment et que le planning est serré. Mais avouons que nous ne sommes jamais contents, que quoi que nos décideurs décident, nous trouvons toujours des raisons de le leur reprocher.

Sur le fond il faut reconnaître que la France, avec l’Europe, suit le courant nationaliste qui parcourt et secoue toutes les démocraties du monde. Certains pays Européens avaient déjà franchi le pas et d’autres y vont tout droit. Les USA semblent également sur ce chemin dangereux et en France nous ne sommes pas très éloignés du « Trumpisme » : un tiers des électeurs déroutés voulant renverser la table et les deux autres tiers regardant, effarés, toute cette agitation de mauvais augure sans trop se bouger ou trop divisés pour y mettre un terme (électoralement parlant, bien sûr). Dans ces conditions, mal barrées sont nos démocraties.

Chez nous, les électeurs modérés (de droite, de gauche et du centre) sont hésitants, peu convaincus et tout aussi divisés qu’est fragmentée la classe politique modérée qui les représentent. Ce manque d’unité d’en haut explique le manque de conviction d’en bas, et au final cette regrettable « démobilisation du juste milieu », là où se trouve généralement le bon sens.

Ne reste alors que les plus motivés à s’exprimer, dans la rue et dans les urnes, ceux qui se retrouvent et se rassurent autour d’idées simples, habilement prônées par des démagogues promettant une réponse à chacune de leurs inquiétudes. Pour l’heure et prioritairement, la sécurité et le pouvoir d’achat.

Or ces choix extrêmes, de droite comme de gauche, se traduiront inévitablement, mécaniquement, par un repli du pays sur lui-même avec des conséquences économiques désastreuses et une perte de confiance accrue sur les marchés financiers dont aucun pays ne peut se passer. Nous n’allons pas attendre longtemps pour réentendre parler de la note de crédit Française, de la dette et de son coût (les marchés financiers ne nous feront pas de cadeau, ce n’est ni leur genre, ni leur rôle). Les attentes sécuritaires seront déçues et le pouvoir d’achat ne s’améliorera pas, … bien au contraire.

Au plan Européen les extrêmes droites nationalistes restent minoritaires et sont divisées (il y a les « pros » et les « antis » Europe). Elles pourraient même faire avancer certaines décisions qui patinent, notamment en matière de contrôle et de régulation de l’immigration (problèmes qui ne pourront être réglés que dans le cadre de l’UE). Par contre, si elles deviennent majoritaires au le plan national, c’est une toute autre histoire.

Nos prochaines législatives reflèteront’ elles ce vote européen ou seront’ elles plus représentatives de la volonté générale ? J’ai bien peur que les votants aux extrêmes soient encore plus motivés et les modérés encore plus indécis et divisés.

Alors l’idée de fond que certains analystes prêtent à notre président, inavouée mais logique à y réfléchir, pourrait bien avoir un côté salvateur (en cherchant bien, on trouve toujours du positif dans le négatif) : permettre au RN d’accéder au pouvoir, de se frotter aux réalités et au bout du compte, de démontrer son incompétence en matière économique avant les présidentielles de 2027, … avant que ça ne nous coûte plus cher.

Par la même occasion ils feront la démonstration que leurs principales promesses sont irréalisables, soit parce que face aux réalités elles sont impossibles à mettre en œuvre (réalités juridiques, diplomatiques, économiques), soit parce qu’elles ne sont raisonnablement pas finançables (sauf à conduire le pays sur le chemin du défaut de paiement). Comme disait Pasqua, « les promesses n’engageant que ceux qui y croient ».

Ils trouveront bien sûr tout un tas de raisons pour dire qu’ils ont été empêchés (par le président, par l’Europe, par les marchés financiers, par le climat, … par la prochaine pandémie et en espérant que ce ne soit pas par la guerre), mais au final, les électeurs comprendront peut-être, dernières preuves à l’appui (les rappels historiques et exemples récents n’y suffisant malheureusement pas) que le nationalisme ne peut mener qu’à l’appauvrissement, … sans pour autant offrir une meilleure sécurité (sur tous les plans). Nous pourrons alors espérer être débarrassé de l’extrême droite pour quelques décennies.

Quant à la raison « officielle », plus raisonnable, celle de remotiver et rassembler les « les électeurs centristes » (proches de l’ADN Macroniste) pour qu’ils s’opposent au RN, et pire encore à LFI, je n’y crois pas trop. D’abord parce ce que ces centristes sont trop divisés, ensuite parce que c’est la personnalité même de Macron qui est rejetée par ces électeurs déçus, déroutés, plus que Renaissance et ses alliés.

Entre « front national » et « front populaire », ne reste-t ’il pas quelques raisons d’espérer mieux ? Ne perdons pas de vue que les scores des européennes ne représentent que l’expression de la moitié des électeurs inscrits. L’autre moitié se réveillera-t ’elle à temps ?

Quoiqu’il en soit, je suis quand même de ceux qui pensent que le président tente un coup de poker à haut risque (il fait tapis … avec notre argent quand même !). Je présume que rien ne se passera comme chacun tente de le prévoir, si ce n’est que d’une manière ou d’une autre, … ça va être pendant trois ans au moins, … le « chaos politique » ! Il était déjà bien entamé et n’aurait pas tardé à éclater de toute façon, me direz-vous. Vraisemblablement avant la fin de l’année (sur une dispute sur le vote du budget 2025 par exemple).

La première conséquence de cette instabilité politique (avec la possible remise en cause de certaines réformes économiquement nécessaires dont celle des retraites si une majorité NUPES ou RN se dessine), sera à n’en pas douter une nouvelle dégradation de la note de crédit de la France, qui cette fois-ci sera suivie d’une hausse de notre taux d’emprunt sur les marchés financiers (qui d’inférieur, pourrait passer à supérieur de celui de l’Italie). Ce n’est pas la voie du redressement de nos finances publiques, sachant de surcroit que les rentrées fiscales vont se réduire avec le ralentissement économique qui ne manquera pas de suivre (les entreprises pour qui « instabilité politique » signifie « insécurité fiscale et sociale », vont geler ou retarder leurs investissements, avec des conséquences quasi-immédiates sur les emplois et les revenus tous azimuts).

Mais ne soyons pas alarmistes. Il y a toujours pire !

Scénario : Les nationalistes au pouvoir se débrouillent pour « casser notre démocratie » et finissent par s’octroyer les pleins pouvoirs (Allemagne d’avant-guerre, Russie d’aujourd’hui, Inde de demain, les exemples ne manquent pas et ne manqueront pas).

Pour en arriver là il faudra la déconfiture préalable de l’Europe (qui à ce jour nous protège encore des dictatures nationales). Ceci dit en passant, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi, au regard de l’importance et du nombre de protections qu’elle nous offre (économique, consommation, santé, libertés, militaires bientôt), cette Union Européenne est tant critiquée. Sans doute faut-il y voir un manque d’information et de pédagogie, trop de désinformation aussi (les grandes puissances concurrentes ont tout intérêt à l’affaiblir, voire à la désintégrer).

Mais je ne connais rien, absolument rien qui soit définitivement garanti. D’autant qu’il est bien plus facile de détruire un système démocratique que de le construire.

Dans ce cas, pour oser dire et surtout écrire ce que je pense, il me faudra m’attendre à ce que l’on vienne frapper à ma porte pour m’embarquer en « camp de redressement idéologique » !

HEPAD, Goulag ou camp de concentration, à la différence du club Med, rares sont ceux qui y vont volontairement.


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.