15 juin 2024

idéologie et économie ne font pas bon ménage

Peu de doute (de mon point de vue), le RN est bien parti pour avoir la majorité à l’assemblée nationale (peut-être pas absolue, mais au moins relative ce qui selon l’usage républicain, force le président à choisir son 1er ministre parmi le candidat proposé par ce groupe).

La première inquiétude des économistes (et la mienne) est de savoir s’ils vont ou non mettre leur programme en œuvre. Quelles mesures abandonneront-ils et quelles nuances apporteront-ils à celles maintenues ?

Je les ai surtout entendu parler d’augmentation des dépenses (retraites, salaires, services publiques, santé, sécurité) et de baisse de certaines recettes (charges sociales et TVA), sans parler de l’abrogation/refonte de la réforme des retraites (plusieurs dizaines de Mds) et d’autres dépenses délirantes comme la privatisation des autoroutes (rupture anticipée de contrats savamment ficelés et négociés par les gérants actuels, qui d’après certains économistes nous couterait une bonne centaine de Mds … rien que ça ). Il me semble qu’ils ont abandonné l’idée, … mais ils l’ont quand même eu. Idem pour la retraite à 60 ans sur laquelle ils reviennent. Ces deux seuls exemples démontrent leur incurie, pour ne pas dire leurs errances en matière économique qui ne parait pas être leur première préoccupation, celle-ci étant surtout d’arriver au pouvoir.

Mais qu’en est’ il des recettes ? Comment financeront ‘ils leur programme couteux ? À part quelques bredouillages sur des recettes imaginaires, à partir de données invérifiables et quelques projections farfelues, rien ne parait tenir la route.

Pour plus de détails et d’explications (chiffrées), cet interview d’un professeur en économie qui conforte ce que j’avais déjà en tête (et évoquais rapidement dans mon précédent billet sur la dissolution surprise et les conséquences de l’arrivée au pouvoir de l’une des deux extrêmes) :

Si le programme économique du RN n'est pas changé, il est susceptible de mener la France à la ruine !

Ecorama La Grande Interview 13/06/2024 - Philippe Trainar, professeur au Cnam et membre du Cercle des Économistes

Ce que dit ce professeur, en substance : 100 Mds de dépenses supplémentaires contre 10 Mds au max de recettes nouvelles. Ces dernières chiffées par le RN à 15 Mds de récupération à la fraude fiscale (ils n’atteindraient pas plus de 3 Mds, avec de la chance) et 15 Mds d’économies en prestations sociales (ce sera 7 Mds max d’après l’économiste).

Je sais que ces propos ne convaincront pas les plus entêtés des convaincus, mais au moins qu’ils s’attendent, que nous nous attendions, à ce qui peut nous arriver si un parti extrémiste arrive au pouvoir, le RN dans le propos, mais encore pire serait LFI.

Pourquoi pire serait l’arrivée de LFI ? Parce qu’au surplus d’avoir un programme économique tout aussi délirant que celui du RN, ils n’ont pas le pragmatisme présumé de ces derniers (« présumé » au regard des autres partis Européens d’extrême droite ayant déjà pris le pouvoir), et risquent donc de vouloir l’appliquer envers et contre tous, notamment les marchés financiers qui nous financent.

Avec le RN nous avons une petite chance qu’ils « oublient » toutes leurs promesses ruineuses une fois en charge (ce que l’on pourrait appeler le « Melonisme », même s’il y a de nombreuses différences idéologiques entre le parti de Meloni et celui de Baredella/LePen).

Autres sources de recettes ?

  • Redémarrage de l’économie (plus d’affaires, plus de retour fiscal) ? … Elle a bien été « redémarrée » après Hollande. Macron l’a réellement boostée (quoiqu’en disent ses détracteurs) et dans l’environnement mondial actuel, on ne pourra guère faire mieux !
  • Taxer les surprofits des grandes entreprises ? … Déjà tenté, … et impossible à mettre en place ! Solution qui ne peut être envisagée qu’à l’échelle internationale (s’entend grandes économies occidentales). Ce n’est pas pour demain !

Si ces « nouvelles pistes » ne donnent rien, ne restera que deux sources « traditionnelles » :

  • Augmenter les impôts, avec par exemple le retour à l’ISF (élargissement de l’assiette et augmentation de son taux). Une proposition démagogique à double effet psychologique : faire plaisir aux jaloux et effrayer entreprises et nantis, sans véritable impact budgétaire (1 à 3 Mds max, soit une goutte d’eau au budget). Encore et toujours « taper sur les riches » (la petite minorité qui participe déjà à hauteur de 80% de l’impôt sur le revenu) et les entreprises. Tenu compte de notre record mondial en matière de pression fiscale, sûr que les premiers se barreront et que les seconds lèveront le pied !
  • Creuser la dette ! … Avec de « l’argent magique » ?

N’en déplaise aux idéalistes, tout passe par l’économie. Seule une économie forte dans une Europe forte pour ce qui nous concerne, peut apporter les moyens financiers nécessaires aux aspirations légitimes de tous.

Aucune avancée sociale, aucune sécurité efficace, aucune protection du pouvoir d’achat ne sont possibles sans argent. Il y a « l’argent gagné » par l’économie et « l’argent magique » qui n’est que de la dette (certes précédemment contractée à taux très bas) qu’il faut rembourser (expliquant en partie notre déficit public tant décrié, mais ne l’oublions pas, qui a mis fin au « soulèvement des gilets jaunes » et sauvé entreprises et emplois lors de la crise sanitaire).

Si un pays peut s’endetter indéfiniment (un pays ne meurt jamais), il ne peut le faire, sans prêteur bien évidement, mais aussi au-delà de ses capacités de remboursement, comme pour un particulier ou une entreprise (projection recettes/dépenses futures), mais à l’échelle d’un État et tenu compte de ses forces et faiblesses économiques (dont celles à l’international). En plus de la fiabilité de la signature de l’emprunteur (capital confiance), c’est ce qu’analysent les prêteurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, au travers de la faisabilité, la cohérence et la viabilité dans le temps des projets politiques. Économiquement parlant, ceux du LFI et du FN ne tiennent pas la route.

Le problème de fond est que la majorité qui s’est exprimé aux européennes, cédant au chant des sirènes promettant un monde meilleur, voit le capitalisme international comme un mal (alors qu’il s’agit au mieux d’une opportunité pour se développer, et au pire d’une incontournable nécessité) et l’Union Européenne comme une entrave au développement (alors que c'est très exactement le contraire, en plus de l’aide et de la protection qu’elle apporte à ses membres). Les partis politiques soutenant un tel prisme d’inversion de la réalité, ne peuvent avoir de programmes sociaux économiques viables.

Reste encore un espoir pour que le RN aux manettes et le pays s’en sortent : la « Melonisation » du pouvoir !

Ils reviennent sur toutes leurs mesures aussi populaires que coûteuses, restent libéraux et n’augmentent pas la charge fiscale (particuliers comme entreprises).

Ils ne conservent que les mesures les plus attendues par la majorité des citoyens, dont ceux qui n’ont pas voté RN (comme moi) : l’affirmation de laïcité dans notre république (exit les pratiques culturelles trop éloignées des nôtres, qui de surcroit cherchent à s’imposer), le rétablissement de l’ordre public et du respect de ceux qui en ont la charge, un système judiciaire plus efficace, moins tolérant face à la petite délinquance et aux incivilités ordinaires, sans les lunettes bisounours qu’il porte depuis les années 70-85 (sur la lancée de l’école de la « défense sociale nouvelle »). De mon point de vue (et de bien d’autres), la sécurité se traite en deux temps : l’urgence avec la mise à l’écart, la punition et le caractère exemplaire qu'elle doit avoir (largement remisé avec les bisounours) et le temps long qui s’occupe des sources du problème (éduction, structures sociales, politique de quartier, … et bien sûr une économie en bonne santé, apte à créer de l’emploi et aider ceux qui sont pris au piège de la misère).

Nombre de votants pour le RN seront déçus (mais toujours « convaincus »), mais les économistes seront rassurés. C’est pour l’instant ce qui explique le calme relatif des marchés financiers (un peu nerveux, mais pas encore affolés).

Mme MELONI (extrême droite) a jeté à la poubelle toutes ses principales promesses de campagne une fois élue à la tête de l’Italie, … et n’a pas pour autant perdu de voix aux dernières élections (je crois même qu’elle en a gagnées).

Avant elle il y eu Mr TSIPRAS, premier ministre Grecque (gauche radicale cette fois-ci), qui pour sortir de la crise de la dette de son pays (2010-2015) n’eut d’autre choix que se plier aux exigences de l’UE et du FMI en abandonnant toutes ses promesses électorales. Pour les Grecques, ce fût la chute du pouvoir d’achat et des coupes franches dans les retraites, tout le contraire de ce qu’attendaient ceux qui l’avaient porté au pouvoir. Aujourd’hui, le pays s’en remet à peine.

Voilà pour l’aspect purement économique.

En reste un autre qui n’est pas à négliger : la réaction de la rue, celle d’une extrême déçue face à une autre !

A une époque où débattre d’opinions opposées n’est qu’un souvenir, où les minorités n’acceptent plus le choix de la majorité, où violence et passion remplacent logique et argumentation. Tout ceci sans compter les actions en sous-mains de certains pays qui partout dans le monde combattent la démocratie (ennemi juré des dictatures, qu’elles soient idéologiques ou religieuses) et savent comment attiser le désordre.

Les manifestations violentes et destructrices ont un coût que nous finissons toujours par payer, par de la dette et des impôts, ce qui nous ramène inévitablement à l’économie (on y revient toujours, quel que soit la manière dont on aborde la politique).

Alors Dimanche, entre deux fronts (national et populaire), faite bien votre choix. Aucun choix (ou non choix), aussi infime soit-il, ne reste sans conséquence.



@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

13 juin 2024

Argent magique

Il n’y a pas d’économie viable sans argent et les mécanismes qui le font circuler, tout comme nous ne pourrions vivre sans système sanguin. De nos jours dans un monde globalisé (que ça plaise ou non, c’est ainsi), ces mécanismes de circulation sont internationaux et aucun pays ne peut financer ses projets économiques et sociaux sans emprunter sur les marchés financiers, … également internationaux.

Plus ces marchés ont confiance, moins la dette est couteuse (comparativement aux autres emprunteurs et dans un contexte économique mondial) et mieux se porte l’économie de l’emprunteur, ce qui ne fait qu’accroitre la confiance et ainsi de suite (cercle vertueux).

Rajoutez-y la force et la garantie de l’Union Européenne, sa monnaie unique et ses propres mécanismes de financement, et vous n’obtiendrait peut-être « l’argent magique » dont pourrait avoir besoin ses membres pour financer leurs programmes économiques et sociaux.

L'argent magique c’est quoi et pourquoi ?

C’est de « l’argent pas cher » qui tombe quand on en a vraiment besoin, mais pas à n’importe quel moment ni pour n’importe quelle cause, et surtout pas pour tout le monde !

En cas d’évènement grave, exogène à la nation, telle qu’une crise financière mondiale majeure (systémique), sanitaire ou la guerre, je ne dis pas. Il s’agit de périodes exceptionnelles. Mais créer de la dette en l’absence de choc externe, simplement pour répondre à un accroissement de dépenses sociales, qui ne sont pas des dépenses structurelles (avec « retour sur investissement »), c’est irresponsable.

La « recette miracle » des « Q.E. » ou « Quantitative Easing » : c’est la forme moderne de la « planche à billets » qui entraine les mêmes effets : boost économique dans un premier temps, avec dans un deuxième temps un risque majeur de dévaluation monétaire et d’inflation galopante (les deux étant liés, et les « temps » pouvant se décompter en mois ou en années).

Schématiquement, on inonde les circuits financiers de liquidités (du crédit quasi-gratuit émis par la banque centrale, au lieu de billets, ce qui revient strictement au même), ce qui a pour effet de faire baisser les taux d’intérêts (expliquant les taux quasi-nuls de ces dernières années) et relancer les économies (expliquant que tant en Europe qu’en Amérique du Nord, elles n’ont pas sombré après les deux dernières grandes crises systémiques, celle des Subprimes de 2007/2008 et celle du Covid de 2020).

Pour l’instant, je dis bien pour l’instant (car en économie la réaction à l’action est le plus souvent « à retardement »), les liquidités abondent toujours (ce qui explique le maintien des indices boursiers) et nous sommes encore protégés de la dévaluation, en Europe grâce à l’euro (solidarité économique/monétaire), et aux USA grâce à leur puissance, plus militaire qu’économique cela dit en passant. On pourrait dire que l’euro et le dollar américain s’épaulent l’un l’autre. … Mais pour combien de temps encore ?

Ceux qui parlent « d’effacement de la dette Européenne » sans conséquence économique, sont de fieffés menteurs. Pour faire de la dette il faut des prêteurs et avant eux, de la confiance. Cette dernière ne s’acquiert qu’avec le respect des engagements (volonté de rembourser selon les termes convenus) et une économie pérenne et prospère (garantie de rembourser). C’est une règle économique et financière de base, immuable et incontournable, car l’argent n’est autre que de la confiance !

La « dette Européenne » (des institutions bancaires des pays membres, et en arrière-plan de leurs économies) n’est pas qu’une simple écriture comptable dans le grand livre de la BCE. C’est un prêt (de l’Europe aux banques nationales) à très long terme, mais à terme quand même et qui devra être soldé un jour (même si le « terme » n’est pas encore déterminé ou reportable). Les grands argentiers du monde entier regardent avec acuité la manière dont les européens contre-passeront cette écriture (remboursement ou effacement ?).

Un « effacement » signifierait « légèreté européenne » (« voilà ce que font les pays européens de leurs dettes ») et au final une grave perte de confiance en l’Union Européenne et ses membres, avec des répercussions négatives incalculables, en premier lieu sur la valorisation de l’euro par rapport aux autres monnaies (dévalorisation monétaire = inflation = chute du pouvoir d’achat avec au bout du chemin, dégradation de l’économie et du niveau de vie pour tous, à commencer par les plus démunis avec la hausse du chômage et l’assèchement des budgets sociaux).

Sans confiance, pas de prêt (à taux économiquement viable) et encore moins « d’argent magique » ! « On ne prête qu’aux riches », c’est presque ça. A l’échelle d’un pays, « on ne prête qu’à ceux qui sont déjà riches ou ont une réelle capacité de le devenir ». C’est une dure réalité qui ne date pas d’hier et à laquelle aucun pays n’échappe (seul un individu peut éventuellement y échapper, … à condition que son pays soit en capacité de l’aider, autrement dit, qu’il soit déjà riche).

Certains pays hors Europe arrivent encore à emprunter avec un « capital confiance » dégradé, mais au prix fort : celui du risque encore accepté par quelques prêteurs avides de rendement, qui font le pari de pouvoir récupérer leur mise avant les autres, juste avant que le pays ne fasse défaut (comme en bourse, « prendre le train en marche et en sauter avant qu’il ne déraille »).

Le taux d’intérêt est tellement élevé (inversement proportionnel à la confiance), que la plus grosse dépense du pays est le paiement des intérêts de la dette, effaçant toute possibilité d’atteindre l’équilibre budgétaire, avec des habitants pris au piège comme le pays lui-même, dans le cercle vicieux de l’endettement et de l’appauvrissement continus (inflation galopante, dévaluation continue de la monnaie, économie exsangue, services publics quasi-absents, corruption et inégalités sociales croissantes, en économie tout étant étroitement lié). Au final, le pays est littéralement « esclave de sa dette » (comme peuvent l’être les particuliers surendettés, accros aux micro-crédits, ayant épuisé toutes procédures possibles d'effacement).

Les contraintes budgétaires Européennes tant critiquées par les partis extrémistes, nous empêchent bien heureusement d’en arriver là. Comme la ceinture de sécurité, la contrainte est une protection (pour celui qui la porte et pour les autres qui auraient à payer les conséquences de l’imprudence).

A l’inverse il y a le contre-exemple des USA. Ce pays ne cesse de creuser sa dette … et s’en fout royalement ! … … A juste titre, puisqu’au lieu de le plomber économiquement, cela lui réussit plutôt bien … pour l’instant. C’est un cas unique, non reproductible ailleurs. Seuls les USA peuvent se le permettre, et ce pour trois raisons que je développe dans ce billet : USA et le roi dollar.

L’Europe et ses membres sont encore loin de cette situation d’exception, et ne peuvent donc creuser leur dette comme ils le souhaiteraient, à moindre coût, sans confiance et sans contreparties économiques.

Croyez-vous sincèrement que les taux auxquels la France emprunte jusqu’à présent (ce qui pourrait ne pas durer) auraient été accordés sans la garantie de l’Europe (gendarme de l’orthodoxie budgétaire) et de l’euro (stabilité monétaire assurée par l’ensemble des économies de l’union) ?

N’étant plus étonné de l’énormité de certains mensonges de politiciens en mal de popularité, comme ceux qui tentent de justifier les bienfaits d’une sortie de l’Europe et pire, celle de l’euro, je reste stupéfait qu’il y ait encore quelques naïfs prêts à croire de telles âneries (moins de 1% des votants, heureusement). Il y a néanmoins en France un réel déficit de culture économique. Là est l’une des sources du « malaise » et celui-ci ne sera pas guérit d’ici le 30 Juin !

La sortie de l’Europe, c’est la sortie de l’Euro, et celle-ci implique une dévaluation monétaire immédiate ! … Je vous laisse imaginer les conséquences, pour le pays et votre vie de tous les jours.


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

10 juin 2024

Et PAF ! … Vous l'avez voulu, vous l'aurez !

Qui pourrait maintenant encore reprocher à notre président de ne pas être un démocrate ?

« Ce que je fais ne vous plait pas ? … Alors décidez vous-mêmes ! ».

La dissolution est prévue par notre constitution et c’est sa prérogative. Rien à redire … si ce n’est quand même qu’il fait un pari risqué, que ce n’est peut-être pas le meilleur moment et que le planning est serré. Mais avouons que nous ne sommes jamais contents, que quoi que nos décideurs décident, nous trouvons toujours des raisons de le leur reprocher.

Sur le fond il faut reconnaître que la France, avec l’Europe, suit le courant nationaliste qui parcourt et secoue toutes les démocraties du monde. Certains pays Européens avaient déjà franchi le pas et d’autres y vont tout droit. Les USA semblent également sur ce chemin dangereux et en France nous ne sommes pas très éloignés du « Trumpisme » : un tiers des électeurs déroutés voulant renverser la table et les deux autres tiers regardant, effarés, toute cette agitation de mauvais augure sans trop se bouger ou trop divisés pour y mettre un terme (électoralement parlant, bien sûr). Dans ces conditions, mal barrées sont nos démocraties.

Chez nous, les électeurs modérés (de droite, de gauche et du centre) sont hésitants, peu convaincus et tout aussi divisés qu’est fragmentée la classe politique modérée qui les représentent. Ce manque d’unité d’en haut explique le manque de conviction d’en bas, et au final cette regrettable « démobilisation du juste milieu », là où se trouve généralement le bon sens.

Ne reste alors que les plus motivés à s’exprimer, dans la rue et dans les urnes, ceux qui se retrouvent et se rassurent autour d’idées simples, habilement prônées par des démagogues promettant une réponse à chacune de leurs inquiétudes. Pour l’heure et prioritairement, la sécurité et le pouvoir d’achat.

Or ces choix extrêmes, de droite comme de gauche, se traduiront inévitablement, mécaniquement, par un repli du pays sur lui-même avec des conséquences économiques désastreuses et une perte de confiance accrue sur les marchés financiers dont aucun pays ne peut se passer. Nous n’allons pas attendre longtemps pour réentendre parler de la note de crédit Française, de la dette et de son coût (les marchés financiers ne nous feront pas de cadeau, ce n’est ni leur genre, ni leur rôle). Les attentes sécuritaires seront déçues et le pouvoir d’achat ne s’améliorera pas, … bien au contraire.

Au plan Européen les extrêmes droites nationalistes restent minoritaires et sont divisées (il y a les « pros » et les « antis » Europe). Elles pourraient même faire avancer certaines décisions qui patinent, notamment en matière de contrôle et de régulation de l’immigration (problèmes qui ne pourront être réglés que dans le cadre de l’UE). Par contre, si elles deviennent majoritaires au le plan national, c’est une toute autre histoire.

Nos prochaines législatives reflèteront’ elles ce vote européen ou seront’ elles plus représentatives de la volonté générale ? J’ai bien peur que les votants aux extrêmes soient encore plus motivés et les modérés encore plus indécis et divisés.

Alors l’idée de fond que certains analystes prêtent à notre président, inavouée mais logique à y réfléchir, pourrait bien avoir un côté salvateur (en cherchant bien, on trouve toujours du positif dans le négatif) : permettre au RN d’accéder au pouvoir, de se frotter aux réalités et au bout du compte, de démontrer son incompétence en matière économique avant les présidentielles de 2027, … avant que ça ne nous coûte plus cher.

Par la même occasion ils feront la démonstration que leurs principales promesses sont irréalisables, soit parce que face aux réalités elles sont impossibles à mettre en œuvre (réalités juridiques, diplomatiques, économiques), soit parce qu’elles ne sont raisonnablement pas finançables (sauf à conduire le pays sur le chemin du défaut de paiement). Comme disait Pasqua, « les promesses n’engageant que ceux qui y croient ».

Ils trouveront bien sûr tout un tas de raisons pour dire qu’ils ont été empêchés (par le président, par l’Europe, par les marchés financiers, par le climat, … par la prochaine pandémie et en espérant que ce ne soit pas par la guerre), mais au final, les électeurs comprendront peut-être, dernières preuves à l’appui (les rappels historiques et exemples récents n’y suffisant malheureusement pas) que le nationalisme ne peut mener qu’à l’appauvrissement, … sans pour autant offrir une meilleure sécurité (sur tous les plans). Nous pourrons alors espérer être débarrassé de l’extrême droite pour quelques décennies.

Quant à la raison « officielle », plus raisonnable, celle de remotiver et rassembler les « les électeurs centristes » (proches de l’ADN Macroniste) pour qu’ils s’opposent au RN, et pire encore à LFI, je n’y crois pas trop. D’abord parce ce que ces centristes sont trop divisés, ensuite parce que c’est la personnalité même de Macron qui est rejetée par ces électeurs déçus, déroutés, plus que Renaissance et ses alliés.

Entre « front national » et « front populaire », ne reste-t ’il pas quelques raisons d’espérer mieux ? Ne perdons pas de vue que les scores des européennes ne représentent que l’expression de la moitié des électeurs inscrits. L’autre moitié se réveillera-t ’elle à temps ?

Quoiqu’il en soit, je suis quand même de ceux qui pensent que le président tente un coup de poker à haut risque (il fait tapis … avec notre argent quand même !). Je présume que rien ne se passera comme chacun tente de le prévoir, si ce n’est que d’une manière ou d’une autre, … ça va être pendant trois ans au moins, … le « chaos politique » ! Il était déjà bien entamé et n’aurait pas tardé à éclater de toute façon, me direz-vous. Vraisemblablement avant la fin de l’année (sur une dispute sur le vote du budget 2025 par exemple).

La première conséquence de cette instabilité politique (avec la possible remise en cause de certaines réformes économiquement nécessaires dont celle des retraites si une majorité NUPES ou RN se dessine), sera à n’en pas douter une nouvelle dégradation de la note de crédit de la France, qui cette fois-ci sera suivie d’une hausse de notre taux d’emprunt sur les marchés financiers (qui d’inférieur, pourrait passer à supérieur de celui de l’Italie). Ce n’est pas la voie du redressement de nos finances publiques, sachant de surcroit que les rentrées fiscales vont se réduire avec le ralentissement économique qui ne manquera pas de suivre (les entreprises pour qui « instabilité politique » signifie « insécurité fiscale et sociale », vont geler ou retarder leurs investissements, avec des conséquences quasi-immédiates sur les emplois et les revenus tous azimuts).

Mais ne soyons pas alarmistes. Il y a toujours pire !

Scénario : Les nationalistes au pouvoir se débrouillent pour « casser notre démocratie » et finissent par s’octroyer les pleins pouvoirs (Allemagne d’avant-guerre, Russie d’aujourd’hui, Inde de demain, les exemples ne manquent pas et ne manqueront pas).

Pour en arriver là il faudra la déconfiture préalable de l’Europe (qui à ce jour nous protège encore des dictatures nationales). Ceci dit en passant, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi, au regard de l’importance et du nombre de protections qu’elle nous offre (économique, consommation, santé, libertés, militaires bientôt), cette Union Européenne est tant critiquée. Sans doute faut-il y voir un manque d’information et de pédagogie, trop de désinformation aussi (les grandes puissances concurrentes ont tout intérêt à l’affaiblir, voire à la désintégrer).

Mais je ne connais rien, absolument rien qui soit définitivement garanti. D’autant qu’il est bien plus facile de détruire un système démocratique que de le construire.

Dans ce cas, pour oser dire et surtout écrire ce que je pense, il me faudra m’attendre à ce que l’on vienne frapper à ma porte pour m’embarquer en « camp de redressement idéologique » !

HEPAD, Goulag ou camp de concentration, à la différence du club Med, rares sont ceux qui y vont volontairement.


@+

Jack

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09 juin 2024

USA et le roi dollar

Un pays trop endetté est un pays qui s’affaiblit et se vassalise au profit de ses préteurs.

Mais il y en a un, un seul à ce jour, qui échappe à cette règle : les USA !

Ce pays ne cesse de creuser sa dette … et s’en fout royalement !

… A juste titre, puisqu’au lieu de le plomber économiquement, cela lui réussit plutôt bien … pour l’instant. C’est un cas unique, non reproductible ailleurs. Seuls les USA peuvent se le permettre.

Trois raisons à cela :

  1. Depuis un siècle maintenant, leur monnaie (l’USD) sert aux principales transactions internationales (à commencer par le pétrole), ce qui la qualifie pour être une « valeur refuge », d’une part en raison des réserves que les pays non US doivent faire pour commercer, même entre pays non américains, et d’autre part en raison de la stabilité que cette situation de fait lui confère.
  1. Les USA utilisent cette « hégémonie monétaire » pour faire pression sur les pays ou les entreprises qui leur déplaisent, quand, où et comme ils veulent (sanctions sur les transactions en dollars). Parmi d’autres, c’est l’une des raisons pour laquelle une grande partie du monde les déteste (personne n’aime celui qui le contraint).
  1. Leur puissance militaire dans le monde, qui outre de les mettre à l’abri d’attaque directe, leur permet de s’imposer à tous les niveaux : stratégiquement et économiquement, et par voie de conséquence, monétairement (protection contre la dévaluation). Sans compter que cette puissance militaire est productive (1er vendeur d’armes au monde, elle rapporte plus qu’elle ne coûte).

Ce qui au bout du compte ne fait pas trois, mais deux raisons : le dollar et l’armée !

Mais rien ne dure. Si aucun pays n’égale encore leur puissance militaire et monétaire, tous commencent à chercher les moyens de sortir de cette emprise : en s’armant et en commerçant de plus en plus dans une autre monnaie que le dollar (Europe et Chine pour ne parler que des grandes puissances concurrentes, pour l’instant en capacité de pouvoir y arriver dans un avenir plus ou moins proche).

Je ne suis pas anti-américain, bien au contraire. Je ne souhaite pas l’écroulement économique de ce pays d’autant plus qu’il nous entrainerait dans sa chute, mais cela n’empêche pas de rester lucide. Les bons rois sont rares et tous finissent par être déchus.


@+

Jack

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