François HOLLANDE a été le premier leader Européen à avoir osé parler de relance en pleine crise de la dette. Grossir un peu plus une dette pour la mieux la rembourser, c'est ce qu'il faut faire. Économiquement, rien de choquant, rien de contradictoire, que ce soit au niveau d'une nation, d'une entreprise ou d'un individu (une entreprise en difficulté ne pourrait pas s'en sortir sans investir dans son outil de travail, un commerçant sans renouveler son stock, un individu sans prendre sa voiture ou un billet de transport, pour aller vendre ou se vendre). Rien de plus logique donc.
C’est en en tout cas ce que je n’ai cessé d’écrire depuis que l’on parle de déficit public (cela à commencé aux USA) et de ralentissement économique (si vous lisez mes posts). Arrêtons de focaliser sur l'endettement, car sans programme de relance, l'économie ne peut que ralentir, suivant le principe “qui n'avance pas, recule”, rien en ce monde n'étant statique. L'économie ralentissant, les recettes fiscales diminueront car l'impôt a bien évidemment ses limites (d'autant qu'il est tiré de revenus eux-mêmes tirés de l'économie). Alors, tout aussi automatiquement qu'implacablement, la dette augmentera encore !
Si le poids de la fiscalité a ses limites, ce n'est pas le cas de la dette. Donc, la seule solution est de relancer “la machinerie économique”. Pour ce faire, il faut investir en elle, quitte à s'endetter encore un peu. Le meilleur exemple d'une relance réussie que j'ai en tête, est le Canada. En très bonne santé économique aujourd'hui, alors qu'il était au bord de la faillite il y a quelques décennies. Les pays Européens étant totalement imbriqués économiquement, cette relance ne peut bien sûr s'envisager qu'à ce niveau.
La solution “complémentaire” bien connue des économistes (tous les pays y ont eu recours dans l'histoire et y recourront à nouveau, plus ou moins hypocritement), à utiliser dans un deuxième temps pour rembourser la dette, de préférence quand l'économie sera relevée, c'est l'inflation. On emprunte aujourd'hui et on rembourse demain ... en monnaie de singe (j'exagère volontairement pour “l'image”). C'est la forme classique de “répudiation des dettes” que seul un État, et maintenant groupe d'États, peut se permettre (j'en parlais plus longuement dans un billet précédent). Mais qui cela gênera-t-il vraiment, demain, si l'économie est remise sur pieds ?
Bien sûr, il ne faut pas se rater (relance foireuse). L'exercice est dangereux, mais ne rien tenter l'est encore plus. Pour réussir, cette inflation doit être “volontariste” et doit bien évidemment s'accompagner d'une reprise économique effective. Sinon, c'est “l'inflation galopante”, non maîtrisée, le plongeon dans les abysses que bien des pays d'Afrique connaissent ou ont connu, certains y étant englués depuis plusieurs générations (mais ils ont d'autres soucis, moins de moyens ... et là n'est pas le sujet).
Comment croyez-vous que les amerloques s'y prennent pour relancer leur économie ? Ils ont injecté des masses phénoménales d'argent frais dans l'économie sous forme d'endettement massif, en partie caché dans un subtil jeu d'écritures de comptabilité publique. Comment rembourseront-ils ? En monnaie dévaluée par l'inflation, c'est couru d'avance et ce sera visible dans dix ou quinze ans (grosso modo, la durée d'une obligation d'État “moyenne gamme”). A ce moment là, leur économie tournera sans doute à plein régime. Pour l'instant, le DJ et le Nasdaq sont revenus à des niveaux d'avant crise et leur économie est réellement repartie, alors que la notre est en train de caler.
Ils font “tourner la planche à billets” d'une façon plus ou moins déguisée, profitant que leur monnaie est encore une référence mondiale (ce qui explique qu'elle ne dévalue pas ... encore).
C'est une solution à laquelle rechignent certains dirigeants Européens, plus pour des raisons “populistes” que par peur de louper la manœuvre, ... et c'est ce qui nous enterrent, fait plonger la bourse et m'agace (en plus de “me coûter”) chaque jour un peu plus !
Je pense qu'ils y viendront ... aux “euros-bonds”, la future “planche à billets européenne”, sous cette forme ou sous une autre. Le plus vite sera le mieux et ainsi les marchés se calmeront vraiment, avant que “la baraque Européenne” s'écroule.
Certes, l'euro complique un peu les choses, mais il a d'autres avantages, comme par exemple celui de devenir prochainement et si on s'en sort, une monnaie mondiale de référence au même titre que le dollar. Certes il y a des Grecques qui souhaiteraient bien s'en débarrasser pour enfin dévaluer leur monnaie, pour mieux exporter (quoi ? du tourisme ?) et faire fondre leurs dettes ... locales. Car tout le problème est là : leur dette est en euros et en dollars, remboursable dans ces monnaies. Or dévaluation et dette ne font bon ménage que dans une même monnaie. Leur sortie de l'euro et le retour à la drachme (suivie d'une dévaluation de 60-70%), plongerait le pays dans le chaos et pourrait le faire retourner à l'époque des colonels. Trop de Grecques manquent de culture économique de base pour le comprendre, trop de politiques Grecques leur ont menti et leur mentent encore, les seuls disant enfin la vérité n'étant maintenant plus crédibles.
La France a aussi ses politicien(e)s “eurosceptiques”, mais heureusement en moins grand nombre. Sans doute parce que nous sommes moins désespérés que les Grecques, nos citoyens n'ayant pas une meilleure culture économique qu'eux. Certains français font la relation “euro-crise”, pour déduire naïvement que se débarrasser de l'euro résoudra la crise. Ils se trompent aussi lourdement que les Grecques qui croient que leur sortie de l'Euro-groupe résoudra leurs problèmes (l'erreur était sans doute d'y être rentré en trafiquant les chiffres, mais c'est maintenant trop tard pour la réparer).
La crise mondiale qui sévit est à rechercher du coté de l'extraordinaire et rapide développement des pays “émergents” (Chine et Inde), donc de leurs besoins gigantesques en matière première et en énergie, de leurs bas salaires, des exagérations d'une consommation à crédit de notre côté (Europe et surtout USA) et des dérives de la finance mondiale. Ce n'est pas l'un ou l'autre de ces acteurs ou de ces facteurs qui est responsable, mais leur conjonction. L'euro n'y est pour pas grand-chose dans l'histoire, si ce n'est qu'il rend moins réactif les décideurs européens (les pays ne peuvent pas dévaluer leur monnaie individuellement, et pour le faire collectivement, il faut s'entendre).
Ha le Sarko avec son obsession de cette quasi-inutile “règle d'or” et rien d'autre à proposer. On peut s'engager par écrit, jurer devant la bible et même se tatouer sur le front “je ne m'endetterai plus”, mais si les choses vont mal, on cherchera à nouveau à emprunter et on contournera “la règle”. “J'voulais pas, mais j'peux pas faire autrement” ou alors, “ha oui, mais là c’est pas pareil”. Donc la “règle d'or” (si chère aux protocolaires Allemands) ne rime à rien si ce n'est qu'à essayer de rassurer “les marchés”. Mais comme ceux-ci sont très réalistes, l'effet fut nul, est nul et sera nul. Seul l'homme de la rue pourrait être bluffé (une annonce “populiste” de plus !).
Tournons la page et souhaitons bonne vie à Nicolas, qui j'espère pour lui, doit savourer en famille des vacances méritées (oui, quand même). Ce n'est pas parce que je l'ai désavoué, plus “économiquement et fiscalement” que “politiquement”, que je ne reconnais pas qu'il ait fait des efforts (vains) et donné de sa personne.
Souhaitons à François, et surtout à nous-mêmes, que les décideurs européens fassent un bon accueil à ses propositions, du soutien et des compétences de l'équipe qui l'entourera, car elle va avoir beaucoup de travail et de nombreux défis à relever. Personnellement, j'ose y croire.
Souhaitons talent, clairvoyance et créativité aux économistes qui conseillent nos dirigeants, souhaitons-nous à tous, que ça marche !
@+
Jack