13 mai 2012

De droite à gauche (présidentielles)

A ceux qui s’étonnent que j’ai pu voter "à gauche" (le traitre, le faux-frère), comme à ceux qui me cataloguaient comme un indécrottable "suppôt de la droite libérale capitaliste" : OUI j'ai voté Hollande ... Et même pas mal ! ... Pas encore en tout cas.
Comme quoi, mes opinions ne sont pas scellées dans le marbre.

Chacun a ses petits principes, ses petites "règles de conduite". L’une des miennes : ne jamais prêter serment à une personne, une organisation ou à une institution, plutôt qu'à une idée ou à un concept. Le jour où je prendrai la carte d’un parti, ce sera celle d'en rire.

A la différence d'un grand nombre de personnes nées dans les années 25 à 40, surtout par ici (au soleil), je ne suis pas un traumatisé du "front populaire", du communisme à la Staline ou à la Mao (dés qu’on leur parle "socialistes", faut qu'ils voient "rouge vif"). Les choses ont beaucoup évoluées depuis l’époque de Marchais. La droite s’est fortement "gauchisée" et la gauche "droitisée", devenue beaucoup plus réaliste.

Je ne fais pas non plus partie des inconditionnels, qui quelque soient les propositions ou les changements économiques et politiques environnants, voteront toujours à droite ou à gauche, quoiqu'il arrive, car ils ne votent pas pour des idées, mais pour une étiquette. Pour eux, on ne peut rien. Difficile de faire changer d'avis un automate.

Sauf à perdre la boule, je ne voterai jamais aux extrêmes (parce que je ne suis pas un "extrémiste"), ni même pour "protester" (ce n'est pas anodin, mais au contraire très dangereux pour la démocratie).
Mes opinions ont toujours été plutôt au centre, là ou s'expriment les idées et les propositions modérées. « Centre droit » il est vrai, mais cette fois-ci je n'ai pas trop hésité à "passer de l'autre côté" ("de la force" ... qui gouverne notre démocratie). Pas par conviction idéologique profonde (pour peu que j'en ai en matière politique), mais pas par hasard non plus, ni émotionnellement. Ni même par dépit ("les déçus' du Sakozysme, même si à l'évidence j'en suis un).

Et vous ? Avez-vous analysé précisément, objectivement, les raisons qui vous ont poussées à faire tel out tel choix ?
 
Voici les miennes.

Une petite revue de détail qui aura peut-être l'intérêt de faire le point sur les promesses que j'ai comprises de la part du nouvel élu :

La raison principale est bien sûr, comme je l'ai déjà expliqué dans mon billet précédent, que François ait été le seul à avoir osé parler de relance économique en pleine crise de la dette (seule solution pour arriver à la rembourser un jour et avant qu'elle ne se creuse encore plus), qu’il n’était pas question que je vote pour Nicolas qui n'avait que cette "règle d'or" à la c.. à proposer (vaine promesse qui ne convaincra que les crédules, certainement pas les marchés financiers et les économistes), mais surtout pour les raisons expliquées dans un autre billet publié en Février (l'insécurité fiscale qu'il a instaurée).
J'ai aussi voté "pour l'homme". Alors qu’il ne m’inspirait pas spécialement, il m’est apparu particulièrement intelligent dans cette campagne et surtout beaucoup plus posé que "l’autre bluffeur", qui de "dynamique", ... est passé à carrément "agité". Et dire qu’il ne s’est pas gêné de refaire, une fois de plus, des promesses(*) de baisses fiscales comme dans sa précédente campagne de 2007 ! Le croire une première fois c’est se faire berner, mais le croire une seconde fois c’est être couillon.
(*) sur le fait que la crise soit entre temps passée par là, je me suis là aussi déjà expliqué : on invente de nouveaux impôts mais on ne remet pas en cause ses promesses fiscales, ni la fiscalité de l'épargne de long terme, ce qui sape la confiance et risque de la décourager.
 
Il n’a pas fait de véritable alliance avec EvaPasJolie (quelques petites promesses peu engageantes, tout au plus). Je ne suis pas anti-écologie, mais franchement contre les gens bornés qui sont dans l'exagération. "On affaiblit toujours ce que l’on exagère" (JF Laharpe). Aucune alliance non plus avec MelanCon (en plus de concepts dépassés, comme de la haine dans ses propos, voire un petit air de dictateur, ... non ?).

Au contraire de ce que Nicolas a vainement et honteusement essayé de nous faire avaler, il n’y a pas dans le plan de François (et il l’a on ne peut plus clairement confirmé dans le débat) d’abandon de notre indépendance énergétique nucléaire (1 seule vieille centrale, qui effectivement risquerait ne nous coûter plus cher en remise en état et la seule sur une zone sismique à risque (certes faible, mais non négligeable quand même).

Quant à envisager l'abandon du nucléaire un jour, cela tombe sous le sens. Le nucléaire n'est pas une source énergique pérenne (le minerai d'uranium est une ressource limitée et le problème des déchets n'est pas vraiment résolu), mais "d'attente" de mieux, comme le sera sans doute la fusion nucléaire (un peu d'H2O, et surtout de H comme carburant de départ, zéro pollution, zéro déchet). Les recherches en cours devraient à mon avis donner des résultats exploitables dans 25 ou 30 ans, soit l'échéance annoncée pour l'abandon. Par ailleurs, il ne s'agit que "d'envisager", ce qui veut dire "si on peut le faire", à savoir si la nouvelle source énergétique de remplacement est au point et opérationnelle. Quoiqu'il en soit et réélections obligent, on reverra la question dans cinq ans.

L'immigration ! Ha le sujet "sensible" que voilà. Le projet socialiste ne prévoit pas une immigration massive comme on a aussi essayé de le faire croire à droite. François nous a affirmé qu'il ne changerait rien, c’est tout. Il a également promis (c'est du moins ce que j'ai entendu dans le débat), qu’il ne régulariserait pas les "irréguliers".

Le vote des étrangers non européens (pour eux, c'est déjà le cas, comme chez nos voisins) aux élections locales : c'est là le seul point que je n'approuve pas (pour les raisons évoquées par Nicolas, et clairement exposée dans le débat). Je tiens aux principes républicains et laïcs qui fondent notre nation, et même l'Europe. Je ne souhaiterais pas prendre le moindre risque à ce qu'une petite minorité très active et agissante s'empare de certains conseils municipaux, notamment autour des banlieues à forte population musulmane (je n’ai rien contre elle, mais beaucoup contre tous ceux qui veulent mêler politique et religion, comme les prêcheurs de cette confession). Mais François nous a bien fait comprendre qu'il ne passerait pas la mesure en force, se doutant bien que la majorité des français y est opposée (il a même parlé de référendum sur la question). Je n'ai pas d'inquiétude sur ce point : la proposition ne passera pas.  

Aucune des autres propositions socialistes ne m’inquiète. Maintenant, surtout en politique, personne n'est à l'abri de se faire berner plusieurs fois de suite. Cela m'est arrivé il y a cinq ans, cela peut m'arriver cette fois-ci. Si c'est le cas, j'aurais au moins la satisfaction que ce ne soit pas avec le même menteur.
 
Par contre, dans les propositions UMP, à part quelques conneries pour rassurer le retraité moyen qui n’a pas suivi le fil de l’histoire et une reprise des idées du FN (agiter et exagérer les vielles peurs, une technique ancestrale de persuasion pour rallier les foules inquiètes), il n’y avait pratiquement rien !

Ce qui fait également peur aux français "viscéralement anti-gauche" (en plus de leurs mauvais souvenirs), c’est la fiscalité. A moins de se situer dans la tranche des 75% (je ne pense pas que beaucoup d'entre vous y soient), ce qui ne touchera que les très hauts revenus et ils ne représentent pas grand monde (au contraire de la recette fiscale), leur imposition n’augmentera pas plus qu’elle n’aurait augmentée avec "l’autre" (même en tenant compte de la crise). J’ose même avancer qu’avec Nicolas elle aurait été plus forte pour les revenus moyens (historiquement les plus touchés, quelque soit la tendance au pouvoir) en raison du transfert de charge État-Régions (il n’y a pas que l’impôt sur le revenu, la fiscalité immobilière étant déjà très forte).

La deuxième banalité, c’est "la fuite des capitaux" (dont un pays a évidemment besoin). Ce qui a changé et change très rapidement dans le monde (le bon côté de la crise), c’est que la charge fiscale de tous les pays occidentaux augmente (Amérique du Nord incluse) et que parallèlement, pour cause, ils commencent à se mettre d'accord pour faire la chasse aux paradis fiscaux. Dans un proche avenir, où vont bien pouvoir aller ces capitaux ?
En Chine ? Au Pakistan ? En Arabie Saoudite ou mieux, en Syrie ?

Quant à la peur de "l’assistanat" qui effraye tant nos retraités qui ont travaillé dur toute leur vie, dans une société de plein emploi qui appartient maintenant au passé (dans tous les pays industrialisés), rien ne changera. Même un gouvernement très à droite est obligé de "redistribuer", non pas par "charité" ou bonté d'âme, mais par pure logique de paix sociale (risques de troubles) et économique (cycle "production-revenus-consommation"). Là c’est plus long à expliquer (voir mon post sur "le revenu de base").

Par ailleurs, au-delà des grandes idées, chacun vote aussi en fonction de ses "intérêts personnels", chacun voit midi à son horloge : ne tirant mes revenus que de la bourse (quoique bien insignifiants en ce moment), j’ai tout intérêt à ce que mes PV (prochaines ... j’espère), soit intégrées au barème de l’IR (revenus du capital intégrés au revenus du travail). Actuellement c’est du 40% à partir du 1er euro, sans aucune possibilité de déduction ("habitation" ou autres réductions d’impôts habituellement possibles sur les revenus du travail, pensions et autre) et cela aurait augmenté avec Nicolas. Ce dernier prévoyait un alourdissement de la fiscalité des revenus de valeurs mobilières sans changement de catégorie d'imposition fiscale, en plus d'une taxe sur les transactions (en fait, le retour de "l'impôt bourse"), qu'il souhaitait instaurer en France, avant que l'Europe ne le décide à son échelle, … juste pour "donner l'exemple" ... motif économiquement aberrant. Au niveau d'un seul pays, une telle taxe sur des flux financiers qui par nature ne connaissent pas les frontières, aurait été catastrophique. Voilà bien un risque réel et immédiat de fuite de capitaux !

Maintenant, on jugera sur pièce, que ce soit l’un ou l’autre ne changera pas grand-chose, la France étant maintenant « liée » avec l’Europe et c’est bien ça qui me plait. Je suis beaucoup plus Européen que Français, et je le revendique haut et fort !
 
D'ailleurs, au lendemain de l'élection, Lundi 7, les marchés n’ont baissé qu'en raison du résultat électoral de la Grèce (et cela continue), confirmant que c'est bien plus la politique Européenne qui est surveillée dans le monde que le choix des français entre centre-droite et centre-gauche (un résultat FN aurait bien sûr impacté les marchés très significativement, très négativement, pour ne pas dire catastrophiquement).

Il est fortement probable qu’aux législatives je retourne à droite. Non pas pour faire plaisir aux Sarkoziens convaincus, mais parce que j’aime les "contre-pouvoirs" et qu’il est certain qu’il ne faut pas laisser la bride sur le cou à celui qui va se mettre en place.
Tout va dépendre des choix dans la composition du gouvernement ... et bien sûr des "figures locales" qui se présenteront.

 
@+
Jack 
Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.