21 juin 2015

Expérience et emploi

Que vaut l’expérience sur le marché de l’emploi ?

Soyons réaliste : l’expérience est avantageusement remplacée par des connaissances universitaires toutes fraiches, un gars motivé, moins bien payé et surtout, bien plus malléable.
Étant retourné à la FAC à 42 ans et ressorti à 45 avec une maîtrise en droit des affaires, même des connaissances universitaires fraiches adossées à de l’expérience, ne faisaient pas le poids face à la « malléabilité », au formatage d’entreprise possible chez un jeune de 25 ans, fut-il sans expérience. Il faut ensuite prendre en compte « la durée d’amortissement » de « la recrue ». 25-60 et 45-60, c’est du simple au double.

Traiterait-on les gens comme du mobilier ! Presque. Mon excellent prof de droit commercial nous disait que l’homme était passé du statut « d’individu » à celui « d’unité de compte ». Désolé, mais il faut se rendre à l’évidence.

En fait, l’expérience serait bien prise en compte si le coût du travail était moins élevé. La malléabilité en est l’une des composantes (tout se chiffre) ... tout comme notre code du travail (et oui). Encore une fois, ce que les syndicats voient comme une rétrogradation sociale et au contraire une avancée (là ce n’est plus la malléabilité de l’individu, mais celle de l’emploi).

A trop vouloir protéger, on déprotège. C’est un peu comme cette loi imbécile qui surprotège l’emploi des plus de 50 ans. Pas étonnant qu’un employeur ne soit pas trop intéressé par « l’expérience » !
D’un autre côté, à la vitesse où les technologies avancent, que tout à tendance à s’automatiser, que peut bien valoir l’expérience ? Pas grand-chose au final. ... Ce qui ne veut pas dire « rien », mais plus aussi nécessaire qu’avant. L’entreprise peut s’en passer.

Ayant été employeur avant de me retrouver de l’autre côté, à rechercher un poste salarié, j’en avais honnêtement déduis qu’à leur place j’aurais fait les mêmes choix.

Les employeurs peuvent être humanistes, mais pas au détriment de leur rentabilité. Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, la majorité des employeurs ne cherchent pas à se remplir les poches vite fait, mais à pérenniser leur boite face à la concurrence.

Quant aux entreprises qui ont dépassées la « taille humaine », ces gigantesques transnationales (improprement appelées “multinationales”), elles sont dirigées par un conseil d’administration représentant des actionnaires (ayant le même objectif bien compris que leur entreprise : être rentable). Mais les administrateurs de ces conseils se font éjectés encore plus rapidement que les salariés s’ils ne vont pas dans le sens de la recherche du profit. Le salarié lambda écœuré de tant de débauche financière, oubli qu’il est lui aussi l’un de ces actionnaires au travers de ses placements dont il attend lui aussi le meilleur profit.

En fait, plus personne ne maîtrise totalement notre système économique, déjà déshumanisé. Par contre, ces systèmes, cette recherche de rentabilité, de profits, doit être encadrée par l’État ou des instances administratives indépendantes. Il ne faut pas non plus oublier que ces entreprises et leurs conseils d’administration, ont un supérieur : le consommateur (bon d’accord, faudrait lui apprendre à être un peu moins benêt, à avoir l’esprit plus critique et être plus exigeant. Internet y contribue).

Il n’en reste pas moins que le système est encore beaucoup trop inégalitaire pour pouvoir encore fonctionner ainsi bien longtemps. Il est urgent de trouver une autre forme de fonctionnement de nos sociétés. Je crois que la réflexion est sérieusement en cours, car le chômage et les revenus de substitution, qui sont déjà un vrai casse-tête, vont devenir impossibles à gérer dans les vingt ans qui viennent.

J’écrivais au sujet du « revenu de base » que laisser croire aux gens que le chômage pourrait se résorber un jour, était une monstrueuse hypocrisie politique. Je parlais de l’automatisation et ne pensais à l’époque, qu’aux industries lourdes (écrivant que quelques ingénieurs de plus pour surveiller des robots, ne pourrait jamais remplacer les milliers d’emplois perdus sur les chaines de montage). Depuis les choses se sont encore accélérées. On a commencé à voir les services comme ceux de la banque, s’automatiser. Dernièrement j’ai lu que les professions de juristes, comme la dernière que j’ai exercée, commençaient à s’automatiser (services grand public) !

Plus fort : un économiste informaticien a écrit il y a un moins d’un an, que toute tâche humaine qui peut se répétée ne serait-ce qu’une fois, est automatisable. Je crois qu’il a raison et que c’est bien la direction que nous prenons. Le premier atelier du monde qu’était la Chine, est en train de s’automatiser à tout va, bien plus vite que nous (pays Européens et d’Amérique du Nord).

Mais n’est-ce pas l’objectif premier de l’automatisation : faciliter de labeur de l’homme pour qu’il se consacre à autre chose que de travailler bêtement comme une bête de somme, augmenter les richesses en quantité et en qualité, éradiquer la faim et la misère dans le monde ?
Reste bien sûr le problème de la juste redistribution de ces richesses produites. C’est un impératif pour la survie de nos sociétés démocratiques.
  
Je pense que la valeur « travail-argent » comme l’entendait nos pères et ancêtres, ne sera plus la valeur de référence au 22ième siècle, peut-être avant (une régulation et une stabilisation des échanges économiques internationaux est un préalable).

@+
Jack

14 juin 2015

Syndicalisme et lobbying

Plus dogmatique qu’un délégué syndical de la CGT ou de FO, est-ce bien possible ?

Si « patrons tous pourris » n’est pas l’un de leur dogme, je ne m’y connais pas en dogmes. C’est pourtant la première raison, si ce n’est la seule, qui fait que je sois athée (à ne pas confondre avec agnostique) et me méfie des religions, quelles qu’elles soient.

Il y a des « pourris » dans tous les groupes, toutes les cultures, toutes les classes sociales, de toutes les couleurs et de toutes les nationalités. Celui qui bourlingue un peu à travers le monde et s’intéresse de prés aux gens (plus qu’aux monuments), discute avec eux, même et d’autant plus s’ils ne sont pas issus des mêmes « couches sociales » (à ce titre, l’armée des conscrits était une très bonne école d’apprentissage et de communication), de la même culture et nationalités, le savent très bien.

Malheureusement, tant que l’on n’aura pas trouvé un vaccin contre la connerie, la jalousie, la frime, la haine de celui qui est différent ou pense différemment, on ne se débarrassera pas de ces êtres mal intentionnés (quelque soit le milieu).
Quoiqu’il en soit, personne n’a la recette pour une société parfaite et pouvoir en discuter librement, démontre au moins qu’il y a bien pire que la notre.

SYNDICATS :

Pour la petite histoire, j’ai été conseiller prud’homal pendant plus de 15 ans. C’est un tribunal paritaire. En tant que représentant « employeur » j’étais donc régulièrement en contact avec les représentants « salariés » (membres actifs et catapultés par les différents syndicats, dont la CGT et FO). Nous arrivions toujours à trouver le bon compromis pour nous mettre d’accord sur la finalité, celle de rendre un jugement (dans toutes les instances auxquelles j’ai participé, les « partages » nécessitant l’intervention d’un juge départiteur ont été très rares). Il nous arrivait plus souvent qu’on pourrait le croire, d’être immédiatement d’accord (sans avoir à en discuter longtemps) et j’ai un très bon souvenir, sur le plan moral et humain de ces personnes. Pas sûr que j’aurais pu discuter avec elles librement dans l’une de leur manif.

Il m’arrive souvent de penser que ce n’est pas les idées qui séparent les hommes, mais leur engagement vis-à-vis d’un groupe, de leur appartenance à tel ou tel organisme, telle ou telle confrérie, raison pour laquelle je ne ferais jamais parti de l’une d’elle. Pour prendre un exemple extrême, je pense (l’idée n’est pas de moi) que certaines exactions commises en 39-45 par les membres nazis, n’ont très souvent tenues qu’à un simple serment.

Citation pour l’occasion :
"Les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un." (Charles Mackay)

Je trouve important de rester libre penseur, honnête dans ses idées, non pas qu’envers les autres mais encore et surtout envers soi-même.
Pour bien comprendre un système social et savoir dans quelle mesure il est réformable, il faut s’analyser soi-même ainsi que notre façon personnelle de participer à ce système. Si on le fait sans la moindre hypocrisie, on s’aperçoit que nous sommes tous, à notre niveau, dans une logique de défense de nos propres intérêts. Pourquoi donc le reprocher à ceux qui ont plus ?
Il est dans la nature humaine de défendre ses intérêts, seul ou en se regroupant, des pauvres comme des riches.

LOBBYING :

Définition (Wikipédia) :  
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lobby
« Un lobby (ou un groupe d'intérêt, un groupe de pression ou encore groupe d'influence, plus traditionnellement un intriguant ou un réseau d'intrigues) désigne un réseau de personnes créé pour promouvoir et défendre les intérêts privés d'un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions publiques détentrices de pouvoir. Pour ce faire, il exerce une activité, le lobbying, qui consiste « à procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l'élaboration, l'application ou l'interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics »1. Ainsi, le rôle d'un lobby est « d'infléchir une norme, d'en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes » ... ».

Ce n’est donc pas réservé aux groupes industriels ou financiers. Les syndicats en sont. D’une manière ou d’une autre et sous différentes appellations, les lobbys ont toujours existés.

INÉGALITÉS :

On ne peut nier que nous sommes dans un système inégalitaire. J’ai déjà écrit par ailleurs que plus notre civilisation est inégalitaire, plus elle s’approche de son autodestruction.
Il y a un an ou deux aux USA, une pétition de milliardaires avaient demandée à l’État de les imposer plus lourdement. Cette pétition affirmait qu’il n’était pas normal qu’ils soient aussi riches et que d’autres aussi pauvres. Je reviens assez souvent sur le sujet (intolérables écarts dans la redistribution des richesses, sur le plan moral bien sûr, mais aussi extrêmement dangereux pour l’équilibre mondial).

Mais le problème ne se résoudra pas parce que quelques’uns se dépouilleront (et certains le font réellement) pour aider les plus démunis. Les choses n’iront pas mieux, si ce n’est que très localement et éphémèrement. C’est le système en son entier, son mode de fonctionnement qu’il faut changer ! Mais comment ?

Je passe ma journée à m’intéresser aux transactions financières et l’économie qui les sous-tendent, à lire des théories et des propositions de solutions pour résoudre telle ou telle crise, et pas que celle de notre pays. Une fois écartées les plus farfelues, toutes les théories sérieuses sont plus contradictoires que complémentaires, et pourtant elles sont toutes logiques et tiennent la route. Le seul problème, c’est le détail et notamment la nature humaine par essence imprévisible, qui fera qu’on ne pourra jamais affirmer qu’une solution marchera mieux qu’une autre. Or l’imprévisibilité de la nature humaine est justement toute sa richesse.

SOLUTION ?

Il y a de nombreuses années (années 70), alors que j’étais étudiant et que mes idées étaient beaucoup plus libérales que maintenant (n’étant pas dans la vie active, je n’avais pas conscience de l’ampleur des excès et déséquilibre d’une économie non régulée), j’avais discuté avec un autre étudiant qui lui était très à gauche, engagé même (parti trotskiste, il me semble).
Il était intelligent, non agressif et savait écouter comme je l’écoutais. On essayait vraiment de comprendre nos points de vue respectifs. Nous étions tous les deux de bonne volonté et avions comme idéaux l’équilibre social et le bonheur de l’humanité. Nous souhaitions le même résultat ... mais n’avions pas les mêmes recettes pour y arriver. Je ne croyais pas plus aux chances de réussite des siennes que lui des miennes. La discussion a durée une bonne dizaine d’heures (du couché au levé du soleil).
Nous n’avions donc trouvé aucune solution, mais avions au moins compris que ce n’est pas parce que quelqu’un a des idées diamétralement opposées aux nôtres, que c’est un enfoiré, que l’entente est impossible, que ce que l’on croit juste est inébranlable. La vérité est toujours relative, fonction de circonstances, du lieu et du moment. Personne ne la détient.

La solution émergera, petit à petit au fur et à mesure de la transmission du savoir et de la connaissance, quand enfin une certaine sécurité et que le minimum vital sera assuré pour tous, que l’argent ne sera plus la valeur première et essentielle. Alors sans doute, l’humanité aura une chance de trouver son équilibre.

Je ne vois pas d’autre alternative. Même la tyrannie du partage obligatoire et du bonheur imposé, n’en est pas une (l’histoire l’a maintes fois démontré). Les révolutions n’arrangent rien. Elles rebattent les cartes un temps, détruisent plus qu’elles ne construisent, libèrent les plus bas instincts sur le moment et fond souffrir beaucoup de gens pour finalement retourner vers les mêmes travers, les mêmes déséquilibres. Une fois la tempête passée, les mécanismes de l’exploitation de l’homme par l’homme reprennent leur place, avec des décideurs différents, ... et des haines en plus.

Qu’il soit économique ou purement social (quoique l’un n’aille jamais sans l’autre), il n’y a pas et il n’y aura jamais un système idéal pour l’humanité, seulement des équilibres acceptables.

En fait, je crois aux vertus d’une économie libérale à condition qu’elle soit encadrée. Aux entrepreneurs de s’occuper des profits (produire des richesses) et à l’État (ou d’autres systèmes parallèles) de contrôler la manière dont ils sont produits et redistribués.
Ne pas oublier que dans « libéral » il y a le mot « libre ». Conscient que la liberté n’est jamais totale, et même plus, qu’elle ne peut exister sans règles la restreignant (l’encadrant).
  
Une chose est certaine : il faudra du temps pour changer la nature humaine, et s’il y a bien une façon de faire que je n’approuverai jamais, c’est d’essayer de la formater.

  
@+
Jack