Que vaut l’expérience sur le marché de l’emploi ?
Soyons réaliste : l’expérience est avantageusement remplacée par des connaissances universitaires toutes fraiches, un gars motivé, moins bien payé et surtout, bien plus malléable.
Étant retourné à la FAC à 42 ans et ressorti à 45 avec une maîtrise en droit des affaires, même des connaissances universitaires fraiches adossées à de l’expérience, ne faisaient pas le poids face à la « malléabilité », au formatage d’entreprise possible chez un jeune de 25 ans, fut-il sans expérience. Il faut ensuite prendre en compte « la durée d’amortissement » de « la recrue ». 25-60 et 45-60, c’est du simple au double.
Traiterait-on les gens comme du mobilier ! Presque. Mon excellent prof de droit commercial nous disait que l’homme était passé du statut « d’individu » à celui « d’unité de compte ». Désolé, mais il faut se rendre à l’évidence.
En fait, l’expérience serait bien prise en compte si le coût du travail était moins élevé. La malléabilité en est l’une des composantes (tout se chiffre) ... tout comme notre code du travail (et oui). Encore une fois, ce que les syndicats voient comme une rétrogradation sociale et au contraire une avancée (là ce n’est plus la malléabilité de l’individu, mais celle de l’emploi).
A trop vouloir protéger, on déprotège. C’est un peu comme cette loi imbécile qui surprotège l’emploi des plus de 50 ans. Pas étonnant qu’un employeur ne soit pas trop intéressé par « l’expérience » !
D’un autre côté, à la vitesse où les technologies avancent, que tout à tendance à s’automatiser, que peut bien valoir l’expérience ? Pas grand-chose au final. ... Ce qui ne veut pas dire « rien », mais plus aussi nécessaire qu’avant. L’entreprise peut s’en passer.
Ayant été employeur avant de me retrouver de l’autre côté, à rechercher un poste salarié, j’en avais honnêtement déduis qu’à leur place j’aurais fait les mêmes choix.
Les employeurs peuvent être humanistes, mais pas au détriment de leur rentabilité. Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, la majorité des employeurs ne cherchent pas à se remplir les poches vite fait, mais à pérenniser leur boite face à la concurrence.
Quant aux entreprises qui ont dépassées la « taille humaine », ces gigantesques transnationales (improprement appelées “multinationales”), elles sont dirigées par un conseil d’administration représentant des actionnaires (ayant le même objectif bien compris que leur entreprise : être rentable). Mais les administrateurs de ces conseils se font éjectés encore plus rapidement que les salariés s’ils ne vont pas dans le sens de la recherche du profit. Le salarié lambda écœuré de tant de débauche financière, oubli qu’il est lui aussi l’un de ces actionnaires au travers de ses placements dont il attend lui aussi le meilleur profit.
En fait, plus personne ne maîtrise totalement notre système économique, déjà déshumanisé. Par contre, ces systèmes, cette recherche de rentabilité, de profits, doit être encadrée par l’État ou des instances administratives indépendantes. Il ne faut pas non plus oublier que ces entreprises et leurs conseils d’administration, ont un supérieur : le consommateur (bon d’accord, faudrait lui apprendre à être un peu moins benêt, à avoir l’esprit plus critique et être plus exigeant. Internet y contribue).
Il n’en reste pas moins que le système est encore beaucoup trop inégalitaire pour pouvoir encore fonctionner ainsi bien longtemps. Il est urgent de trouver une autre forme de fonctionnement de nos sociétés. Je crois que la réflexion est sérieusement en cours, car le chômage et les revenus de substitution, qui sont déjà un vrai casse-tête, vont devenir impossibles à gérer dans les vingt ans qui viennent.
J’écrivais au sujet du « revenu de base » que laisser croire aux gens que le chômage pourrait se résorber un jour, était une monstrueuse hypocrisie politique. Je parlais de l’automatisation et ne pensais à l’époque, qu’aux industries lourdes (écrivant que quelques ingénieurs de plus pour surveiller des robots, ne pourrait jamais remplacer les milliers d’emplois perdus sur les chaines de montage). Depuis les choses se sont encore accélérées. On a commencé à voir les services comme ceux de la banque, s’automatiser. Dernièrement j’ai lu que les professions de juristes, comme la dernière que j’ai exercée, commençaient à s’automatiser (services grand public) !
Plus fort : un économiste informaticien a écrit il y a un moins d’un an, que toute tâche humaine qui peut se répétée ne serait-ce qu’une fois, est automatisable. Je crois qu’il a raison et que c’est bien la direction que nous prenons. Le premier atelier du monde qu’était la Chine, est en train de s’automatiser à tout va, bien plus vite que nous (pays Européens et d’Amérique du Nord).
Mais n’est-ce pas l’objectif premier de l’automatisation : faciliter de labeur de l’homme pour qu’il se consacre à autre chose que de travailler bêtement comme une bête de somme, augmenter les richesses en quantité et en qualité, éradiquer la faim et la misère dans le monde ?
Reste bien sûr le problème de la juste redistribution de ces richesses produites. C’est un impératif pour la survie de nos sociétés démocratiques.
Je pense que la valeur « travail-argent » comme l’entendait nos pères et ancêtres, ne sera plus la valeur de référence au 22ième siècle, peut-être avant (une régulation et une stabilisation des échanges économiques internationaux est un préalable).
@+
Jack