On a de nombreux reproches à faire à la mécanique Européenne et il est vrai que beaucoup reste à faire, mais il faudrait arrêter de n’y voir que les inconvénients. Le problème Grec est un bon exemple de la vision populaire qui trouve dans la monnaie unique et dans l’Europe la source de tous ses maux, faute d’ouvrir les yeux sur ses problèmes internes. Pour ma part je pense que sans cette Europe si décriée, nous n’aurions pas passé la crise financière qui vient de secouer le monde (quant à la Grèce, sans l’aide Européenne, elle serait retournée au niveau des années 70).
Il y a dans les pays européens et surtout dans le notre, un état d’esprit qui commence à être exaspérant : celui de la déresponsabilisation tous azimuts. On commence par les particuliers (pauvre surendetté face au vilain organisme de crédit, salarié esclave de son employeur, délinquant plus victime que sa victime), puis on poursuit dans le monde de l’entreprise (innocent sous-traitant broyé par l’impitoyable donneur d’ordre) et terminons au niveau des petits États acculés à la pauvreté par des créanciers surpuissants.
Je n’insinue pas que ce ne soit pas souvent le cas (sauf pour le délinquant), mais seulement que ce n’est pas « toujours » le cas. La mode est à ne plus se donner la peine de rechercher les causes et les aboutissants, le « fort » étant systématiquement désigné coupable face au « faible ». Cet état d’esprit s’installe partout, C’est le règne de la surprotection et de la déresponsabilisation.
Bien sûr que le faible doit être protégé par rapport au fort (ce n’est pas inutilement que des lois sont faites pour compenser ce que l’on appelle les déséquilibres du consentement dans les contrats, qu’existe des mécanismes de redistribution et d’aide aux plus démunis), mais il faudrait veiller à ne pas verser dans l’excès qui immanquablement, aura des effets pervers contraires à l’objectif premier, finissant par désavantager le faible au lieu de le protéger. On peut déjà le constater dans certains domaines à l’échelle du particulier : frilosité des employeurs à l’embauche, raréfaction des logements à la location, surabondance de garanties à l’emprunt, ...
Nos sociétés deviennent des fabriques d'assistés et d'irresponsables, dont les sujets seraient dénués de libre arbitre, toujours victimes de leur environnement, jamais de leurs choix qui seraient systématiquement faussés par des pressions subies.
Mal barrées nos démocraties ! Pour des peuples de « neuneus » assistés à ce point (et donc à traiter comme des enfants), je ne vois que des régimes autocratiques pour les guider. Ne restera plus qu’à espérer que nous ayons un « bon Roi » ... Et que sa progéniture le soit tout autant !
Voilà que je m’égare du sujet devez-vous penser. Pas si sûr à en croire les réactions et propos que le problème Grec suscite (« Grèce acculée et irresponsable », « créanciers profitant de la situation », « obligation de solidarité », « petits États victimes de vilains États forts », ...)
Quoique que l’on ne puisse comparer la dette d’un État avec celle d’une entreprise (ou d’un particulier), les deux ont néanmoins en commun trois caractéristiques essentielles :
- l’argent prêté, grevant d’autant les budgets des créanciers, qu’il s’agisse de pays ou d’instituions (ce qui a été donné pour aider la Grèce a augmenté le déficit des prêteurs européens et côté FMI, a manqué à d’autres pays dans le besoin, qui peut-être en aurait fait un meilleur usage),
- l’absolue nécessité que le débiteur respecte ses engagements de remboursement (ce que n’a pas fait la Grèce ... au contraire d’autres pays de l’eurozone en difficulté et précédemment aidés),
- l’indispensable confiance (qui fait défaut dans le dossier Grec, et ce n’est franchement pas sans raisons)
Ce qui diffère d’une dette d’État d’une dette privée, c’est la durée et la façon de la rembourser. Pas le principe de l’engagement, comme celui que les traités engagent les peuples et non les gouvernements qui les signent (sans cette règle de base, aucun traité ne tiendrait). Depuis qu’elles existent (république de Venise), les dettes d’État sont généralement remboursées par la création de richesse et l’inflation, parfois par des guerres, et très exceptionnellement par un effacement quand il est évident que la dette est trop énorme et les risques sociaux-politiques dangereux. Ce fut le cas des « dettes de guerre » de l’Allemagne vaincue dans les années 50 (on n’a pas voulu refaire l’erreur du traité de Versailles qui a été l’un des déclencheurs de la guerre suivante) ... et ce sera vraisemblablement le cas pour la Grèce sous une forme déguisée (aucun pays de la zone euro ne pouvant faire officiellement défaut sans en sortir), quand les esprits seront refroidis, les tensions relâchées et que le dossier ne sera plus sous les feux de l’actualité.
Dans les derniers plans, les créanciers privés (banques et fonds) ont déjà perdu plus de 60% de leur mise, à savoir une centaine de milliards (sans parler des spéculateurs sur la bourse d’Athènes qui y ont laissé 70 mds environ). Spéculation ou prêts, le fait est que les investisseurs privés ont déjà perdu beaucoup d’argent avec la Grèce, qui sur la place financière mondiale n’a de fait, plus la confiance depuis 2010. Sans l’Europe à son secours (pour ne pas dire « à son chevet »), elle n’en serait pas loin du stade actuel du Zimbabwe.
Seuls le FMI et l’Europe lui prêtent encore par le biais de ses différents mécanismes d’aide, dont le MES (mécanisme européen de stabilité financière), et ce à des taux très bas, à savoir ceux notés triple A (très éloignés des taux éventuellement accordés aux pays à risque). Cela mériterait un minimum de respect (et ben non ! les prêteurs sont insultés !). Le « devoir » de solidarité ? Jusqu’à un certain point !
Avant de poursuivre, évacuons le stéréotype du FMI prêtant aux pays sous-développés, non pas en vue de les aider à s’en sortir, mais avec pour seul objectif de les transformer en esclave condamné à retourner toute leur production en guise d’intérêts sur une dette perpétuelle. Nous sommes loin de la pratique de certaines banques américaines prêtant aux insolvables dans le seul but d’en faire des endettés perpétuels qui passeront leur vie à ne payer que des intérêts (cas notamment des étudiants et leurs parents). La technique ne paye pas au niveau international, car un pays financièrement asphyxié finit par ne plus rien produire (au contraire d’un étudiant qui travaillera ou percevra des aides publiques). En Europe, l’interdiction des taux dit « usuraires » plombent la rentabilité d’une telle pratique sur les particuliers, ne serait pas intéressante envers une entreprise (qui finirait pas déposer son bilan sans rien payer, ni intérêts ni capital) et ne serait politiquement pas admise de la part d’une institution internationale telle que le FMI (seuls les adeptes irrationnels des théories du complot peuvent encore y croire). Aucune logique à une telle pratique.
Le FMI et l’Europe n’ont donc pas fait tomber la Grèce dans un tel piège. Les créanciers publics précités ont réellement prêté en vue de relever l’économie Grecque au niveau moyen de l’Europe du Sud. L’objectif de l’Europe est de faire un grand continent de 350 millions de consommateurs pouvant faire poids face aux 350 millions de consommateurs Américains ... et le milliard qui s’annonce côté Chinois et Indien. Pour que cela marche, le niveau de vie des européens doit être proche (pas nécessairement égal, mais pas trop éloigné). C’est l’exemple type d’un mécanisme qui se veut purement économique, mais qui par répercussion abouti à un progrès social induit par une élévation du niveau de vie.
Par ailleurs, l’Europe est pour ses pays membres, la seule protection contre les attaques opportunistes du monde impitoyable et quasi-incontrôlable de la finance mondiale. Seules des institutions internationales peuvent contrer ses effets pervers, certainement pas un pays livré à lui-même. Allez expliquer tout cela à l’électeur Grec lambda.
Mais cette Europe, comme n’importe quelle communauté, ne peut tenir que si l’on applique les règles qu’elle s’est fixées avec la même rigueur pour tous ses membres. Aucun système d’aide financière n’est viable sans conditions, sans un échéancier et sans garanties.
En guise de garanties, l’Europe ne demande généralement que des promesses d’efforts et de réformes internes, et là, les Grecs ont menti. La Grèce a emprunté en promettant notamment de revoir son système fiscal ... et n’a pratiquement rien fait ! Comment continuer à lui faire confiance ? Comment admettre maintenant leurs « exigences » de solidarité ?
L’austérité comme recette économique est une autre problématique (souvent mis en avant pour dénoncer les plans). Pour ma part, je suis de ceux qui pensent qu’elle n’est pas la bonne solution pour relancer une économie. Mais il n’en reste pas moins qu’elle a été imposée à d’autres pays membres qui commencent à peine à s’en sortir après l’avoir subie. Difficile de leur faire maintenant admettre qu’il faille en exonérer la Grèce. A quel titre et pourquoi ? Si les créanciers européens admettent que c’était une mauvaise méthode, alors ceux qui l’ont supportée doivent obtenir des compensations.
C’est bien de prendre en considération les souffrances et les aspirations du peuple Grec, mais c’est tout aussi bien de tenir compte de l’avis des autres peuples. L’Europe finira par aider la Grèce plus qu’elle n’a aidé les autres (très franchement, je ne trouve pas que ce soit mérité, mais au nom de l’unité de l’UE, je veux bien comprendre qu’il leur soit accordé une ultime dernière chance), mais à pas feutrés et de façon diluée dans le temps, de façon non perceptible par les peuples qui y sont déjà passés sans la moindre remise de dette. Politique et diplomatie obligent.
Que les Grecs soient déprimés face à au 3ème plan d’austérité qui se profile, je le conçois. J’ai beaucoup plus de mal à comprendre en quoi, en tant qu’emprunteurs, ils se sentent « humiliés » ! .... De devoir se soumettre aux engagements qu’ils ont pris pour rembourser les emprunts qu’ils ont contractés ? ... C’est en perdant de vue ces fondamentaux que je trouve que les politiques (certains) et ceux qui les approuvent, perdent le sens des réalités.
Les Grecs restent responsables de leur entrée dans la zone euro sur des chiffres trafiqués « à l’insu de leur plein grès » avec la complicité de la banque Goldman Sach. Devons-nous considérer que les Grecs sont des enfants irresponsables que les adultes européens auraient entrainés dans une logique de surendettement ?
La réalité, le « fond du problème », est que les Grecs ont plus que tiré sur la corde, et ce depuis plusieurs décennies, profitant de leur position géopolitique et de leur histoire. Le Grec moyen n’a certes pas vu passé grand-chose et leurs dirigeants s’en sont sans doute mis plein les poches, mais cela reste un problème Grec, les lois imparfaites de la démocratie faisant que ce sont les Grecs qui les ont mis au pouvoir.
A chacun de prendre ses responsabilités et de mon point de vue, ils sont les premiers à avoir creusé le trou dans lequel ils se trouvent maintenant. Je ne vois aucun élément historique ou économique permettant d’affirmer que les européens, créanciers, soient responsables de leur situation actuelle, ... si ce n’est sans doute, d’avoir prêté un peu légèrement (pour les raisons invoquées). A ce rythme, les Grecs nous reprocheront un jour notre solidarité.
Quand certains perdent le sens des mots, c’est le signe qu’ils perdent le sens des réalités. Il en est ainsi quand j’entends de la part des politiques (surtout venant des extrémistes de droite ou de gauche, en France comme en Grèce) les termes comme « chantage », « pistolet sur la tempe », « esclavage » et tous ces termes dithyrambiques totalement décalés de la réalité pour exciter les foules. Quels termes faudra-t-il utiliser quand la situation sera à l’échelle des images employées (période de guerre, non pas fictive mais bien réelle, par exemple) ?
Autres exemples de « renversement des réalités » :
- « Les créanciers nous font du chantage pour nous prêter plus ! ». Voilà maintenant que c’est à l’emprunteur d’imposer ses conditions au prêteur, ... de surcroit déjà créancier, ... avec en prime, la menace de ne pas le rembourser ! Pas étonnant que les Allemands (plus gros prêteurs dans l’affaire) et les autres pays Nord Européens s’offusquent.
- « On ne cèdera pas à la menace d’une faillite économique qui suivrait un Grexit » ... tout en menaçant qu’un Grexit ferait exploser l’Europe.
Qui menace qui ? Qui fait chanter qui ? De la politique me direz-vous .... Et après on s’étonnera de ne plus les prendre au sérieux. Là, notre démocratie court un véritable danger : ne plus avoir foi en nos représentants politiques, ce qui laissera le champ libre aux extrémistes et à la dictature.
Savez-vous que du temps de la Rome antique, le débiteur qui ne pouvait plus payer ses dettes devenait l’esclave de son créancier ? ... Et ce, jusqu’à ce qu’il le rembourse totalement ! Initialement, c’était sans doute déjà une règle Grecque. On a quand même évolué depuis, non ?
Dans son discours devant l’assemblée Grecque, Tsipras a clairement dit que les vraies responsabilités n’étaient pas à rechercher chez les européens, mais bien en Grèce, du côté des oligarques (faisant référence aux pouvoirs précédents) qui n’ont pas fait ce qu’il fallait faire (sous entendant qu’au lieu de faire les réformes nécessaires, ils avaient mal utilisé l’argent prêté, pour ne pas dire outrageusement détourné pour s’enrichir au détriment du peuple) et que c’est une tâche à laquelle il allait maintenant s’atteler. Le Pasok et la Nouvelle Démocratie ont du sacrément se sentir visés, mais à l’exception des fous-furieux d’extrême droite (l’Aube dorée) et des idéalistes déçus du revirement de leur chef de file, tous les parlementaires raisonnables ont voté pour l’étude d’un nouveau plan parce, sachant pertinemment qu’un choix différent aurait mené le pays à la catastrophe économique, le faisant passer de l’austérité au mode misère.
Deux enseignements à cela :
- les discours populistes sont de véritables attrape-couillons pour ceux qui y croient, avec le risque qu’une minorité mal informée entraine tout le monde dans l’abîme (tenu compte de la participation et des abstentions),
le peuple n’est malheureusement pas prêt pour se prononcer en matière économique et encore moins dans la renégociation des traités, pour peu que leurs leaders y entendent quelque chose ou soient tout du moins correctement entourés (les décisions Européennes sont encore trop techniques pour que les sujets y soient publiquement débattus)
Mais où est l’humanité dans tout cela ?
L’entre-aide entre États n’existe que par intérêt réciproque, jamais par altruisme (malgré les apparences), mais ce n’est peut-être pas plus mal car plus efficace et pérenne qu’une simple volonté désintéressée donnée sans contrainte, mais rétractable de la même manière, sans contrainte (aussitôt donnée, aussitôt reprise, ce qui n’est pas le cas des traités).
Entre États, tout n’est que calculs stratégiques et intérêts économiques à plus ou moins long terme. Tel pays aidera tel autre en vue d’échanges économiques ou pour raisons géopolitiques (position stratégique, énergétique, risque de déstabilisation régionale). Nous citoyens Européens, ne rentrons dans l’équation qu’en tant que consommateur/électeur (« unité de compte » comme disait l’un de mes profs de droit). Mais au final, seul ce mécanisme mercantile est garant de création de richesse. Quant à la garantie d’une juste répartition, on peut l’espérer non pas par pure bonté d’âme des décideurs, mais encore par calcul pour une meilleure stabilité politique (après la création de la richesse, il faut réfléchir à sa conservation).
A part les maths, il n’y a pas de science exacte. C’est ainsi qu’en économie seuls les imbéciles peuvent être affirmatifs sur leurs prédictions. Même sur l’analyse du passé, les avis ne sont pas toujours unanimes. La seule chose que l’on peut tenir pour acquise et invariable au cours de l’histoire humaine est que l’économie se résume à la création et à la gestion de richesses (s’entend bien sûr de l’optimisation des ressources naturelles et des avancées scientifiques, et non de « l’argent » ou des métaux et pierres précieuses qui ne sont que l’une de ses représentations), que ce n’est qu’avec celles-ci que la condition humaine progresse et qu’en leur absence, les civilisations se déchirent et disparaissent.
Quant à l’argent, ce n’est pas un mal mais un outil dont la fonction première est de quantifier et fluidifier lesdites richesses (plus pratique que le troc). Que dans tout cela, il y a une grande part de mathématiques, implacables et dénués de toute humanité, dont la compréhension est un passage obligé pour faire les bons choix (ou du moins, les moins mauvais) et au bout du compte, espérer le bonheur de l’humanité.
Aux origines de la construction Européenne, les préoccupations étaient d’éviter une nouvelle guerre et de relever les économies détruites. Elle a commencée par un accord énergétique. Ensuite, l’objectif fut de contrer l’hégémonie économique (et politique) Nord Américaine en créant un grand marché de 350 millions de consommateurs capable de discuter d’égal à égal. Actuellement, c’est de pouvoir aussi le faire avec la deuxième économie mondiale (la Chine).
Aucun pays européen pris séparément, ne serait écouté par une puissance économique telle que la Chine ou les USA et bientôt l’Inde. L’Europe, oui !
L’Europe est un projet et une construction économique, avant tout. Le social ne pouvant en être qu’une conséquence.
L’équilibre mondial (et peut-être même le devenir de l’humanité) passe nécessairement par un lissage social (par forcément une juste égalité). Chinois et Indiens vont enfin, peut-être, avoir le minimum vital auquel ils aspirent et ont droit. Nous allons sans doute, au risque de tout perdre, devoir lâcher un peu de nos avantages. On en revient encore et toujours à un problème de partage.
Sept milliards d’être humains à gérer, alors que nous n’étions qu’un milliard et demi au début du XX° siècle, faudra bien en tenir compte ! Sacré problème de partage des richesses, et non pas que d’argent ou d’avantages sociaux, mais simplement de ressources (énergétiques et vivrières, dont l’eau).
L’Europe reste un projet économique, et de mon point de vue, c’est une étape préliminaire à un réel projet social. Cette construction toujours en cours, ne peut se faire sans efforts, sans grincements et sans concessions (fusse avec le « grand capital » dont elle ne peut se passer), sans patience et sans une ferme volonté partagée d’y arriver. Les États-Unis d’Amériques ne se sont pas construits en un demi-siècle, sans moments critiques et sans douleurs. Effectivement, j’imagine l’Europe « finie » un peu sur le même principe : des États avec leurs propres règles dans un ensemble régit par des lois fédérales (surtout fiscales et sociales), doté d’une armée commune et d’une représentation internationale unique.
Tout n’est qu’économie. L’origine des guerres, avant l’avidité ou la folie du pouvoir, est économique. Le partage de la connaissance et la philosophie sont inenvisageables dans une économie déstabilisée (avant de remplir la tête, il faut remplir l’estomac). Tous les troubles de l’histoire et ceux que l’on constate en ce moment ont pour origine un problème économique (partage de richesses, encore et toujours).
Pour l’heure, dans cette Europe en construction avec l’économie comme moteur, il est certain que l’on y perd en démocratie. Cette perte n’est pas une volonté des décideurs, mais la nécessité de faire des choix dans une matière complexe dans laquelle la grande majorité des électeurs ne pipe rien. L’économie devrait être une matière obligatoire dans l’enseignement. Ce n’est pas le cas et en plus, ou pour cause, rare sont les personnes qui ne la trouve pas rébarbative.
Alors comment soumettre démocratiquement l’avenir économique d’un peuple ?
La principale raison de l’échec de la constitution Européenne (véritable coup de frein dans la construction Européenne, à laquelle on reproche en même temps de ne pas avancer), fut son incompréhension. C’est ce que je reproche aux politiques : ne pas s’atteler, par des moyens pédagogiques adaptés, à expliquer le pourquoi et le comment du projet Européen. Sans doute que des gens bien mieux placés et bien plus intelligents que moi, ont du estimer que c’était impossible.
Exercice pratique de démocratie européenne :
- la grande majorité du peuple Grec veut l’abandon de l’austérité (stop aux conditions imposées par les créanciers), mais leur porte-parole (après les « belles paroles ») et leur assemblée votent le contraire pour éviter la faillite,
- la grande majorité du peuple Allemand veut le Grexit (marre de casquer et perte de confiance), mais leur chef de gouvernement et leur assemblée votent le contraire pour éviter un risque d’éclatement de l’Europe (avec turbulences sur les marchés financiers en prime, dans une économie mondiale convalescente),
- autrement dit, si les règles démocratiques avaient été scrupuleusement respectées, la Grèce serait entrée dans le chaos et l’Europe dans l’inconnu !
Au niveau de l’Union Européenne, je pense que la démocratie doit s’exercer de manière indirecte : on vote pour nos représentants, qui ensuite décident pour nous sur des sujets qui dépassent nos frontières, dans lesquels s’imbriquent des traités et des visions à très long terme, et qui en tout état de cause, tant sur le plan politique qu’économique, sont bien trop complexes pour que nous puissions avoir un avis éclairé.
Les adeptes de la sortie de l’euro, au surplus de n’y voir tels des sorciers, que la source de tous « nos malheurs », n’ont qu’un seul et unique argument économique qui pourrait faire illusion : la possibilité de dévaluer la monnaie nationale et donc de booster nos exportations et ainsi relancer la production interne. Ils oublient l’essentiel :
- si d’autres pays que la Grèce (qui hors le tourisme, n’a pas une économie concurrentielle) sortent de la zone euro, ce sera autant de pays qui dévalueront leur monnaies et essayeront tout comme nous de baisser le prix de leurs produits, gommant du même coup « l’avantage concurrentiel » qu’aurait pu offrir une dévaluation de notre monnaie,
- dans une économie totalement mondialisée, cela fait des lustres que nous ne produisons ou ne fabriquons plus les éléments qui constituent les produits finis que nous exportons (matières premières, composants). L’éventuelle baisse de prix à la vente du fait de la dévaluation, serait balayée par la hausse du prix des matières et composants importés entrainée par cette dévaluation,
- le pouvoir d’achat général de la population, toujours directement tributaire des importations, baisserait dans la même proportion.
Au résultat, une telle opération mènerait à une baisse immédiate des revenus, tant des entreprises que des ménages. Avec plus d’entreprise mettant la clef sous la porte, plus de chômage, plus de mécontentement (grèves, manifestations). Le pays qui sortirait de l’euro subirait de surcroit l’attaque des marchés financiers internationaux (perte de confiance entrainant mécaniquement une hausse fulgurante des intérêts de la dette extérieure), et le tout, sans parler de l’intense spéculation et marché noir qui accompagnerait la mise en pratique de cette sortie de l’euro (double monnaie en circulation pendant un certain temps).
La solution des “sorciers” prônant la sortie de l’euro et les naïfs qui les croient, est en fait le moyen le plus rapide et le plus sûr de mener le pays à la ruine !
Je fais partie des optimistes et un regard sur l’histoire de l’humanité me persuade que si parfois nous faisons quelques pas en arrière, nous finissons toujours par avancer dans le progrès social, quoiqu’on en dise. Je crois que c’est en voulant toujours tout trop vite, que l’on casse des mécanismes en marche vers le progrès social, pour au bout du compte retarder les choses, quand ce n’est pas retourner au chaos (multiples exemples dans l’histoire et encore autour de nous hors de l’Europe).
D’un autre côté, l’une des caractéristiques du genre humain, est qu’il agit au mieux quand la situation est au plus mal, au bord des crises ou à leur sortie.
Je suis aussi un cartésien qui estime que quelque soit la façon dont on tourne le problème, il ne peut y avoir de progrès social sans que préalablement, soit constaté un progrès économique (à savoir une augmentation des richesses produites).
Questions à se poser :
- la création de richesse (optimisation économique, avancées technologiques) sans recherche de profits ?
- n’est-il pas utopique d’introduire de la morale et de l’humanité dans la course aux profits ?
- l’ordre économique ne serait pas un préalable ni peut-être même nécessairement lié aux avancées sociales ?
Mais je conviens que la finance mondiale (le système sanguin de l’économie), dans sa dérive actuelle, pousse notre civilisation au bord du précipice, de façon quasi-mécanique et incontrôlée. Mais comment la réguler ?
- trop de régulation et il y a risque d’hypoxie,
- pas assez, et il y a risque d’AVC,
- il faudrait aussi se mettre d’accord à 200 (nb pays monde), alors que nous peinons à le faire à 19 (pays euro-zone).
Nous vivons une époque passionnante qui mérite toute notre attention. En discuter permet de rassembler et ré-analyser ses idées sous différents angles, l’objectif n’étant pas de convaincre mais d’échanger sans perdre de vue que personne ne détient la vérité, seulement une part.
Au niveau européen, et c’est aussi l’une des raisons pour laquelle je suis Européen avant d’être Français, plus nombreux sont les cerveaux se penchant sur la meilleure solution à un même problème. Sous l’œil et la pression de leurs propres électeurs, surveillant mutuellement les risques de leurs propres dérives personnelles (enrichissement, pouvoir), ils suivent un objectif commun : construire une Europe plus efficiente, économiquement et socialement.
@+
Jack