Pour ma part, je crois que ce sera ... « Grexit ». Malheureusement pour les Grecques, heureusement pour l’Europe, ... n’en déplaise aux eurosceptiques.
Cette semaine au parlement Européen (discours du 8 Juillet), Marine a dit à l’intention des eurodéputés, « ... ce dont vous avez peur messieurs des institutions européennes, ce n’est pas que la Grèce fasse faillite, ce dont vous avez peur c’est que la Grèce en sortant de l’euro, démontre que l’on peut s’en sortir mieux sans l’euro qu’avec ... » / http://lci.tf1.fr/videos/2015/crise-de-la-grece-marine-le-pen-appelle-les-yeux-dans-les-yeux-tsipras-8632184.html
Je pense que c’est exactement le contraire qui va se passer. La Grèce va « souffrir » encore pendant plusieurs années des conséquences de ses mauvais choix électoraux, d’abord pour avoir placé au pouvoir pendant plusieurs décennies de suite des oligarques qui les ont ouvertement dépouillés, et dernièrement en portant un idéaliste, charismatique certes (même moi je lui trouve une bonne tête, beaucoup plus sympa que celle de MélenCon) mais doux rêveur, qui de par ses belles promesses a emporté dans son rêve le bon peuple, ... qui va se réveiller sur une réalité cauchemardesque, au mieux en fin d’année ou début de la suivante, juste après un dernier sursaut économique du à un tourisme boosté par la dévaluation (sortie de l’euro), et au pire, dés Lundi par la faillite immédiate des banques.
Quant à l’Europe, après quelques mois de flottement et d’incertitudes (accompagnée d’une petite panique passagère sur les marchés financiers), elle devrait au contraire se renforcer. C’est au cours des tempêtes que les liens se défont ou se resserrent.
D’abord parce que nos décideurs vont enfin s’activer à mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires à la consolidation de l’union dans son ensemble (plus forte cohésion politique, fiscale et sociale, rapidité des décisions, armée commune, renforcement de la supranationalité), et dans l’immédiat faire ce qu’il faut pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise (renforcement des conditions d’entrée dans l’euro-zone et au pire, prévoir des règles d’accompagnement à sa sortie), l’objectif premier étant de rassurer les marchés financiers sur la viabilité et la pérennité de la monnaie unique. La sortie Grecque va l’affaiblir dans un premier temps, pour mieux la consolider ensuite (je ne crois pas un instant à son éclatement).
Ensuite l’épisode Grec et ses conséquences économiques, aura certainement un effet dissuasif sur d’éventuels autres candidats à une sortie de l’euro.
Si j’ai raison, Marine Le Pen va perdre un bon paquet de points en crédibilité pour sa course aux présidentielles de 2017, sauf à ce que d’ici là, son électorat d’intention actuel, ait, en plus de sa totale méconnaissance des réalités économiques, un gros problème de mémoire.
Les trois raisons de ce « Grexit » ? La confiance avant tout, mais aussi ... la confiance, et enfin, ... la confiance.
L’économie c’est 80% de production de richesses et 20% de confiance en l’avenir. Les marchés financiers, le système sanguin de l’économie, c’est 50% de crédibilité et 50% de psychologie. L’argent que nous avons tendance à croire si concret, n’est en fait qu’une virtualité basée sur la confiance et les projections dans l’avenir.
Quel prêteur ouvrirait de nouvelles lignes de crédit à un emprunteur qui ne serait pas à jour de ses emprunts précédents ? La Grèce est emprunteur depuis la fin de la dernière guerre, rentre dans l’euro-zone en truquant les chiffres, et finalement, s’avère totalement insolvable depuis 2010 (nous en sommes au troisième plan de sauvetage). Quel organisme financier continuerait à prêter à une entreprise notoirement insolvable, ... et qui en plus, souhaiterait imposer ses propres conditions d’emprunt ?
Solidarité Européenne ? Ok, mais pas à n’importe quelles conditions, et surtout, pas dans un tel climat de défiance réciproque. Si l’Europe prête à la Grèce depuis si longtemps, tout en sachant que ses capacités de remboursement sont limitées, c’est d’abord pour des raisons géopolitiques (rempart européen aux hégémonies extérieures, d’abord communistes et maintenant salafistes) et ensuite pour des raisons culturelles et affectives (berceau de la civilisation et de la démocratie). Le problème étant que les Grecs (les dirigeants et la classe dominante du moins) se sont installés dans une situation de rente et ont fini par trop tirer sur la ficelle ! Aujourd’hui, si mon analyse n’est pas trop mauvaise, la ficelle va casser !
Comme le dit si bien l’humoriste Aaidou Abatcha, « Si t’es bon une fois, c’est bon ... et c’est bon ! Si t’est bon deux fois, tu deviens bonbon ... et on te suce ! ».
Mais surtout (là est le vrai problème, qui n’existait pas avant le référendum, empêchant tout accord) :
Comment faire confiance à un dirigeant qui ne suit pas ses propres recommandations et les aspirations de son électorat ? Contre toute attente et sans prévenir ses interlocuteurs européens (faute diplomatique importante entachant la crédibilité), Alexis Tsipras appelle son peuple à voter contre les dernières conditions financières des créanciers du 26 Juin (en promettant que ce vote renforcera sa position dans les négociations pour obtenir de meilleures conditions), puis au lendemain du vote pour lequel il est largement plébiscité, s’apercevant que son bluff ne marche pas, finit par proposer aux créanciers des conditions quasi-identiques à celles contre lesquelles il avait fait campagne. Comment le prendre au sérieux ?
Comment faire confiance à un tel gouvernement et à un parlement qui acceptent des conditions clairement refusées par le peuple, avec de surcroit l’appui des partis d’opposition et le désaveu de celui au pouvoir ?
A ce stade et dans ces conditions, aucun pacte, quelque soit sa teneur et sa forme, n’est viable. Tout ce que le gouvernement Grec actuel signerait, risque une remise en cause à la prochaine élection anticipée qui ne manquera pas d’avoir lieu, la rue ayant déjà manifesté la « trahison » du parti qu’elle a porté au pouvoir.
Par ailleurs, comment ne pas risquer l’éclatement de l’Europe en accordant des facilités financières refusées à d’autres (tels l’Irlande et le Portugal), qui commencent à s’en sortir après avoir vécu l’austérité dont les Grecques ne veulent pas ? Ce sont les privilèges qui pourrissent de l’intérieur les systèmes politiques, quelques soient-ils.
Mais bien sûr, je peux me tromper (nul ne peut avoir de certitudes, et qui plus est, en matière politique et économique) et ce soir (ou dans la semaine, le « jour de la dernière chance » étant régulièrement repoussé) nous apprendrons que finalement, difficilement mais quand même, le plan d’aide à la Grèce a enfin été accepté. Si tel est le cas, je crois que ce serait une fausse et dangereuse avancée, promise à une nouvelle remise en question qui pourrait être pire que l’actuelle, avec en toile de fond une forme de gangrène du climat politique Européen dont la santé est encore fragile.
Certains pensent que la sortie de la Grèce signerait l’éclatement de l’euro-zone et à terme de l’Europe. Je pense exactement le contraire (à tort peut-être) : son maintient forcé à coup de plans voués aux dérapages, génèrera de l’incertitude sur les volontés politiques, puis de la défiance et enfin une discorde généralisée.
Le problème n’est pas trop que la Grèce soit rentrée à tort (« partagés ») dans la zone euro, et certainement pas le principe de l’aide financière à un partenaire européen, mais l’énormité de la dette par rapport à la taille du pays emprunteur, de son PIB. Le premier plan de 1010-2011 a eu sa « session de rattrapage » en 2012 (2ème plan, dans lequel les prêteurs internationaux privés ont perdu 90 Mds€ et les actionnaires de titres côtés à la bourse d’Athènes, 70 Mds€). Maintenant c’est trop lourd (317 Mds€ + demande de rallonge de 74 Mds€), trop tard, trop disproportionné (177% du PIB), trop incertain (instabilité politique). Ce n’est sans doute pas par hasard que « le tonneau des Danaïdes » soit un conte mythologique Grec.
« La Grèce se retrouve dans la situation du Soudan et de la Somalie » - Figaro économie : http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/30/20002-20150630ARTFIG00278-la-grece-bientot-dans-la-situation-du-soudan-et-de-la-somalie.php (Publié le 30/06/2015 par Mathilde Golla).
Le peuple Grec va passer de l’austérité au déraillement économique. Le tourisme pour se relever (avec une monnaie dévaluée) ? Oui, mais largement insuffisant.
L’Europe aidera néanmoins le pays pour l’empêcher de couler en continuant de lui prêter par l’intermédiaire de certains mécanismes financiers européens, dans le cadre de l’Europe, et non plus dans celui de l’euro-zone, espace financier duquel la Grèce va sortir de fait. Pour rappel, il ne s’agit pas d’une expulsion de la zone, ni d’une volonté d’en sortir (les traités européens ne prévoient pas ces cas de figure), mais de la dure réalité des marchés financiers : plus personne ne voulant prêter à la Grèce, celle-ci n’aura pas d’autre choix que de frapper sa propre monnaie (le temps de réimprimer la Drachme, le gouvernement Grec émettra des lettres de créance, une version moderne des assignats Français de 1791), ce qui mécaniquement, entrainera une forte dévaluation monétaire suivie d’une inflation pouvant devenir incontrôlable, à l’image de l’Allemagne d’avant-guerre et du Zimbabwe d’aujourd’hui.
Tant que l’Europe existera (et non la zone euro), elle soutiendra ses membres et ainsi, la Grèce ne dérivera pas à l’image de la Somalie ou du Zimbabwe qui pour l’anecdote, a émis en 2009 un billet de cent mille milliards de dollars Zimbabwéens ... valant 30 dollars US ! (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_au_Zimbabwe). ... Mais bien sûr, ... tant que l’Europe existera ... ! ... Sans perdre de vue que la fin de la zone euro pourrait signer la fin de l’Europe (avis aux Eurosceptiques).
Toujours est-il que les 61% de votants Grecs qui ont fêté leur victoire sur le « non à l’austérité », vont très rapidement se réveiller dans une austérité pire que celle vécue et annoncée.
Mais le plus inquiétant est que 60% de votants sur 40% d’électeurs exprimés, veut dire que 20% du peuple Grec poussent les 100% vers la misère, en espérant que ce ne soit pas vers le chaos et le « retour des colonels ».
De mon point de vue, ce n’est pas la démocratie qui est en cause (comme disait Churchill, « La démocratie est le pire des systèmes, ... à l'exception de ceux que l'on a déjà essayés »), mais l’absence de culture économique de ceux qui votent. Améliorons et partageons la connaissance, nous améliorerons le monde et lisserons les inégalités.
Dans la partie de poker qui se joue depuis plus de cinq mois, Alexis Tsipras a tenté un bluff qui a échoué. Et les joueurs de poker le savent, rien n’est plus couteux qu’un bluff découvert. Mais dans cette partie, Alexis n’a pas joué avec son argent, mais avec celui de son peuple ! ... Et comme d’hab., pas celui de ceux qui en ont le plus (ceux-là se sont barrés depuis un bon bout de temps déjà).
Les Grecs vont-ils « apprendre » à faire de meilleurs choix électoraux dans l’avenir ? Les autres citoyens européens vont-ils enfin se méfier des beaux discours distillés par les « populistes », ceux qui ont toujours des solutions simples pour résoudre des problèmes complexes ?
Wait and see ...