20 avril 2017

Cette Europe tant décriée

C’est vrai qu’elle présente de nombreux défauts, notamment dus à sa lourdeur de fonctionnement, à ses règles décisionnelles en perpétuel conflit entre égoïsmes nationaux et solidarité européenne (tous veulent le beurre et l’argent du beurre).

Mais ces inconvénients importants (largement perfectibles), ne doivent pas occulter ses immenses avantages.

Outre d’être un rempart contre la guerre en Europe (origine de la création de l’UE) … ou contre elle (le projet d’une défense commune va certainement remplacer d’ici 5 à 10 ans le seul que nous ayons pour l’instant : l’OTAN), et bien sûr sa force de négociation économique face aux géants Chinois et Américain, qu’a fait et que fait l’Europe ?

  • Elle a sauvé ses pays membres d’une véritable dépression, qui à la différence d’une « récession » (5 à 7 ans) peut durer plus de 20 ans. En fait, une récession économique mal comprise et donc non maîtrisée, se transforme en dépression. La crise financière de 2007-2008 (cause récession) n’avait rien à envier à celle de 1929 dans ses sources, ses mécanismes et ses conséquences (dépression … puis guerre).

C’est bien la crise US des « subprimes » de l’été 2007 (symbole de la dérégulation des marchés financiers) qui a déclenché la crise Européenne de la dette de 2008 à 2012 (schématiquement, la dette cumulée des banques et la baisse de la consommation avec celle du crédit, ont été compensés par de la dette d’Etat dans la grande majorité des pays Européens).

Or une petite révision de notre histoire nous rappellera si besoin était, que le Krach boursier d’Octobre 1929 aux USA (également conséquence d’une dérégulation des marchés financiers), est à l’origine d’une brutale asphyxie de l’économie allemande qui se relevait tout juste de son hyperinflation des années 20 (conséquence de la guerre 14-18 et du traité de Versailles), grâce à des emprunts majoritairement contractés auprès de banques américaines. Celles-ci, au bord de la faillite, ont exigé le remboursement immédiat de leurs prêts, ce que l’Allemagne leur refusa bien sûr, d’autant qu’elle ne pouvait y satisfaire, ce qui entraina son « défaut » sur les marchés internationaux (plus possible d’emprunter à qui que ce soit). La conséquence fût une aggravation des conditions de vie de la population et corrélativement, une montée encore plus radicale du populisme (et comme toujours avec des nationalistes au pouvoir, la guerre au bout du chemin).

  • Elle a maintenu et même amélioré notre niveau de vie depuis qu’elle existe, bien au contraire de ce qu’en disent ceux et celles qui visent bien autre chose que les aspirations de ceux qui les écoutent, oubliant un peu trop facilement ses bienfaits économiques et sociaux entre les années 60 et 80, son protectionnisme contre les excès de la mondialisation depuis.
  • Elle nous protège tous les jours, nous consommateurs (et encore une fois, au contraire de ce que disent les anti-européens mal informés ou mal intentionnés), des excès d’un capitalisme international débridé grâce à une multitude de règlements et directives s’imposant aux pays membres comme aux importateurs hors UE (obligations d’information et batteries de contrôle sur les produits vendus ou importés dans l’UE, tant au titre de la qualité que des prix).

Cette protection est bien sûr encore insuffisante et largement perfectible, mais dans un marché mondialisé (qu’on le veuille ou non, il faut faire avec), seule une communauté de pays peut l’assurer. Un pays seul ne peut se protéger qu’à son échelle, dans les limites de son marché intérieur et de celle de sa dissuasion sur les marchés internationaux, c’est-à-dire de façon très limitée et peu efficace.

Par ailleurs, la commission Européenne surveille, interdit et sanctionne les ententes et les abus de position dominante, tout comme elle autorise ou non les fusions d’entreprises. Contrairement à ce que disent les nationalistes-souverainistes, elle est la seule force pouvant s’opposer à celles du grand capitalisme mondial toujours plus avide de concentrations pour mieux maîtriser les prix face aux consommateurs. Un pays isolé ne peut plus le faire. Pire, un pays qui se referme sur lui-même est condamné à l’asphyxie.

Qui peut être assez naïf pour croire le discours de Marine qui promet une meilleure compétitivité de nos produits à l’export par la dévaluation ? Qui peut croire un instant que les pays concurrents vont rester les bras croisés sans dévaluer leur propre monnaie (ce qui inclura nos voisins, car si la France sort de la zone euro, l’Euro disparaît avec l’Europe) ?

Qui peut croire qu’une taxation des produits importés n’entrainerait pas une taxation sur nos exportations (par rétorsion) ? Qui peut croire que la majorité des produits finis que nous exportons ne sont pas eux-mêmes constitués d’une multitude de composants importés ?

Mais encore et surtout, une sortie de l’euro ne nous exonèrera de payer nos dettes et leurs intérêts libellés en euros (environ 2000 milliards d’euros il me semble), auxquelles s’ajoutent celles des grandes entreprises Françaises. Comme nous seront alors incapables de les honorer, nous ferons ce que l’on appelle « défaut » (c’est une forme de faillite d’Etat), à l’image de la Grèce encore maintenue sous « respiration artificielle » grâce à l’Europe, et notamment la BCE.

Quant à imposer nos conditions de remboursement aux créanciers comme le prône mensongèrement Marine Le Pen, il n’y a là aussi, qu’à se pencher sur les promesses de Tsipas avant d’être élu et ce qu’il a obtenu après (très exactement le contraire : un durcissement drastique des conditions d’emprunt).

Les grandes agences internationales de notation (dont Standard & Poor’s) ont déjà annoncé que si la France sortait de l’Euro, elle serait de facto considérée comme faisant « défaut ».

Qui voudra bien nous prêter sur les marchés internationaux après cela ? Or il n’existe pas un seul pays développé au monde qui puisse se passer de l’emprunt international. Penchez-vous sur les pays qui, hors protection Européenne, connaissent ou ont connu ce genre d’aventure : Venezuela, Zimbabwe, Argentine (elle s’en sort, mais a trainé son discrédit sur la place internationale pendant plus de 30 ans), … pour ne citer qu’eux.

Ce serait une grave erreur que de croire que nous, « la France », ne risquions pas de connaître le même sort si nous décidions de sortir de la zone euro. Et dans ce genre de faillite nationale, ce ne sont jamais les plus riches qui payent les pots cassés !

A contrario, dans une Europe solidaire et consolidée, l’Euro pourra s’imposer devant le Dollar d’ici 10 ans comme monnaie-étalon internationale, et ça c’est un atout considérable pour nos économies, et donc pour notre pouvoir d’achat et notre niveau de vie.

La monnaie unique n’est pas une source de problème (comme les populistes s’égosillent à le crier car simple à faire croire), mais bien au contraire une protection. C’est certes plus compliqué à expliquer.

Avant elle, c’était la « guerre des monnaies » en Europe. Pour y mettre fin et ainsi éviter la déconfiture des économies, il avait été mis en place le « serpent monétaire » (rappelez-vous), une sorte d’ajustement forcé pour stopper la dégringolade en cascade des monnaies nationales et avec elles, celles des économies.

Ceux qui pensent que nous vivions mieux du temps du Franc ont une mémoire sélective et oublient surtout qu’une crise internationale majeure est passée par là. Si nous n’avions pas eu l’euro et le soutien de la BCE de 2008 à 2012, notre Franc aurait dévalué de plus de 20%, notre pouvoir d’achat avec, sans compter la faillite de quelques ’unes de nos grandes banques nationales (comme celles de nos voisins) qui nous auraient probablement mené au chaos économique et social.

Le plus gros défaut de l’Union Européenne, outre sa complexité (mais en démocratie, plus on est nombreux, plus c’est compliqué d’entendre et de satisfaire tout le monde), c’est d’être mal expliquée !

Espérons que le Brexit et les discours anti-européens de ces derniers mois fassent que l’UE se ressaisisse en simplifiant ses règles de fonctionnement et de vote, en prenant rapidement des positions claires et fortes en matière d’harmonisation sociale et fiscale (en réglant notamment l’aberration de disparité de coût des travailleurs détachés), mais également en s’attelant à expliquer aux peuples qui la composent, de façon hautement pédagogique, le pourquoi et le comment de l’Union Européenne (car il est vrai qu’en raison de son montage et ses imbrications tant politiques qu’économiques, l’Europe n’est pas quelque chose de simple à expliquer).

… Alors n’oublions pas d’aller voter et incitons notre entourage à le faire, du moment que ce n’est pas pour tourner le dos à l’euro et à l’Europe. Cette élection est importante, … historique. Ne loupez pas l’occasion d’y participer.

Quelles que soient nos convictions, nos aspirations, réfléchissons par nous-mêmes et non au travers de ceux et celles qui disent détenir la vérité (pour ma part, je ne dis pas la détenir mais propose mon point de vue en vous invitant à vous forger le vôtre).

Pour ce qui est de la question Européenne, quelles que soient notre condition et nos aspirations sociales, nous aurons tous à perdre d’une déconfiture de l’Union Européenne, et tout à gagner de sa consolidation.

Deux citations à avoir à l’esprit avant de voter :

Pour ne pas suivre aveuglément un mouvement (quel que soit-il) :

« Les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un. » (Charles Mackay).

Le problème dans une démocratie, c’est que si la foule se trompe, lorsque la raison est retrouvée, c’est souvent trop tard.

Pour se prononcer en notre âme et conscience :

« Ne crois rien des maîtres ou des prêtres, mais ce qui s'accordera avec ton expérience et après une étude approfondie, satisfera ta raison et tendra vers ton bien et celui des autres êtres vivants, cela tu pourras l'accepter comme vrai et y conformer ta vie ». SIDDHARTA GAUTAMA dit « Bouddha » (l’éveillé)