En brandissant cet impôt comme symbole de l’injustice fiscale, les gilets jaunes démontrent qu’ils ne sont pas au fait des questions fiscales et économiques. Lors d’un débat télévisé (A2 au soir de l’allocution Macron), un représentant des gilets jaunes disait qu’il trouvait méprisant qu’on puisse leur répondre qu’il ne comprenait rien. Mais non, ce n’est pas du mépris, … juste une désolante vérité !
S’ils continuent à se concentrer sur leur nombril, ils finiront par n’avoir plus que ça à contester entre eux, quand l’économie et les capitaux qui vont avec auront fuit le pays.
Comme écrit précédemment, je comprends les difficultés de ceux qui sont aux minimas sociaux et donc les raisons de la colère. J’observe tous les jours au travers de mon activité, les immenses et intolérables disparités de revenus que la valeur travail et individuelle n’expliquent pas (je reviens assez souvent et sous différents angles sur ce thème).
La véritable injustice n’est pas “fiscale” mais “sociale” (et c’est très loin d’être comparable). Celle qui est aujourd’hui dénoncée en France, quoique sans commune mesure avec celle que l’on peut constater dans le reste du monde, est bien réelle, j’en conviens.
Néanmoins, une revendication ne peut avoir une chance d’aboutir que si elle reste dans le champ du raisonnable et du possible.
Les concessions faites Lundi me paraissent répondre à ces attentes raisonnables et économiquement réalistes. Les mesures sont exceptionnelles et importantes. Mais voilà, pour une grande partie des “révoltés”, elles ne sont pas suffisantes. A les écouter, ce serait “plus” de revenus et “plus” de services (dans un pays reconnu pour avoir, entre autres, la meilleure protection sociale au monde), tout en payant “moins” d’impôts et taxes (qui financent lesdits services) ! Est-ce bien raisonnable ?
Et toujours la même rengaine : “ce n’est pas à moi de payer l’impôt, mais celui qui gagne plus que moi”. … “Justice fiscale” !
Rappelons quand même que la grande majorité des manifestants n’est pas assujettie à l’impôt sur le revenu. Les plus matraqués à ce niveau ne sont pas descendus dans la rue, même si nombre d’entre-eux dont je fais partie, ont approuvé ce soulèvement populaire contre la misère, tant qu’il se manifestait pacifiquement.
Parler “d’injustice fiscale” me parait donc très discutable. L’impôt sur le revenu est payé par moins de 50% des foyers fiscaux. De mémoire et sous réserve de réactualisation, 80% de la charge fiscale totale (couvrant le coût d’infrastructures et de services qui profitent à tous) est supportée par moins de 30% de la population.
Quant à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, il me parait non seulement “confiscatoire”, mais encore et surtout économiquement contre-productif.
Nous sommes le seul pays développé au monde à avoir maintenu aussi longtemps un tel impôt, et au surplus, il n’a pas complètement été supprimé.
L’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière qui remplace l’ISF) en représente encore une grosse partie, si ce n’est la plus importante. Et ce d’autant que dans le détail, il s’est aggravé du fait de l’élargissement de l’assiette et de la disparition d’un grand nombre de dégrèvements et d’exonérations qui existaient dans le cadre de l’ISF (déduction intérêts emprunts, prise en compte nue-propriété, inclusion de tous les types de société et non plus que les SCI, …). Du fait de l’extension des biens et valeurs taxées (comme les parts de SCPI et OPCI), l’IFI touche presqu’autant de contribuables qu’avant, sans parler de la hausse de l’immobilier.
Depuis son instauration (IGF en 1982, supprimé en 1987 puis revenu en 1989 sous le nom d’ISF), la majorité des grandes fortunes ont depuis longtemps fuit le pays ou caché leurs avoirs dans des montages juridiques complexes. On voit leurs villas et leurs yachts, mais si on regarde de plus près, il s’agit de sociétés ou de propriétaires étrangers non-résidents. Cet impôt vise surtout la petite bourgeoisie (1.3 Mls en matière immobilière, c’est vite atteint) qui n’est pas assez riche pour s’expatrier ou se payer des montages fiscaux disproportionnés et coûteux.
Il aurait rapporté 5 Mds environ (sur un budget de 300 Mds) et a sans doute fait perdre à l’économie française cent fois plus de capitaux. Or tout le monde sait qu’aucune économie développée ne peut se passer de capitaux.
Alors vouloir à nouveau y inclure les revenus mobiliers, c’est faire fuir à nouveau les capitaux qui commençaient à se réinjecter dans l’économie nationale. Une aberration économique aussi simple à comprendre que difficile à faire entendre.
La taxation moyenne des valeurs financières en Europe tourne autour de 25%. Avec la FlatTax nous en sommes à 30%. C’est déjà « limite ». Aller plus loin ou rajouter de la taxe sur de la taxe, serait économiquement très dommageable. La concurrence fiscale entre pays existe et la négliger, c’est priver son économie de carburant.
La critique est d’autant plus facile et acerbe envers ceux qui tirent leurs revenus de la bourse, que cet environnement est méconnu. Peu de différence est faite entre un grand groupe financier qui risque l’épargne des autres (clients, déposants) et le petit particulier qui risque la sienne. Totalement ignorée est l’immuable règle que le gain est toujours proportionnel au risque (en bourse comme ailleurs). Le bon sens voudrait que la taxation des gains soit inversement proportionnelle aux risques pris. Malheureusement, en France, fiscalité et bon sens ne font que rarement bon ménage.
Les tenants d’un retour à l’ISF par ré-inclusion des produits financiers, ont une vision étroite et erronée de l’intérêt de chacun. Si une partie de la population ne voit et ne se concentre que sur le sien, sans considération de celui des autres, c’est la fracture sociale assurée (dans un sens comme dans l’autre).
Un particulier qui achète des titres en bourse, risque non pas une partie de son placement, mais 100%. Quant aux placements dits “garantis en capital” (fonds en euros), ils ne rapportent rien et sont même à la limite du déficit tenu compte des frais de gestion du teneur de compte. Rajoutez-y l’ISF, et voilà que le placement subit une véritable perte. Qui voudra donc investir, à partir de la France, dans un produit financier où la perte en capital est quasi-certaine ?
En fait, il n’existe aucun placement sans risque, quel que soit le cadre du placement, mais seulement un rapport proportionnel risque/gain. Alors quand ce particulier qui prend seul le risque de tout perdre, voit se pointer le fisc (qui n’a pris aucun risque) dès le moindre gain, toute personne sensée comprendra qu’il n’acceptera l’impôt que jusqu’à un certain point.
S’il n’est pas possible de déplacer ses propriétés immobilières à l’étranger, y gérer ses avoirs financiers peut se faire à partir de n’importe où dans le monde. Suffit de changer de domicile fiscal. Est-ce difficile à comprendre ?
Si échapper à l’IFI n’est pas facile, cela reste néanmoins faisable avec un peu plus de temps. Une propriété immobilière peut se vendre. Donc là aussi, si les contribuables propriétaires sont trop taxés, ce pourrait être la grande braderie dans l’immobilier. Et dans ce cas, que se passera-t-il ? Les prix s’écrouleront et tous les métiers liés à l’immobilier avec. Qui en souffrira ? L’emploi ! … Et tout ce qui va avec !
Gagnant les gilets jaunes ? Je ne crois pas.
Et puis s’il est si facile de gagner de l’argent en bourse, pourquoi ceux qui en critiquent tant la pratique ne s’y mettent pas ? On peut trouver des produits à effet de levier 100 (pour 500 € on peut en gagner 50.000 !). Nul besoin d’être fortuné pour « spéculer » en bourse. Alors pourquoi ceux qui la décrient n’y placent pas quelques économies puisque c’est '”si facile d’y gagner de l’argent” ?
Par méconnaissance (donc pas si facile quand même) ? Mais quand on n’y connait rien, pourquoi en parler, critiquer ce que l’on ne comprend pas ?
Par étique (la spéculation étant quelque chose d’abominable) ? Hypocrisie ou encore, méconnaissance ! Toute activité économique humaine relève de la spéculation (essayer de prévoir pour gagner plus). Un commerçant ou un petit entrepreneur spécule (mieux acheter pour mieux vendre). Même un particulier quelque peu avisé dans son investissement immobilier, spécule. Doit-on le lui reprocher ? Aucun gilet jaune n’a-t-il fait d’opération d’achat/vente (immobilière ou non) et aucun n’a-t-il cherché à faire une bonne opération ?
La spéculation est le moteur de l’économie. C’est avec elle que l’on devient inventif, créatif, que la concurrence existe et que la plupart des acteurs font du mieux qu’ils peuvent. Elle ne devient néfaste que lorsqu’elle devient incontrôlée (« hors limite »), dérégulée, non encadrée par des règles, par des autorités supérieures, étatiques et financières (nationales et internationales). Comme dans presque tous les domaines, ce n’est pas la pratique qui est dangereuse, mais son abus.
Or cette spéculation débridée n’est pas du ressort du particulier, du contribuable soumis ou non à l’ISF, mais d’investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension). Ce sont eux qu’ils faudrait encadrer et taxer. Mais comment faire quand cette activité est non seulement indispensable à l’économie, mais encore sans frontière ?
Ce sont bien ces institutions financières qui ont été à l’origine de la crise de 2007/2008 (dite des « subprimes »). Qui a payé l’addition ? … Les États (« crise de la dette » en Europe) et donc leurs peuples (hausse des impôts, du chômage et baisse des aides sociales).
Est-ce juste et normal ? Non !
Mais que faire ? Aucun Etat n’a et ne peut avoir, à lui seul, la solution. Aucun pays, ni même un petit groupe, ne peut agir efficacement sur ce phénomène. La solution ne se trouvera que sur une entente internationale, unanime, de tous les pays développés, avec maintenant les émergents (Inde, Chine, Russie) dont il faut tenir compte. Ce n’est pas pour demain.
Pour l’instant, tous les pays du monde sont accros à l’argent, Etats (financement de leur déficit) comme entreprises (investissements). Nous ne pouvons nous passer de nos dealers qui vont “où”, “quand” et “comme” ils veulent : les grands fonds de pension et entreprises financières (OPCVM) dont les banques sont les principaux intermédiaires (mais pas toujours, ces “argentiers” agissants aussi “hors marché”). L’argent dont ils disposent provient de l’épargne “tous azimuts”. Nationale, internationale, institutions publiques (retraites), privée (assurances), entreprises (liquidités des grandes entreprises qui peuvent se chiffrer en Milliards et qui ne restent jamais “au repos”), particuliers au travers de leurs placements, dans les OPCVM précités ou ceux que la banque fait avec leurs dépôts (peut-être, sans que vous le sachiez, une partie de votre argent déposée sur votre compte courant).
Ces dealers sont organisés, puissants et fiscalement insaisissables (outre que lorsqu’on les chatouille un peu trop, ils mettent la clef sous la porte avec quelques milliards de perte, irrécupérables). Pire encore, ces grands groupes financiers font encore de l’argent quand le monde va mal. Pour eux, la misère peut être source de revenus. C’est bien à ce niveau que se situe l’aspect le plus immoral et abjecte du pouvoir de l’argent. On peut poursuivre et emprisonner une personne, mais pas un “mécanisme”.
Si cela devait se reproduire, que le système bancaire venait à nouveau à vaciller (avec Trump, nous en prenons à nouveau la direction), le même mécanisme se reproduira : les banques seront à nouveau secourues par les États, la récession économique reviendra, le contribuable un peu argenté sera à nouveau mis à contribution (les plus riches s’étant mis à l’abri, si ce n’est dans des paradis fiscaux, dans des pays peu fiscalisés), le chômage réaugmentera avec son lot de misère, la redistribution sera à nouveau mise à mal (baisse aides sociales, retraites, et peut-être même le système de santé qui a résisté à la crise précédente).
Les gilets jaunes pourront redescendre dans la rue, rien n’y fera. Ils pourront mener leur révolution jusqu’au bout et « dégager » qui ils voudront, l’économie ne s’en relèvera pas pour autant et les caisses continueront à se vider (cercle vicieux d’un déficit public croissant, rien que par la charge des intérêts de sa dette). Tout ce qu’ils pourront faire, c’est aggraver encore un peu plus une situation nationale précaire et perdre toute chance d’un relèvement économique avant quelques générations.
Certains pays qui se sont trop enfoncés dans la dette publique, ne se relèvent toujours pas d’une déconfiture économique datant de plus de 70 ans. C’est le cas de l’Argentine qui enchaine crise sur crise depuis 1945. Ce qui est notable, c’est la raison initiale de l’endettement de ce pays (régime péroniste de 1946 à 1955) : l’augmentation massive de l’aide et de la protection sociale, financée par de la dette publique et non par l’économie (un déficit public duquel aucun des gouvernements qui suivirent celui de Juan Péron, ne put se sortir).
On dirait que le Français se croie à l’abri de ce qui se passe dans les pays lointains en totale déconfiture, bien à l’abri qu’ils sont d’une Europe, au contraire que ce que croie un nombre grandissant d’eurosceptiques. Certains la conspuent, manipulés qu’ils sont par les populistes à le recherche de pouvoir, alors qu’elle les protège.
Si l’EU implose un jour, ce qui n’est malheureusement plus impossible depuis la montée des populismes un peu partout en Europe, on pourra en reparler … Mais il sera trop tard pour réparer les dégâts et c’est en vain que l’on pourra rechercher les responsables. Tous dirons « je ne voulais pas » ou « on m’a fait croire que … ». L’Allemagne du siècle dernier fût un bon exemple d’aveuglement populaire. Aujourd’hui, sous un autre angle, c’est le Brexit.
Des mécanismes différents dans le détail mais globalement similaires, avec toujours l’économie en toile de fond et des bonimenteurs au devant de la scène.
« Les hommes deviennent fous en masse, mais retrouvent la raison un par un » (Charles MACKAY).
@+
Jack