14 juillet 2012

Silence fautif des majorités modérées devant le bruit des minorités fanatisées

Dans une démocratie, face à la montée de tous types de "fanatismes", ne représentant typiquement qu'une petite minorité agissante, quelque soit le lieu, l'époque et l'idéologie, la majorité prend un risque énorme à ne pas manifester sa désapprobation. Ce risque est la perte de la démocratie et des libertés qui vont avec, ce silence est fautif.
 
Quand une minorité prône la différence et la haine, la majorité qui n'est pas de cet avis doit le faire savoir, qu'il s'agisse de religion ou de politique, et d'autant plus quand les deux sont mêlés.
Chaque époque connaît ses périodes troubles dans lesquelles les extrémismes se développent, des circonstances propices à l’intolérance et suite logique, à l’avènement des dictatures. Dans l'Europe du moyen âge, quand l'État et l'église ne faisait qu'un, que le dogme remplaçait la connaissance, c'était le temps de l'inquisition. Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de constater qu’une chape d’obscurantisme de même texture mais de nom différent, recouvre petit à petit certaines régions du monde : l'intégrisme islamique.
 
On ne peut nier que certains pays à grande majorité musulmane ont à leur tête de dangereux extrémistes, ce qui dans des quasi-dictatures, n'est pas représentatif de leurs peuples. L’oppression exercée dans les pays où la charia est en vigueur, me parait en bien des points, comparable à celle qui avait cours en Espagne, il y a 500 ans environ, du temps du grand inquisiteur Torquemada.
Sous des formes et pour des raisons différentes, les mécanismes permettant à une minorité d'imposer sa volonté à la majorité, se répètent inlassablement tant que les hommes ne les ont pas compris. Les ingrédients sont toujours les mêmes : crise économique, iniquité dans le partage des richesses, ignorance et peur. C’est un terreau qui, habillement et opportunément exploités par quelques meneurs avides de pouvoir, mène immanquablement au fanatisme, à l'exacerbation des idées extrêmes. Or un discours extrême en génère mécaniquement un autre, opposé, d'une autre minorité tout aussi haineuse.
 
C'est cette montée en puissance, d'un côté comme de l'autre, qu'il ne faut pas laisser se développer. Qui a bien compris comment le nationalisme dans l'Allemagne d'avant guerre a pu séduire avant de piéger, pourrait faire le rapprochement avec ce qui semble se développer, non plus en France ou en Europe, mais dans le monde (raisons et échelle différentes, mais mécanismes sociaux-politiques similaires).
 
Pour l'heure et en occident (qu'il s'agisse de la France, de l'Europe, du Canada ou des USA), un nombre grandissant d'occidentaux s’étonnent de l'absence de réponse des musulmans modérés, la grande majorité en occident, face aux provocations des extrémistes de leur confession.
Mais en quoi le discours anti-occident d’une petite minorité qui s'exprime chez nous serait-il inquiétant et pourquoi serait-il temps que les musulmans modérés expriment clairement, massivement et publiquement, leur désapprobation face à ces fanatiques ? Pour éviter une contre-réaction toute aussi fanatisée, toute aussi nocive.
Parce que fondamentalisme islamiste et géopolitique sont trop étroitement mêlés (rançon de ressources énergétiques mondiales principalement situées en zone fortement islamisée), les amalgames entre origine culturelle et obédience religieuse, de foi ou pratiquée, refont surface.
 
Ce n'est pas que la seule montée de l'intégrisme musulman qui devrait inquiéter à moyen terme, mais tout autant la montée du racisme populaire qu'il génère, ce qui ne fera qu'attiser ces deux formes de fanatisme dans un mouvement auto-entretenu.
Certes, à l'échelle de nos banlieues comme à celle du monde, les plus démunis et défavorisés pourraient tendre à se raccrocher aux sirènes de l’intégrisme religieux, faute de meilleurs espoirs ou par pauvreté intellectuelle. Mais l'occidental moyen pourrait aussi se laisser tenter par l'amalgame, faute d'esprit critique ou par pauvreté intellectuelle.
C'est bien là, à mon sens, tout le fond du problème : ne restons pas silencieux devant les discours extrêmes, qu'ils soient ultra religieux ou racistes.
Qui sont les extrémistes ?
Les nazis en étaient. Les apparatchiks de l'ex-URSS en étaient. Les "ultra-cathos" américains en sont ("les nôtres" de cul-bénis sont moins dangereux et surtout moins nombreux). Les mollahs "ultras" antis-occidentaux en sont. L'extrême droite ou gauche "française" en sont.
 
Sont dangereux tous ceux qui prêchent haut et fort la division, le nationalisme, le protectionnisme, la haine ou le rejet de ceux qui ne pensent pas comme eux ou qui sont différents, ... et en fait, tous ceux qui cherchent à propager des idées dogmatiques, à profiter de l'ignorance pour assoir leur pouvoir, et en l'espèce, toute minorité qui cherche à s'imposer à la majorité.
 
Nazis de 1933 et intégristes religieux d'aujourd'hui, ne sont pas très différents : race arienne pour les premiers, élus de dieu pour les seconds, je ne vois pas bien la différence sur le principe.
Quelqu'un avait dit que "les gens simples ont des réponses simples aux problèmes compliqués, alors qu'ils n'en trouvent aucune aux problèmes simples". C'est souvent en tenant compte de cela que les fanatiques tentent de faire passer leurs idées nauséabondes.
 
Que ceux qui ne sont pas dupes des discours aussi simplistes que fanatiques, ne restent pas silencieux. Qu'ils les dénoncent, même si ils ne se sentent pas directement, en fait ”immédiatement concernés”, car quand ce sera vraiment le cas, il sera toujours trop tard.
 
Les historiens ne cessent de nous rappeler que dans un libre développement, l'extrémisme finit toujours par contaminer la majorité, d'abord insidieusement, de grés ou de force ensuite quand le point de non retour est atteint.
Pour ma part, j'ai eu l'occasion de le constater au travers d’une brève mais suffisante incursion dans la guerre civile qui a enflammé l'ex-Yougoslavie (cadre d'une mission humanitaire en Bosnie Herzégovine, Juillet 94, l'un des moments fort du conflit). Voisins contre voisins, tous n'ont rien venu venir avant de se retrouver dans la situation où ils ont été obligés de prendre parti, même sans conviction, sur la plus stupide et la pire des menaces dans un conflit du genre : "si tu n'es pas pour, c'est donc que tu es contre".

D'abord minoritaire, le fanatisme peut gagner la majorité beaucoup plus rapidement qu'on pourrait le croire. Pour rallier les hésitants à leur cause, les extrémistes ont toujours de "bonnes raisons historiques" à faire valoir, de vielles rancœurs à rappeler. Ensuite c'est l'engrenage dans lequel les plus mauvaises intentions ont toujours raison des meilleures. La jeunesse est encore plus facile à manipuler car dans le fond, ce ne sont pas les idées qui la motivent, mais l'action. Elle n'a pas le recul de la réflexion (ni le temps d'ailleurs) et à quoi bon, puisque son idéologie a été prémâchée.
 
Les pacifiques sont sommés de choisir un camp, les jeunes ravis de participer, en plus du côté frime d’arpenter les rues avec une arme de guerre, du côté rassurant de faire partie d'une communauté soudée et d’être acteur dans un évènement qui leur paraît historique. Mes discussions avec quelques "combattants" tout juste sortis de l'adolescence étaient aussi éloquentes qu'inquiétantes. Les mécanismes sociaux-politiques qui ont été mis en œuvre en ex-Yougoslavie, de façon calculée au début, puis totalement incontrôlée ensuite, ne sont pas différents de ceux qui ont enflammés le monde en 1939.
 
Pour éviter que de funestes scénarios ne se répètent, sous une forme ou une autre, car quelque soient les causes et les lieux, les moteurs d’embrasement seront toujours les mêmes, il faut pouvoir désamorcer l'extrémisme à temps. Le seul moyen d’y arriver est d’abord de ne pas être dupe des discours simplistes, de garder l’esprit critique, de faire circuler idées et contre-idéologies. Si la parole est libre et que l’information circule, la démocratie fera naturellement naître la manifestation visible de ceux qui dénoncent.
 
L'opinion d'un peuple n'est que l'expression de chacune de ses composantes : vous et moi !
Ce billet sera ma façon de fêter le 14 Juillet, symbole de notre République, de la démocratie et de la laïcité.
 
 
@+
Jack