25 janvier 2015

Richesses produites et partage, mécanisation et chômage

Il est peut-être temps de réviser et réadapter les vieux raisonnements ancestraux, qui aujourd’hui n’ont plus aucun sens.

On ne résoudra pas des problèmes nouveaux avec de vielles solutions. Le danger n’est pas dans la vitesse avec laquelle les choses changent (d’autant que c’est une marche que personne n’arrêtera), mais la rigidité d’esprit de ceux qui y participent, ne serait-ce par un simple vote.
Comme le disait une parlementaire Allemande, « il faut en finir avec cette idée fausse selon laquelle seul le travail rémunéré constitue une contribution méritoire à la société, alors qu’en réalité, c’est souvent exactement l’inverse ».
Vous n’êtes pas convaincu ? Pensez donc aux « bienfaits sociaux-économiques » apportés par les personnes les mieux rémunérées sur la planète, … qui seraient donc les plus « méritoires » ! … N’est-ce pas ?
Sans oublier toutes les personnes qui se dévouent à des tâches caritatives ou dans l’humanitaire international, avec comme seul « salaire », leur propre satisfaction (en plus de celle de ceux qu’ils aident).
A celui qui perçoit un revenu et qui estime qu’il n’a pas à cotiser pour celui « qui ne fout rien » (sans même chercher à savoir si la possibilité « de faire » lui est seulement offerte), j’ai toujours eu envie (et l’ai déjà fait) de lui demander d’aller au bout du raisonnement, au bout de sa logique. Celle-ci répond au concept que « tout ce qui est inutile doit disparaître » (citation de je ne sais plus qui). Les chômeurs et les retraités étant inutiles, il faut donc les faire disparaître (… rouvrir les camps de concentration ?).

Il n’échappera qu’aux plus demeurés que l’accès au travail est de nos jours une véritable course qui relève plus de la ruse et de la chance, que de la volonté. C’est le jeu des chaises musicales, avec quatre chaises et dix participants. La charité pour les malchanceux ou la solidarité de ceux qui comprennent qu’ils auraient pu se retrouver à leur place ?

Il y a cinquante ans on pouvait encore dire, et encore il fallait être sacrément égoïste, qu'un sans emploi n'avait que la part de richesse qu'il avait contribué à produire, c'est à dire rien ou presque. Dire la même chose aujourd’hui, reviendrait à reprocher à un Bangladeshi de crever de faim. Si quelqu'un ne mange pas à sa faim, c'est bien évidemment qu'il ne le peut pas. Cela tombe sous le sens. Et encore, on pourrait se poser la question de savoir s'il n'est pas volontairement privé de nourriture par quelques mains accaparantes au bord de l'indigestion.
A l'heure actuelle, le raisonnement devait être le même vis à vis d'un sans emploi (indemnisé ou pas). Tout comme celui qui a faim, le privé d'emploi l'est tout simplement parce qu'il y a pénurie en la matière. Il ne l'est pas par volonté ou par plaisir. Et personne, hors ceux qui n'ont rien compris ou vivent encore sur leur douillet nuage, ne peut sérieusement dire que l'on peut volontairement se contenter d'aides sociales pour vivre. D'abord parce qu'elles sont loin d'être suffisantes pour y arriver, et ensuite parce qu'il faudrait être sacrément masochiste pour s’en satisfaire, matériellement comme moralement.

Quant aux tricheurs, que ce soit en ce domaine ou dans d’autres, il y en aura toujours et ils ne constitueront toujours qu’une toute petite minorité, l’incontournable exception qui ne peut être un prétexte pour refuser de voir le principal. Même en Somalie il y a des tricheurs. Est-ce une raison pour refuser l’aide humanitaire au reste de la population ? Seuls ceux qui ont le vendre plein et pensent naïvement qu’ils n’auront jamais faim un jour, opposent la tricherie au devoir de solidarité. Seuls ceux qui en accaparent que les avantages, peuvent croire qu’un système social peut se concevoir sans solidarité. L’un ne va pas sans l’autre et il en est ainsi dans tous types de systèmes, même dans le règne animal.

Mais pourquoi une pénurie d'emplois ? Pensez-vous vraiment que ce soit une question de choix politique, en France ou ailleurs ? Ceux qui continueraient à le penser, auraient sans doute raté quelques épisodes de l'évolution humaine.
Qu'une entreprise ait remplacé 1000 ouvriers par une machine et 10 secrétaires par un ordinateur, le tout pour produire plus et mieux, personnellement je trouve cela génial. C'est un bien pour l'humanité et c'est bien le but profond de tous systèmes organisés. Toute « l’organisation humaine », depuis ses origines, tend à seul objectif : produire plus et mieux à moindre effort. La première tribu de l’histoire de l’homo sapiens a réparti le travail entre ses membres, selon qu’ils étaient plus ou moins doués pour la chasse, la pèche ou la culture, dans un objectif d’efficacité. Ce n’est que bien plus tard que cette répartition des tâches fut détournée par les plus forts pour s’accaparer une part plus importante des richesses produites. Il n’en reste pas moins que dans l’ordre des choses, l’organisation produit la richesse, et ce n’est qu’ensuite que celle-ci crée les castres. Supprimer la richesse pour supprimer la jalousie et l’injustice, serait bien sûr la plus stupide des solutions.

Avec une cadence d’automatisation exponentielle, une démographie en hausse et une population vieillissante, la proportion « actifs-inactifs » risque bien de passer de 4/10 aujourd’hui à 1/10 demain. Quant aux richesses produites, constamment en augmentation, elles seront largement suffisantes pour les dix.
Or aujourd’hui, emploi veut toujours dire revenu (mérité), ce qui revient à dire « droit à une part des richesses produites ». Est-ce à dire que tous ceux qui sont empêchés à cet accès emplois-richesses doivent en être privés, exclus ?

Une meilleure organisation est créatrice de plus de richesses. Nous ne pouvons que souhaiter qu’il en soit toujours ainsi, que notre société soit encore plus imaginative et qu’en émerge toujours plus de génies pour produire plus et mieux. Non seulement on ne pourra jamais arrêter ce progrès, mais en plus nous avons tout à gagner à ce que les avancées technologiques se multiplient. Tout cela pour notre confort et notre plaisir, en plus de pouvoir peut-être éradiquer des maladies, permettre aux plus démunis de manger à leur faim et d'avoir accès à l'eau potable. N'est-ce pas le but ?

Alors pourquoi, dans cette course à la mécanisation et à l'automatisation certaines personnes y voient  un mal ? Certainement parce que d'autres personnes continuent, à tort ou à dessein, à le leur faire croire. A leur faire croire que la valeur essentielle est "le travail". Un de ces quatre, ils vont déclencher "la guerre du travail". Ha pardon, on est déjà en plein dedans, quoiqu'il n'y ait pas encore de morts … quoique (suicides).
Non ! La valeur essentielle est la production et la richesse qu'elle génère. Que cette production soit assurée par des bras ou par des machines, n'est pas la question. Préférons qu'elle soit assurée par des machines, ce sera moins fatiguant pour les bras.

La vraie question est bien sûr : comment seront partagées les richesses produites ?

« Partage » ne veut pas dire « égal ». Que les plus méritants aient plus, tombe sous le sens. Mais que ceux qui ne peuvent avoir accès au système productif, faute d’emploi ou parce qu’ils en sont empêchés, n’aient rien ou presque, n’a rien de logique. Ou du moins, c’est la logique d’une minorité accaparante qui continue à justifier son accumulation de richesse du fait qu’elle soit la seule à conserver et à gérer, voire même à faire prospérer, mais qu'elle n'a pas créée de toute pièce car préexistante à elle, ce qui fait qu'elle n'en est pas la seule "propriétaire".


C’est le cas des richesses du sol, dans les pays très riches en ressources énergétiques ou minières (Iran, Congo, …), richesses naturelles qui ne sont exploitées et distribuées qu’à la seule petite minorité au pouvoir ou proche de lui, aux côté de laquelle tout un peuple meurt de faim du simple fait qu’il n’est pas autorisé « à participer », donc « à bénéficier » du produit de son sol.
C’est exactement la même chose pour une société hautement automatisée, la richesse n’étant pas celle de son sol, mais celle de son savoir accumulé au fil des siècles.

A l’heure du partage, les richesses du sol ou les avancées technologiques ne sont pas au mérite de quelques’ uns, mais de plusieurs et sur plusieurs générations. Il s’agit donc, ici aussi, d’une richesse commune appartenant à tout un peuple et non à la seule minorité exploitante du moment.

Dans un système ne permettant plus l’accès à l’emploi pour tous, avec une cadence d’automatisation exponentielle, une démographie en hausse et une population vieillissante, la proportion « actifs-inactifs » risque bien de passer de 4/10 aujourd’hui à 1/10 demain. Aucun régime politique ne pourra rien y faire, sauf à arrêter la marche du progrès. La bonne nouvelle, c’est que les richesses produites, constamment en augmentation, seront largement suffisantes pour les dix.

Si nous continuons à raisonner « travail = accès à la richesse produite » nous pourrions bien retourner au féodalisme, tel nombre de pays qui y sont encore, d'Afrique ou du moyen orient où seule une toute petite minorité de privilégiés nage dans l’opulence, alors que la majorité de la population meurt de faim.

Sincèrement, je pense que ceux qui ont le plus intérêt à faire perdurer le concept d’un partage de richesses produite entre « actifs-inactifs », selon un raisonnement dépassé et inadapté à notre époque, est la minorité accaparante qui cherche à cumuler « travail et richesses ». Tant que le bon peuple se déchire pour des questions d'emploi, les plus riches sont tranquilles. Et si cela ne suffit pas, ils pourront toujours agiter le spectre du collectivisme inopérant de l’ex-URSS. Enfermer la pensée humaine dans la peur et les stéréotypes, est la méthode habituelle des manipulateurs.

Crise ou pas, le constat est le même dans tous les pays depuis une trentaine d'années : une minorité d'être humains est de plus en plus riche, alors que la majorité s'appauvrit toujours plus. Personne de sensé ne conteste ce fait établi. Quoique j'en sois moins certain, les richesses mondiales produites auraient augmenté plus vite que la démographie. Ce qui semble sûr, c'est qu'elles n'ont pas diminuées.

Un petit film … pour mieux comprendre le film qui se déroule en ce moment même dans les sociétés occidentales. Un reportage en fait, proposant une solution réaliste, comparée et chiffrée, pour réconcilier les tenants de la juste récompense du travail et ceux du juste partage des richesses :http://www.youtube.com/watch?v=-cwdVDcm-Z0
Je m’étends sur ce concept dans un autre post consacré au "revenu de base".

En attendant, bossez bien, tout en vous libérant des raisonnements préconçus, prémâchés.
« Se libérer du connu » est aussi un autre concept (de Krishnamurti), mais là c’est un peu plus long à développer (j’en ai déjà parlé par ailleurs et j’en reparlerai encore).