24 décembre 2021

Société Tweeter

Dans notre société actuelle où le manque de temps est le symptôme le plus apparent de ses dérives, moins en moins nombreuses sont les personnes arrivant à lire plus de dix lignes de texte pour s’informer. Pas étonnant que Tweeter et autres réseaux sociaux du genre sont les vecteurs d’information favoris d’une grande majorité de citoyens (vrai manque de temps, paresse, recherche de facilité, papillonnage et superficialité, les ressorts sont variés).

Mais sans le moindre développement, la moindre explication (raisonnement logique ou références vérifiables), comment avoir une information correcte, fiable ?

Un avis politique, économique et même philosophique, ne peut se passer d’un minimum de développement pour se justifier, à la différence de la pure littérature où la forme importe plus que le contenu.

En fait nous sommes entrés dans une société de l’immédiateté qui fait que rares sont les personnes qui ont une bonne connaissance des problèmes. Beaucoup croient le contraire, suite à la lecture de quelques tweets ou de raisonnements à l’emporte-pièce entendus dans une interview, alors qu’en réalité leur information sur une problématique donnée est parcellaire et leur compréhension biaisée. Et si elles sont dans le juste, c’est plus par hasard que par effort d’avoir cherché à comprendre en recoupant l’information disponible le plus objectivement possible.

Autrement dit, nous sommes dans une société de plus en plus complexe que les gens comprennent de moins en moins bien, non pas faute d’intelligence, ni même d’instruction, … mais faute « d’écoute ».

À partir de là, inutile d’expliquer aux électeurs ce qui est complexe, si ce n’est en simplifiant et en caricaturant au point de les tromper.

Et voilà pourquoi les populistes un peu partout dans le monde ont le vent en poupe (Les Zemmour, Trump, Salvini, Bolsonaro, Johnson et autres menteurs patentés).

Pas étonnant que les « sachants » et les élites (économistes, sociologues, scientifiques, …) soient les plus stigmatisés par les plus radicaux d’entre-nous, les moins bien informés le plus souvent (radicalité et désinformation allant généralement de pair).

Vous vous rappelez cette époque, avant internet, où l’on pensait que toute la stupidité collective était due à un manque d’accès à l’information ? … Bon, ben c’était pas ça !” (dixit un inconnu).

Je crois que nos démocraties commencent à peine à rentrer dans une tempête dont personne ne mesure encore l’ampleur et de laquelle rien ne dit qu’elles y survivront (de tous les systèmes politiques, la démocratie est le plus fragile).


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

19 décembre 2021

Manipulations

Un article intéressant trouvé dans mon journal local (une fois n’est pas coutume) :

"Des ingérences étrangères à craindre pendant la campagne présidentielle", prévient le sociologue Gérald Bronner

Les ingérences étrangères, on s’en doute. Mais j’y ai trouvé une assez bonne description des mécanismes à l’œuvre (ceux que je dénonce très souvent au fil de mes différents posts), ici regroupés et simplement expliqués (mieux que je ne sais sans doute le faire) faisant que la désinformation se répand si facilement dans le grand public :

  • Citoyens perdus dans une information abondante et tous azimuts (qu’il s’agisse des auteurs et des vecteurs),
  • Biais de confirmation (si l’on n’y prend pas garde, le nécessaire tri de cette information avantage nos aprioris),
  • Solutions simples à des problèmes complexes (l’arme de désinformation massive des populistes),
  • Coupables facilement identifiables : sachants, élites, groupes ethniques ou religieux (rien de nouveau sous le soleil des civilisations en périodes de crise et de doute),
  • Vecteur principal de la désinformation : les réseaux sociaux (un peu « les ragots du village » puissance dix et à l’échelle du monde),
  • Objectif des extrémistes et influenceurs à l’origine des théories complotistes (auxquelles certains initiateurs ne croient même pas) : diviser la société civile,

Le tout représentant un réel et grand danger pour la survie des démocraties dans le monde entier.

Le conférencier rajoute les catégories de personnes les plus vulnérables à la désinformation

  • Personnes âgées,
  • Et/ou aux convictions politiques extrêmes (droite ou gauche),
  • Et/ou d’un faible niveau d’étude.

… Ce qui ne fait sans doute qu’agacer et surtout braquer les publics visés qui se retranchent d’autant plus dans leurs convictions erronées, les confortant dans leur idée que ce sont les élites et les gouvernants qui leur mentent.

J’y rajoute les algorithmes des opérateurs de réseaux sociaux multipliant les échanges clivants, sans distinction de ceux qui approuvent ou dénoncent, du moment que le sujet « fait le buzz ». Ces mécanismes font que la vérité se retrouve vite noyée sous un flot d’âneries dans lequel certains se complaisent. Lu quelque part qu’il faudrait sept fois plus d’énergie (de contre-argumentaires si vous préférez) pour démentir un fake new, que de donner la même information de façon juste et vérifiée.

A ce train, et particulièrement en France et en ce moment, si la majorité d’entre-nous ne fait pas preuve de vigilance et d’esprit critique, se laisse aller aux lectures rapides, à la facilité des vidéos de YouTube et aux 140 caractères des tweets qui trompent plus qu’ils ne synthétisent l’information, notre démocratie est mal barrée !

Si vous ne l’avez pas déjà fait, lisez-donc cet article émanant de Mozilla.org, l’éditeur du navigateur libre et indépendant Firefox. Si vous avez la flemme de tout lire, je vous y avais sélectionné les principaux extraits ici (fin de post).


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

14 décembre 2021

Zemmour, un clown triste

Je vais m’étendre un peu sur « ce clown » et vous dire sérieusement pourquoi je le trouve triste (dans le spectacle qu’il donne, à savoir son programme). Par contre, je crois bien qu’une fois défoulé (façon polie, certes un poil sarcastique, mais argumentée), je ne vous en reparlerai plus, … sauf si par hasard, par erreur, sur un malheureux et incompréhensible malentendu populaire il arrivait un jour au pouvoir. Mais je pense plutôt que son aventure va le ruiner en frais de campagne, en procès divers et même en tant que journaliste. De mon point de vue, il aurait mieux fait d’en rester à sa fonction première : lever des polémiques (ça peut être utile, et à défaut, distraire). Mais … « Oh vanité, quand tu nous tiens ! ».


Un bon économiste ?

Certainement pas ! Il sort des chiffres d’on ne sait où, largement contestés, pour financer ses fantasmes et dès que l’on rentre un peu dans le détail il n’y a plus personne. Les quelques solutions budgétaires qu’il propose ne tiennent pas la route (économiser sur les retraites pour financer autre chose que le déficit des retraites, revient à taper dans les retraites). Il a le culot de reprocher au Gvt actuel d’avoir fait 100 Mds de déficit pour sauver notre économie pendant la crise sanitaire (ce qui signifie que lui n’aurait rien fait) et propose maintenant d’en rajouter au moins autant (voire le double) pour un projet économique aussi vague qu’apparemment coûteux (certains économistes avancent le chiffre de 200 Mds), incluant des dépenses nouvelles et une baisse des impôts (entreprises, succession, IFI, …), sans dire comment il le financera (en dehors de puiser dans les retraites et d’endetter encore plus les générations futures).

Mais il y a plus grave : pour mettre en œuvre certaines de ses mesures (dont celle qui lui tient le plus à cœur, l’immigration) il doit modifier certains fondamentaux de notre droit, tant interne (constitution) qu’Européen (traités fondateurs dont la Convention Européenne des Droits de l’Homme). Il ne peut le faire que par référendum, sachant de surcroit qu’au niveau Européen cela peut signifier une sortie de l’Europe. Or les majorités qu’il pourra obtenir seront loin de celles nécessaires à l’élection présidentielle. Ce ne sont pas les mêmes quorums ni les mêmes processus (pas de 1er et 2ème tour) et assurément il n’y aura pas la même abstention. A moins de réussir de tour de force d’Hitler en 1933 (pays alors en faillite économique, ce qui n’est pas notre cas), il n’y arrivera pas !

Autrement dit, une fois élu, ce clown triste ne pourra mettre en œuvre aucune de ses promesses et laissera le pays en plan, … après avoir créé un grand foutoir juridique, social et économique !

Petite parenthèse au sujet de la « primauté du droit Européen » (règles juridiques à valeur supérieure au droit interne des pays de l’union) : pour l’instant elle concerne largement le domaine économique (relations entreprises, commerce, concurrence, protection du consommateur, …) et quelques grands principes sur les libertés individuelles ainsi que sur les droits humains. L’objectif premier de l’Europe est de faire front uni face aux autres pays du monde et notamment aux grandes puissances économique (USA, Chine). Sans cette primauté les pays de l’union pourraient passer outre les règles communes pour agir à leur guise au gré de leurs intérêts économiques du moment. Les pays non Européens avec lesquels nous somment en concurrence le sachant, l’Europe serait fragile et pourrait éclater à la moindre petite fissure dans laquelle l’une de ces puissances s’empresserait de glisser un coin (la Chine et les USA essaient de le faire constamment, sans succès jusqu’à présent). Vis-à-vis des agents économiques et des marchés financiers également, l’Europe n’aurait pas la crédibilité qu’elle a actuellement. Elle a aussi pour objectif d’harmoniser les économies qui la composent en élevant les moins riches au niveau des plus riches par un système d’entraide et d’obligations. Sans règles impératives, les moins riches prendraient les aides, ne remplieraient pas les obligations qui vont avec et tourneraient de dos ensuite. Le but : faire une union économique toujours plus solide et plus puissante. Sans cette primauté, l’Europe ne serait pas en mesure de discuter d’égal à égal avec les autres puissances économiques.

Un traité international ne tient que par la volonté des signataires de bien vouloir continuer à s’y plier. A la différence d’un contrat, un pays qui ne trouve plus son intérêt dans un traité, en sort, tout simplement (en l’absence de « lois » internationales, seulement quelques « règles » peu contraignantes, le non-respect d’un traité n’entraine que très peu de risques juridiques, à la différence des contrats soumis à la loi du pays). Le traité Européen va beaucoup plus loin en instaurant justement une sorte de « loi Européenne » et des « tribunaux Européens » pour la faire respecter (à l’image des contrats nationaux) : il engage sur le long terme et prévoit des sanctions en cas de non-respect. C’est un gage de solidité et de pérennité relevant du fondement même de ce qu’est l’Europe, une puissance économique avant tout.

« L’Europe sociale » tant attendue est en construction, et « l’Europe fiscale » (le plus dur à faire) ainsi que « l’Europe militaire » sont sérieusement envisagées. L’Europe n’est donc pas encore terminée mais elle avance, plus ou moins vite en raison de quelques défauts originels (notamment la règle de l’unanimité pour changer et adapter les règles de base). Son plus gros défaut : ne pas être encore bien comprise par les citoyens Européens (toujours difficile d’expliquer simplement quelque chose de complexe, surtout quand quelques troublions font les cons au fond de la classe).


Un bon politique ?

En dressant une partie de la population contre l’autre ? En attisant les haines au simple prétexte de dire ce que les autres terraient ?  Nous sommes aux antipodes de l’action politique qui est l’organisation d’une société. Lui, c’est la désorganisation assurée ! Dans une démocratie où les opinions sont par essence divisées, un bon politique doit essayer de rassembler, non pas que ses fans, mais le plus grand nombre. On ne peut que constater que son discours divise, avant même de s’interroger sur sa justesse.

Un personnage qui fustige les journalistes, promet de s’en débarrasser et pense que la France n’a pas besoin du reste du monde pour s’en sortir (relocalisations tous azimuts, fin de la supranationalité du droit Européen ce qui n’est autre que la remise en cause de ses traités fondateurs, OTAN sans intérêt, …), … ça ne vous rappelle personne ?

France prem’s !

Je me suis toujours demandé comment le clown Trump avait pu être élu. Une grande partie des américains sont-ils aussi désespérés pour « essayer » n’importe qui ? L’instruction est-elle à ce point déficitaire dans ce grand pays avancé ?

Et bien voilà que nous avons maintenant « notre clown ». Ramené à l’échelle de notre pays, c’est un petit clown (triste) dans une mise en scène déjà jouée outre Atlantique. Comme le « grand modèle » accèdera-t-il à la plus haute fonction de l'État ? Je ne le pense pas. Il n’a ni la stature, ni la fortune pour y arriver. Ouf ! … Quoique … Au tout début de sa campagne, « Trump président de l’Améca First » faisait également rigoler.

Quant à ses références à « la France d’il y a mille ans, … et celle des milles prochaines années », ça ne vous rappelle pas quelqu’un d’autre ? Sur le moment j’ai cru halluciner en entendant cela. L’a-t-il fait exprès ou le pense-t-il vraiment ? Mais rassurons-nous, là aussi il est très loin d’avoir la carrure. En fait, le plus flippant dans ce constat, c’est que des types comme lui puissent avoir les soutiens suffisants pour se lancer dans une présidentielle. Certes, les Balkany (voleurs institutionnels), les De Villiers (vieille France tout juste remise de la révolution de 1789) et une hypnothérapeute (ex-figure gilets jaunes) ne sont pas des références.

Zemmour, Trump, Salvini, Bolsonaro, Johnson (ce clown-là ne parait pas être venu au pouvoir pour faire rire ou pleurer son peuple, mais plutôt pour se marrer tout seul) et quelques autres sont le genre de personnages qui émergent un peu partout dans le monde quand celui-ci traverse une crise sociale majeure comme il en connait une fois par siècle. Ces crises sociales sont la conséquence de déséquilibres économiques générés par des bouleversements importants (guerres, pandémies, ruptures technologiques). Ce sont des périodes d’incertitude qui correspondent à des mutations profondes de la société. Pendant cette mue, le pouvoir est remis en cause, les élites contestées et les inégalités sociales exacerbées.

C’est lorsque tout le monde se pose des questions, s’inquiète sur l’avenir, que tels des champignons suite aux dernières pluies, les beaux parleurs « sortent » pour donner des solutions qui ne sont en fait que celles auxquelles rêvent ceux qui les écoutent. Remarquez comme à chaque fois la recette politique est la même : ne dénoncer que ce qui ne va pas (sans trop se préoccuper des solutions) et attiser les inquiétudes, concentrer les peurs. Comme le disait je ne sais plus trop qui « le fonds de commerce de l’extrême droite, c’est ce qui ne va pas ».

Des solutions simples pour résoudre des problèmes complexes ! C’est la marque des populistes. Ils ne font que promettre à ceux qui les croient, pour finalement, si par malheur ils arrivent au pouvoir, les emporter tous vers un abîme sans fond, les décevoir et les appauvrir plus qu’ils ne le sont déjà, car seuls les désespérés peuvent croire aux miracles, aux contes de fées.


Un bon historien ?

Pour cela il faudrait être objectif, ne pas tordre et interpréter l’histoire pour faire avaler des couleuvres aux néophytes. Rappelons qu’il n’a aucune formation en histoire (sa biblio) et que nombre d’historiens et  d’universitaires qui en ont une, remettent très souvent en question ce qu’il dit (ou écrit), quand ils ne le traitent pas tout simplement de menteur.

S’il est exact qu’un passé incompris a tendance à se répéter dans ses grandes lignes (comme le nationalisme menant généralement à la guerre), ce n’est jamais du « copié-collé ». Zemmour rapporte de petits détails du passé (dont la véracité reste à prouver) à notre monde d’aujourd’hui, sociologiquement et économiquement bien différent. Ou au contraire cherche à comparer de grands évènements historiques avec des cas particuliers de notre présent.

« Sa France millénaire » n’a-t-elle pas connu de grands mouvements migratoires ces milles dernières années ? Et si oui, ces mouvements sont-ils ou non comparables à l’immigration actuelle ? S’ils ne sont pas comparables (autres lieux, autres temps, autres circonstances), cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas en tirer, non pas des conclusions, mais quelques enseignements (biens différents de ceux gobés par les adeptes du gourou). La France s’est construite au croisement des tous les flux migratoires venus d’Europe, du moyen orient et d’Afrique. Ces échanges, avant de donner lieu aux « assimilations culturelles » que nous avons intégrées et oubliées, se sont fait par à-coups au gré des guerres, des alliances et des besoins économiques du moment. Comme maintenant, ils devaient sans doute créer des problèmes de rejet de la part de ceux déjà « dans la place » (peur de l’inconnu ou d’avoir à partager les richesses acquises).

L’identité d’un pays ne peut donc être figée dans le temps, profonde et ancestrale comme veut le faire croire notre « historien essayiste ». L’identité d’un pays c’est celle du moment, construite au fil des siècles et à construire pour les suivants. La seule chose qui est statique, qui ne peut être changée, c’est son histoire (sauf à la travestir). Zemmour n’hésite pas à changer ce qui ne change pas (l’histoire), mais ne veut pas changer ce qui change par nature (l’identité d’un pays). Je ne sais d’ailleurs pas vraiment ce qu’il entend par « retrouver notre identité Française ».

À ce jour nous avons bien une identité particulière bien Française, résultante de notre histoire (pays du débat et de la créativité qui va avec, mais surtout pays de la laïcité). C’est donc plutôt le mot « retour » qui me gêne (pays des souverains, du servage, de la colonisation et de l’esclavage, ou celui de la France fin XIX° tel que Zola le décrit si bien ?). Notre clown triste doit être un grand nostalgique et un rêveur. Qu’il continue de rêver tout seul sans chercher à entrainer les autres dans son délire.

La France d’avant-hier n’est pas celle d’hier, et celle d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain. Elle change, comme tout en ce monde, mais dans le bon sens (même si les choses n’avancent pas aussi vite et bien qu’on le souhaiterait), celui des progrès sociaux économiques (certes de façon toujours inégalitaire). Toujours est-il que nous n’allons pas dans le sens contraire de l’histoire, vers un retour au moyen âge (sauf disparition de la civilisation suite à une catastrophe planétaire, d’origine humaine ou cosmique). « La France un jour régie par la Charia » est la pire connerie que j’ai pu entendre au sujet de l’immigration. Ce n’est certainement pas un Zemmour qui nous « sauvera » de quoi que ce soitje me présente pour sauver la France » … Pfff…) ni ne changera les fondements de notre nation qui sont, qu’il le veuille ou non, multiculturels. … Et c’est bien ainsi, car c’est sans doute ce qui fait notre force !

Nous devrions en effet considérer comme une chance d’être un pays apte, préparé de par son histoire à accepter plus qu’un autre le multiculturalisme (au-delà des apparences où de ce que les populistes veulent faire croire), car aucun pays « riche » n’échappera aux vagues migratoires qui arrivent. Aux migrations économiques succèderont les migrations climatiques. Espérons que ne s’y ajoute pas plus de migrations issues des guerres actuelles et à venir (dans lesquelles d’ailleurs nous avons, nous pays industrialisés, quelques responsabilités au nom de nos intérêts économiques, et à titre individuel au nom de notre pouvoir d’achat, notre petit confort et nos emplois). Tout comme en matière économique, ce n’est que dans le cadre de l’Europe que nous pourrons y faire face. Ce n’est donc vraiment pas le moment de lui tourner le dos.

Je suis pour une immigration sélective et strictement contrôlée (examen des motivations et de la volonté d’accepter notre culture), mais encore faut-il avoir les moyens de le faire. Seul, nous ne pourrions que subir une immigration incontrôlée, mal gérée et de mauvaise qualité (c’est ce qui se passe en ce moment et les discussions en cours entre les pays l’union démontrent que l’Europe pend enfin le problème à bras le corps). Ce ne sera que dans le cadre de l’Europe que nous pourrons trouver les meilleures solutions économiques et humaines, organiser et répartir, absorber et assimiler. Nous ne sommes plus dans les années soixante de la reconstruction après-guerre où seule la main d’œuvre importait, sans considération de son cadre de vie, son niveau éducatif et au bout du compte de la qualité de son intégration. Cette expérience doit nous permettre d’aborder le problème d’une autre façon avec pour objectif une meilleure acceptation, tant de l’accueilli que de l’accueillant.

Faire croire à une immigration zéro est un leurre, un mensonge ou une grave méconnaissance du sujet qui est bien plus complexe qu’il n’y parait, mêlant aspects économiques (coûts salariaux et inflation), démographiques (rapport actifs/inactifs) et diplomatiques (accords bilatéraux et pressions aux frontières), sans même parler de l’aspect purement humain.

Tous les pays industrialisés dont la population est vieillissante, sans aucune exception, ont besoin d’immigration. Le problème n’est donc pas l’immigration, mais sa gestion.

Il n’y pas de « grand remplacement » en vue (personne ne va remplacer personne), mais une grande adaptation à un monde qui change de plus en plus vite. Les Zemmouriens et autres nostalgiques d’un passé révolu ont effectivement du souci à se faire et je ne vois pas trop où ils pourraient aller pour y échapper, si tant est que ce soit souhaitable. En Corée du Nord peut-être.


Son obsession antimusulmans (en fait c’est son seul programme clair) :

Si encore il avait précisé qu’il ne visait pas tous les croyants de confession musulmane (acquise ou souhaitée), mais seulement les fondamentalistes prônant le Salafisme, un courant de pensée d’un autre âge issu du wahhabisme (doctrine rigoriste venue d’Arabie Saoudite, dont la rigidité est un peu celle l’église chrétienne au temps de l’inquisition des XIV et XV° siècle en Europe), … il aurait pu être « écoutable ». Mais non, il entretient et abuse de l’amalgame entre religion musulmane et politisation de celle-ci (islamistes, fondamentalistes). A croire qu’il aurait vécu quelque expérience traumatisante à moins qu’il ne se serve de cela que dans le cadre d’une simple stratégie d’accès au pouvoir.

Tous les musulmans seraient-ils pratiquants alors que tous les catholiques ne le seraient plus ? Tous les musulmans seraient-ils croyants alors que tous les catholiques ne le seraient pas ? Dans le silence des convictions spirituelles de chacun, Zemmour a-t-il sondé les esprits ? Non bien sûr à toutes ces questions et ici aussi il fait l’amalgame entre croyance et pratique, pratique discrète et prosélytisme, prosélytisme et attentats. Si comme il l’a dit, « un musulman croyant fait passer sa religion avant la nation », et donc son dieu, il serait étonnant qu’un chrétien croyant n’en fasse pas de même. Nous sommes là dans les choix spirituels et le secret des consciences. C’est tout l’intérêt d’un État laïc : la liberté de culte et de croyance pour tous, la seule condition étant de ne pas venir interférer dans le fonctionnement de la nation. Les musulmans modérés (la grande majorité de cette confession) n’en demandent pas plus. Où est donc le problème qu’un croyant place son dieu au-dessus de tout s’il n’empiète pas sur les choix de vie des autres citoyens et ne porte pas atteinte à l’État ?

Les extrémistes islamistes sont ultra minoritaires et il faut les combattre. Il y a bien quelques croyants pas très modérés (sans doute moins fondamentalistes que provocateurs avec leurs signes religieux et tenues vestimentaires ostentatoires) à qui il serait bon de rappeler le caractère laïc de notre nation (liberté de culte et de croyance oui, mais sans prosélytisme), mais toujours très minoritaires (on aurait tendance à ne voir que ceux-là, et pour cause, puisque les vrais modérés n’affichent pas publiquement leur croyance, tout comme la majorité des croyants des autres religions). Est-ce une raison de jeter l’opprobre sur tous les autres ? …. Dont certains n’ont d’ailleurs absolument rien à faire de la religion.

Ne doit-on pas distinguer religion du pays de naissance et croyance, culture d’origine et volonté de vivre différemment de ses ancêtres ? Islam et islamisation sont-ils donc indissociables ? Le fondamentalisme n’existerait ‘il que dans la religion musulmane ? Les autres religions n’auraient-elles pas leurs propres extrémistes ? Avec ses idées extrêmes, Zemmour et ses fans ne seraient-ils pas eux-mêmes des extrémistes ?

S’il dénonce effectivement quelques vérités en matière de sécurité (quartiers de non droit, laxisme judiciaire) et d’atteinte à notre principe de laïcité (métastases du fondamentalisme religieux, essentiellement Salafiste), problèmes qu’il faut évidemment traiter en urgence et avec fermeté, pourquoi en faire porter la responsabilité sur tous les musulmans ? Les guerres de religions en Europe c’est fini (en tant que victime du massacre de la Saint-Barthélemy en 1572 dans une précédente vie, j’en sais quelque chose). Mais tout porte à croire qu’en voulant virer tous les étrangers sans emploi, sans distinction ni discernement, étudiants et européens inclus, Zemmour démontre qu’il n’est pas seulement islamophobe, mais xénophobe.

Toujours dans la caricature et l’exagération, il condense les peurs et jette en pâture les musulmans comme bouc émissaire (la religion des terroristes, c’est facile). C’est un manipulateur. Son discours hors du temps est économiquement destructeur, politiquement haineux et diplomatiquement idiot.

Il parle du déclin de la France et de son naufrage. C'est exactement ce à quoi mènerait la politique qu'il prône (irrémédiables dégâts économiques et sociaux, l’un n’allant jamais sans l’autre). « Vous verrez quand je serais élu » a-t-il dit. Un peu comme l’autre allumée de Rousseau (verts) quand elle a dit « avec moi, ce sera formidable ! ». A croire que plus un élu est dithyrambique sur lui-même et son programme, plus il faut s’attendre à l’exact contraire s’il devait par malheur arriver au pouvoir : personnalité psychopathique et catastrophe socioéconomique.

Zemmour ne serait-il pas à l’histoire, ce que Raoult est à la médecine ? Deux figures médiatiques qui auront eu leur heure de gloire avec une aura très largement surfaite, maintenant à la dérive (une fois le vernis gratté). Au bout du compte deux charlatans, l’un s’arrangeant avec l’histoire, l’autre avec les données médicales. Deux types aux idées délirantes, complètement aveuglés par un égo surdimensionné, persuadés qu’ils sont seuls à détenir la vérité et que c’est la raison pour laquelle le monde entier veut les faire taire.

Maintenant je déplore les graves débordements des "antis-Zemmour" à son meeting. Quelles que soient leurs idées, ils portent atteinte aux fondements de notre démocratie (s'exprimer librement) dans une action aussi stupide que contreproductive.  Ils ne font que rallier à la cause de ce populiste des personnes dont la première préoccupation est la sécurité et le laxisme des autorités face à la violence. Maintenant je n’exclue pas qu’une partie des fauteurs de troubles ait été "téléguidée" à dessein (dans un sens ou dans l’autre).

Toujours est-il que la candidature Zemmour présente quand même deux aspects positifs :

  • Avoir mis en évidence que la première préoccupation des Français était l’ordre et la sécurité, une attente d’un traitement plus ferme de la délinquance et des incivilités qui empoisonnent nos vies de tous les jours (sortir du monde de bisounours du gouvernement précédent et actuel dont la bienveillance confine à la malvoyance), ces problèmes n’intéressant finalement pas que le seul électorat d’extrême droite.
  • Dynamiter l'électorat FN (et oui, toujours « Fn » et non « Rn » qui ne leur va pas) … et ouvrir la voie à un autre duel que celui trop attendu Macron / Le Pen. Avec Zemmour candidat, ce sera peut-être Macron / Pécresse. Plus intéressant, non ?

Pour ce faire, j'espère qu'il aura ses 500 signatures (comme quoi, je ne lui souhaite pas que des misères).

Suspens …


@+

Jack

Plus on apprend, plus on devrait adopter l'incertitude comme mode de pensée.

04 décembre 2021

Des lumières à l'obscurantisme

Avant de glisser progressivement, sans trop nous en apercevoir, du siècle des lumières vers une nouvelle ère d'obscurantisme, prenons bien conscience du phénomène.

La propagation de la désinformation

De sa fabrication à dessein (désinformation) à nos croyances trompées (intox), en passant par les algorithmes des moteurs de recherche (YouTube) et des réseaux sociaux, un article qui explique très bien comment se propagent de façon exponentielle les fakes news. Un danger pour nos démocraties.

Je pense qu’il est illusoire de croire que nous pourrons un jour dompter ces vecteurs de transmission, d’autant que les brider serait une atteinte à la libre information.

Seules solutions :

  • À l’échelle de l’humanité : l’éducation et la libre distribution du savoir, de la connaissance. Les effets ne peuvent être espérés que sur plusieurs générations, en espérant que la tendance de masse actuelle du rejet des élites et de la suspicion envers les scientifiques, ne soit que passagère. Si ce n’est pas le cas, nous retourneront dans l’obscurantisme, tel le moyen-âge qui succéda au monde érudit de l’antiquité (pour ce qui concerne l’Occident). Remarquez comme nous sommes « agressés » par des minorités bruyantes qui veulent se faire passer pour des majorités, tous ces « antis-quelque chose » qui dans leur démarche revendicatrice extrême ne sont que des « antis- démocratie » et dans leur pensée étriquée que des « antis-science » (d’avis quasi-unanime de la communauté scientifique).
  • À effet plus immédiat : notre « esprit critique » et une ferme volonté de varier nos sources d’information tout en se demandant en continue si ces sources sont vraiment différentes. Pour exemple, nous pourrions être amenés à croire que puisque l’information est relayée par différents journaux d’information (format papier ou télévisuel), elle doit être vraie, crédible. Ce serait oublier que ces informations peuvent en réalité avoir la même source : l’AFP ou Reuters (pour l’exemple). Les chaines d’information en continu en sont très « consommatrices ». D’où l’intérêt de toujours analyser l’information avec recul, en privilégiant les médias dont le professionnalisme a fait ses preuves, qui ne se trompent que très rarement et quand c’est exceptionnellement le cas, le font savoir. Un journaliste digne de ce nom ne publie pas sans avoir vérifier la qualité de ses sources et fait un minimum d’investigation pour vérifier la véracité des faits, le sérieux de l’info.
  • Et enfin, ne soyons pas complices involontaires en faisant un peu trop facilement circuler l’intoxà l’insu de notre plein grès »).

Cet article émane de MOZILLA Foundation (concepteur du navigateur libre FIREFOX).

Extrait :

Il se peut que vous vous disiez actuellement qu’il est facile de repérer du contenu destiné à influencer votre vision du monde. Et parfois c’est vrai. Mais votre fil d’actualité sur votre réseau social ne change pas en une nuit : l’algorithme vous nourrit progressivement de recommandations et d’informations potentiellement suspectes. Cela arrive si doucement que vous ne vous en rendez même pas compte. Mais avec le temps, il vous est plus facile de croire des choses que vous n’aurez pas acceptées auparavant, juste parce que vous avez été exposé·e à de nombreuses informations similaires. Les scientifiques appellent cela l’effet de vérité illusoire. Malheureusement, l’être humain a tendance à croire plutôt ce qui confirme ce en quoi il croit déjà. C’est ce qu’on appelle le biais de confirmation.

Pourquoi les gens croient-ils les intox ?

Cependant, la question persiste : pourquoi les gens ont en réalité envie de croire une information qui pourrait être incorrecte dans les faits ? Après tout, beaucoup continuent à consommer d’autres informations et à parler à des gens qui ne font pas partie de leur cercle restreint de proches. Pourquoi s’accrochent-ils à ces croyances biaisées alors que le contraire leur a été démontré ? Pourquoi les croyances radicales et les théories complotistes sont-elles aujourd’hui plus populaires que jamais ?

Il y a de nombreuses raisons, y compris celle mentionnée plus tôt, à savoir le biais de confirmation. Certain·es seraient probablement simplement à la recherche d’une signification, d’un plus grand but ou sens. Une autre raison selon le Psychology Today, est que le cerveau humain est, jusqu’à un certain point, fainéant et tend ainsi à favoriser une explication simple à des alternatives compliquées et une analyse. Cela est particulièrement vrai à l’heure actuelle, alors que nos vies sont devenues incroyablement complexes et qu’il y a beaucoup trop d’informations accessibles n’importe quand à intégrer. Mais n’oublions pas non plus la pression sociale : avec une certaine mentalité, il est beaucoup plus probable que vous soyez membre d’un plus grand groupe qui partage vos croyances, que ce soit en ligne ou dans la vraie vie (ou les deux). Vous restez loin de celles et ceux qui ne partagent pas vos croyances les plus chères. Et puisque votre groupe compte beaucoup pour vous, vous êtes plus propice à rester avec celui-ci et n’avez donc pas de raison de défier vos principes.


@+

Jack