25 mars 2012

Le pouvoir de la confiance dans l'économie

La valeur de l'argent est basée sur la confiance, on le sait. La valeur boursière d'une entreprise aussi, on s'en doute.

Mais « en gros », comment tout cela « fonctionne-t-il » ?

Le moteur de la croissance, et donc de la santé économique des entreprises et des pays, c'est la "consommation" (vous et moi au final).

La consommation est globalement liée aux salaires ou aux crédits (pour acheter il faut avoir de l'argent), mais aussi et peut-être « surtout », à la confiance des gens en leur avenir (épargne ou dépense).

A niveau de consommation égale, en quoi la valeur d'un billet et d'une action, d'une entreprise et de l'économie d'un pays, de la croyance qu'ont les gens (de l'acteur économique le plus influent au simple particulier) et le crédit bancaire sont-ils liés ?

Pourquoi lorsqu'un seul de ces paramètres trébuche, alors que les ménages n'ont pas (encore) baissé ou augmenté leur niveau de consommation ou d'épargne, tous les autres tombent comme une série de dominos, dont le dernier (et non le premier comme ont aurait pu le croire) sera ... la consommation, ce qui ne fera bien sûr qu'aggraver la situation (partie de dominos ... "second tour").

Essayons de faire simple.

La valeur d'un billet n'est que le reflet de l'état de santé économique d'un pays, du moins de ce que lui donnent les pays étrangers et tous les acteurs économiques du monde, de sa valeur relative par rapport aux autres monnaies (évaluation sur le Forex, marché des changes).

Un billet de banque c'est un peu comme une valeur boursière. Le principe est le même : il n'a que la valeur que les acteurs économiques lui donnent à ce jour en prévision de demain.

Cette monnaie va-t-elle prendre ou non de la valeur ? Toute est une question de croyance en l'économie et en la stabilité du pays qui imprime ce billet. On est confiant en son avenir ou non. Exactement de la même manière qu'une valeur boursière est "évaluée sur le grand marché de l'offre et de la demande mondiale" (bourses).

Mais qu'en est-il de la valeur "réelle" d'une entreprise ? Pourquoi la valeur d'une action et celle de l'entreprise "s'influent" l'une et l'autre ?

Théoriquement, la valeur d'une entreprise est liée à la qualité de ses produits, de sa direction et de son personnel, de sa technicité, du type de produit et de marché sur lequel elle se situe (porteur ou non), de ses moyens financiers et de quelques autres paramètres qui ne sont pas liés à la valeur de son action.

Hors quelques effets indirects (dont l’accès au crédit), l'entreprise n'est pas plus riche ou pauvre si le cours de son action monte ou descend. Elle n’a amélioré sa trésorerie que le jour où elle a mit ses action sur le marché financier, c'est-à-dire au jour de son introduction en bourse ou celui de son augmentation de capital. Ensuite l’action passe de mains en mains de manière indépendante et non contrôlée par la société (enfin, toujours en théorie). L'entreprise n’a encaissé l’argent que de ses premiers actionnaires. Ceux-ci ont généralement revendu leurs actions depuis belle lurette et celles-ci "tournent" librement dans le monde obscur de la finance sans que cela n’affecte, toujours hors effets indirects, la trésorerie de l’entreprise..

Normalement, logiquement, la valeur "intrinsèque" d'une entreprise n'est pas liée à la valeur de son action, alors que celle-ci oui. Son cours sera (du moins "devrait être") lié à la confiance qu'auront de son avenir les acteurs économique qui se l'échange. Un cours de bourse n’est pas le reflet de la valeur intrinsèque de l'entreprise aujourd’hui (mathématiquement calculable), mais plutôt celui de la valeur qu’elle aura demain (beaucoup plus difficile à estimer). En fait de « reflet » de la valeur d’une action, c’est au vrai sens du terme celui que voient les différents acteurs économiques qui se l’échangent, vision forcément différente ne serait-ce qu’entre l’acheteur qui y croit et le vendeur qui n’y croit plus.

Ce cours va donc être fortement influencé par tout un tas de mécanismes techniques et surtout hautement psychologiques (influences, infos et intox, politique, comportements de masse, effets d'entrainement, réactions humaines aux désirs et aux peurs). Cela explique que le cours de bourse d'une action est fortement instable alors que l’activité de l’entreprise à laquelle elle est liée ne l’est pas forcément. En fait, ce cours est plus lié à l'environnement économique et politique national ou mondial, qu'à la valeur réelle de l'entreprise et de ce qu’elle produit. 

Conséquence (là sont les « effets indirects » du cours de l’action sur l’entreprise) : si son cours baisse l'entreprise sera "moins crédible" auprès de ses "prêteurs" (banques, créanciers) car ceux-ci vont à très juste titre, penser que si les acteurs économiques évaluent faiblement le prix de l'action, c'est qu'ils n'ont pas confiance en sa valeur future, donc aux résultats économiques futurs de l'entreprise. Par ailleurs, l'entreprise aura plus de mal à lever des capitaux en faisant de nouveau appel au marché (augmentation de capital). Mais encore et surtout, elle s’expose à un changement de contrôle (OPA par exemple), ce qui pour un prêteur n’est tout de même pas anodin.

Or pour bien fabriquer, bien vendre, étendre ses parts de marché, une entreprise a toujours besoin d'investir. Pour ce faire, elle a toujours besoin d'argent frais qu’elle emprunte auprès des acteurs financiers, qu’il s’agisse d’organismes bancaires ou d’actionnaires (l’action n’est pas autre chose qu’un titre de créance, ... sans intérêt ni date limite, à la différence d’un emprunt classique). Elle a donc besoin de la confiance de ceux auprès desquels elle emprunte, ces derniers se basant sur la confiance accordée par les autres acteurs économiques au travers de son cours de bourse (et oui, « tout le monde se regarde »).

Autrement dit, si le cours baisse, l'entreprise aura plus de mal à obtenir des capitaux et aura donc des difficultés à faire face à sa concurrence, n'aura pas les moyens financiers suffisants pour évoluer, perdra des parts de marché et donc de l'argent car ses résultats baisseront. Tout ceci inversement si le cours de son action monte.

Conclusion, le cours de bourse a un impact sur la santé des entreprises, donc sur l'économie d'un secteur, d'un pays, et à terme sur la valeur de sa monnaie. La boucle est bouclée.

La santé économique et la stabilité politique économique sont donc fortement corrélés aux marchés financiers, qu'ils soient locaux (zone géographique, secteur économique) ou mondiaux.

Le monde a confiance, les bourses montent, les entreprise se portent mieux, des richesses se dégagent, le chômage baisse et les salaires montent (du moins en théorie pour ces derniers), le monde va mieux.

Le monde a peur (comme en ce moment), s'inquiète de son avenir, et tout s'inverse ... dans le même ordre

Quant aux plans de relance actuels à coups de milliers de milliards qui en fin de compte ne sont qu'une façon de faire "tourner la planche à billets" pour relancer la consommation, moteur principal de l'économie, leurs résultats devraient être :

- mitigés avec un fort risque inflationniste dans les 10 ans à venir si l'économie repart avec un réel retour à la consommation interne.

- positifs sans trop de risques inflationnistes en cas d’accélération du moteur production/consommation, notamment avec l'arrivée de nouveaux consommateurs issus des "grands réservoirs" en puissance en Chine et en Inde. C’est le scénario auquel je crois, pour lequel je reste optimiste.

- catastrophiques si la consommation ne redémarre pas ou pas bien, en fait si la confiance ne revient pas, qu’il s’agisse de celle des particuliers, des entreprises et par répercussion, de celle des opérateurs financiers (banques, bourses).

Donc, tout est dans la confiance. Et celle-ci, seuls les politiques peuvent l’insuffler.

 

@+

Jack